Test – Multipli Potion (Un verre, ça va, deux verres…)

Comme je le répète à l’envi (mais vous ne vous lassez pas de l’entendre, avouez), un jeu qui affiche « Apprendre en s’amusant » sur sa boîte a tous les atouts pour me coller de l’urticaire. Parce qu’une salle de classe n’a rien à voir avec une table de jeu, je me méfie toujours au plus haut point des jeux « éducatifs », qui visent à apporter à l’enfant autre chose que le plaisir de jouer. 

Autant dire, donc, que lorsque j’ai découvert Multipli Potion, j’étais aux anges. La mention de la boîte « apprendre et s’amuser avec les tables de multiplication » avait déjà tout pour me plaire, mais la mention « conçu par un enseignant » était une Fatality à elle toute seule. Si en plus on me dit que le jeu a été médaillé d’or au concours Lépine, je jubile déjà. 

Bref : j’ai regardé Multipli Potion avec un sourire carnassier avant même de l’ouvrir. Mais comme dirait Sheldon, il faut parfois se méfier des mathématiques…

Multipli Potion : le principe 

 

Multipli Potion se fait donc fort de vous faire avaler vos tables de multiplication au moyen d’un pitch audacieux : vous  êtes un magicien qui fait face à des hordes de monstres numérotés. Bigre ! Pour détruire un monstre, vous devez combiner deux potions. Chaque potion ayant une valeur de 2 à 9, il faudra que la combinaison des potions corresponde exactement à la valeur du monstre que vous voulez détruire. Si vous voulez flinguer le monstre ayant une valeur de 45, par exemple, il faudra aligner une potion « 5 » et une potion « 9 », car comme chacun le sait : « neuf-fois-cinq-quarante-cinq, neuf-fois-six-quarante-six, etc ».

Le premier a avoir détruit 5 monstres adverses gagne la partie. Palpitant, pensai-je dans un bâillement exagéré. 

Un matériel… tout à fait sympathique

Mon enthousiasme à dénigrer Multipli Potion a toutefois commencé à fondre au moment où j’ai ouvert la boîte.

Les cartes sont solides, belles, lisibles et très agréables en main. Chaque carte est coupée en deux en son centre et présente un côté « potion » et un côté « monstre ».

La règle du jeu est du même acabit, et se paye même le luxe de proposer un mini livret spécial qui contient les tables de multiplication. Honnêtement c’est très bien fait, agréable à l’oeil. 

Les cartes sont de deux couleurs différentes pour distinguer les tables de multiplication de 2 à 5 et de 6 à 9. Cela permet donc d’ajuster la niveau de difficulté en fonction du niveau des joueurs. Pour les soutenir dans leur apprentissage, on pourra ainsi privilégier tel ou tel deck, avant de les fusionner ensuite pour une partie complète. 

C’est bien vu. (Hélas). 

Déroulement de la partie

Chaque joueur démarre la partie avec une main de 4 cartes, qu’il complétera à la fin de chaque tour. Pendant son tour de jeu, le joueur est obligé de jouer une carte.

Ensuite, il observe les cartes posées devant lui. Si en effectuant une multiplication des valeurs de deux de ses cartes il parvient à atteindre la valeur indiquée sur une carte de l’adversaire, bim, le monstre est détruit. Le joueur défausse les deux potions utilisées et récupère la carte de monstre comme trophée.  

Si, par exemple,  un monstre « 56 » vous nargue,  il suffit d’associer une carte 7 à une carte 8 pour lui fracasser la tête. Et sploutch, un trophée. 

Sur le papier cela semble simple et limité, mais les possibilités tactiques sont finalement plus importantes qu’on ne le pense. Et ce pour deux raisons.

