Test – Little Big Fish

Little Big Fish montre les dents de sa mère et on lui compte les canines (« c’est à vous tout ça ? »)

Il est frais ton poisson ?

Après l’annonce de la sortie du jeu par notre rédac’chef préféré, il fallait bien rédiger un petit test. Et là, tous les regards se sont tournés vers la grande poissonnière en chef de la rédaction, la seule nana qui s’évanouit devant un filet o’fish, dont la seule peur est de scruter anxieusement les profondeurs maritimes avec la certitude d’y retrouver le Bruce des Dents de la Mer…

Mais le rédac’chef est impitoyable, il n’a que faire des phobies de ses troupes : tu as vaguement vu l’auteur un jour de shopping à Essen, tu lui as extorqué une dédicace et une explication du jeu sous la menace d’un écrasement par chariot rempli de boite de jeux, et hop, c’est pour ta pomme.

Dont acte, je m’y colle.

Et en vrai, je le fais même avec plaisir, car, scoop, bien que les poissons me donnent des sueurs froides (mais elles sont où les pattes ???), j’ai beaucoup aimé ce petit jeu malin et profond.

Donc, Little Big Fish, quoi que c’est ?

C’est un jeu dans lequel deux joueurs contrôlent chacun une troupe de poissons qui s’affrontent. Plus précisément, qui se mangent les uns les autres. Donné pour 15 minutes, à partir de 8 ans sur la boite, je conseillerais de l’aborder effectivement seulement à partir de cet âge. 

Et la boite, c’est un bocal, en fait ? 

Euh… comment te dire ? Non. Mais il y a effectivement plein de jolis petits poissons en plastique rose ou orange dans la boite, des moyens poissons, des grands poissons qui font peur, quelques jetons au toucher velouté, et 4 grandes tuiles colorées d’un joli bleu profond et chamarré, dont les cases montrent parfois une épave, un point d’interrogation particulièrement mystérieux, des bébés poissons ou un joli plancton coloré. Ces tuiles mises côte à côte forment le plateau.

« Mais, ô grande poissonnière ludique que j’aime et que j’adore, si je ne sais pas faire la différence entre le rose et l’orange avec mes petits yeux, comment je fais ? Eh bien tu prends tout simplement un feutre permanent et tu marques la moitié des poissons avec des petits points, ou des rayures, ou des petits cœurs, c’est toi qui vois. »

La règle est claire, facile et rapide à lire, bien illustrée. Le tout est joli tout plein, et attire immanquablement le petit Marmot qui voudra tout tripoter. Comme le grand Marmot, d’ailleurs.

Sautons dans le grand bain

Les petits poissons dans l’eau, nagent, nagent, nagent, nagent, nagent. Les petits poissons dans l’eau nagent aussi bien que les gros… Et se font croquer par lesdits. Ouch.

Donc, que faire de tous ces petits poissons ? Pour l’emporter sur son adversaire, il va falloir manger 5 de ses poissons, de n’importe quelle taille. Ou ne lui en laisser qu’un sur le plateau, la nature est cruelle. Pour avoir le droit de gober un poisson adverse, il faut déplacer son poisson sur la case d’une victime qui ne se doute de rien, et qui, surtout, est de même taille ou plus petite que l’attaquant.

Les joueurs jouent tour à tour et chacun peut déplacer soit deux poissons d’une case chacun, soit un poisson de deux cases. A l’arrivée sur chacune des cases, on applique son effet. Soit rien si la case est vide, soit on ingère un plancton qui fait grossir d’une taille si on n’est encore jamais passé par cette case (des jetons de couleur permettent de s’en souvenir un peu comme les visites aux mâles de Croââ), soit on fait un bébé, soit on tombe sur une case mystère mystère et on pioche un jeton surprise. Qui peut être positive : plancton, nouveau bébé, rotation d’une des tuiles du plateau, ou négative : vilain pêcheur qui emportera l’innocent poisson et un de ceux de votre adversaire si toutefois il y en avait un sur le même morceau de plateau. Idéal pour se débarrasser facilement d’un gros requin menaçant.

Les cases épaves sont un peu particulières, elles ne peuvent être traversées que par les petits poissons, les autres sont trop gros, et surtout, ils ne peuvent s’y arrêter. Cela donne une dimension stratégique supplémentaire au jeu, car il faudra alors faire attention au retour du fils de la revanche du petit poisson qui se glisse d’épave en épave pour venir te grignoter les doigts de pied ou tes poissons.

Mais alors, toi, ô merveilleuse et sublimissime allergique à l’eau, tu as aimé ? Vrai de vrai ? Toi qui n’aimes habituellement pas trop les jeux abstraits ?

Oui, je vous l’ai déjà dit. Faut écouter, un ‘tit peu, quand même.

Mais ce qui est intéressant, et merci pour cette question, c’est le pourquoi. Même si le jeu est finalement très abstrait avec une part de hasard minimale, il est servi par un matériel si mignon qu’on l’oublie. C’est un superbe travail éditorial et j’envoie des bisous admiratifs à l’auteur-éditeur à qui j’ai extorqué cette fameuse dédicace.

Et les règles sont réellement faciles à appréhender, avec une belle profondeur et un grand potentiel de sournoiserie retorse. Le tout emballé en 15 minutes et avec ce petit goût de reviens-y propre aux bons petits jeux.

Je le conseille à partir de 8 ans car, plus tôt, le marmot jouant contre un adulte pas trop manchot va subir ses premières parties. Ma plus jeune marmotte de 10 printemps a commis quelques erreurs et a vite compris qu’elle ne s’en sortirait pas contre sa mère. La hyène de 12, par contre, a joyeusement tondu sa maman chérie, et avec un grand sourire à peine modeste, s’il vous plait. Elle adore forcément le jeu et insiste pour y rejouer. Rognetudiou d’enfant.

Pour aller plus loin

Le plateau modulaire permet de changer la configuration et la dynamique des parties, dixit l’auteur, j’ai hâte d’essayer pour voir si ma hyène préférée va continuer à me donner du fil à retordre.

Le petit mot du chef, by Olivier

Pour ajouter mes impressions au test de Krinie, je suis impressionné par la sensation de maîtrise qui se dégage de Little Big Fish. Il ne fait à mes yeux aucun doute que le jeu a été testé et retesté et reretesté afin de parvenir à ce résultat aussi abouti.

Tenant beaucoup du jeu d’échecs (affrontement en un contre un sur un plateau de jeu fermé et avec des pièces différentes), il permet une marge de progression assez incroyable une fois que les différents effets du plateau auront été découverts et assimilés. Entre les petits poissons qui se faufilent partout, la menace du pêcheur qui rôde et le plancton qui fait furieusement penser aux power ups de Pac Man, cela crée des parties à la fois très tactiques et animées. Comme le dit Krinie, le jeu est toutefois à réserver à un public aguerri, car les couleurs vives et flashy ne sauraient dissimuler l’implacable férocité des parties. Des parties que l’on gagne ou l’on perd à une case près, souvent parce qu’on aura oublié de prendre en compte l’un des effets du jeu, ou alors parce que le sort aura décidé que le plateau se transforme juste au moment où vous alliez déclencher votre terrible assaut final.

Little Big Fish est un jeu aussi amusant qu’impitoyable, qu’on se surprend à ressortir encore et encore tant on a envie de signifier à notre adversaire préféré que nous sommes bel et bien les seigneurs des mers.

Une réussite tout simplement.

On aime :

  • Le matériel et le thème
  • La simplicité des règles et leur profondeur stratégique
  • La durée de la partie
  • Le plateau modulaire

On regrette :

  • Que le poisson, ce n’est pas bon, en fait
  • Quelques modifications nécessaires pour jouer quand on est daltonien, je pense

Fiche Technique

Un jeu de David Perez et Igor Polouchine
Edité par The Flying Games
Sorti en 2017
Pour 2 joueurs
A partir de 8 ans
Durée indicative 15 mn

La vidéorègle qui va bien

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