Multiplier les pains… dans la tronche

La première, c’est qu’en regardant bien les cartes que l’adversaire a jouées, il est possible de tenir une stratégie de défense assez instinctive. Si votre adversaire n’a joué aucun multiple de 5, par exemple, vous pouvez jouer relativement tranquillement votre monstre « 25 », car il ne pourra en aucun cas être flingué ce tour-ci (puisqu’il faudra à votre adversaire obligatoirement deux cartes « 5 » pour y parvenir. Une observation attentive des cartes posées par l’adversaire vous permet donc d’éviter de jouer des monstres qui seront battus par des cartes déjà en jeu.  

Mais il faut également penser à attaquer, et « placer » une potion qui vous sera ensuite utile pour vous débarrasser d’un monstre.  vous ne pouvez en effet jouer qu’une carte par tour, et il en faut deux pour détruire un monstre, chaque carte que vous mettez en jeu vous offre donc une possibilité d’attaque ultérieure… mais elle offre aussi de nouvelles cibles à votre adversaire. C’est pesant, tactique et vraiment bien foutu. 

Le second point, c’est que le destruction de l’un de vos monstres vous ampute aussitôt de l’une de vos cartes d’attaque. Vous avez placé une carte « potion 4 » car votre adversaire a plusieurs monstres multiples de 4 en jeu. Si vous perdez cette carte, vous perdez du même coup toute votre stratégie d’attaque. Et vous devez donc recalculer en urgence. Excellent pour le calcul mental. Et pour la gestion de la frustration.  

4 x 8 = 32 : le monstre est cuit !

Petits et grands marmots

Si les parties avec les decks réduits tiendront surtout lieu de révisions, les parties avec l’ensemble des cartes sont un excellent challenge pour l’enfant et l’adulte, qui seront à armes égales. En effet, l’enfant est en cours d’acquisition de ses tables là où l’adulte les a probablement oubliées depuis longtemps. Le jeu est très équilibré car il fait appel à des souvenirs instinctifs d’écolier. En outre, la règle inclut même la possibilité pour un joueur d’aider son adversaire… et d’en tirer profit lui aussi. Plus pédagogique, je ne crois pas que ce soit possible. 

L’avis de plateau marmots

Il fallait bien que ça arrive : je suis séduit par un jeu « éducatif ».  Multipli Potion me rappelle en fait le trop méconnu 8 Masters Revenge de Serious Poulp (oui, les gars du 7e continent), un jeu incroyablement réussi qui simule Street Fighter avec des cartes.

La possibilité offerte par Multipli Potion de mettre en place des stratégies de défense en fonction des cartes posées par l’adversaire est une excellente idée qui donne à ce jeu la dimension d’un « vrai » jeu, clairement tourné vers le fun et non vers la leçon rabâchée. C’est donc une incontestable réussite, idéal à trimbaler en toutes circonstances. Il vous occupera volontiers le temps d’une pause pipi sur l’autoroute ou pendant que vous attendez que la marée soit assez haute pour aller faire trempette. La solidité des cartes en font un jeu tout-terrain, aussi à l’aise sur une table vernie que sur du gazon fraîchement coupé.

Les seuls regrets que l’on pourrait avoir, c’est qu’il aurait été facile d’implémenter quelques « effets » pour rendre le jeu plus retors, par exemple un pouvoir permettant d’échanger une carte en jeu contre une de sa main, ou la possibilité de jouer deux cartes d’affilée. Mais Multipli Potion, brillant médaillé du Concours Lépine 2016, est suffisamment élégant dans sa simplicité pour générer de la tension tel qu’il est.

Si j’en crois la notice, le jeu permettrait également de réviser ses tables de multiplications, mais ça, avouons-le, c’est bien peu comparé au plaisir de jouer. 

Intérêt ludique : Vraiment bon
Intérêt pédagogique : Optimal
Au final : On aime vraiment beaucoup

Fiche Technique

Edité par On The Go
Un jeu de : Julien Lamouche
Année de parution : 2016
Un jeu pour : 2 joueurs
A partir de :  7 ans
Prix indicatif : 12.90

Pour aller plus loin…

2 commentaires sur “Test – Multipli Potion (Un verre, ça va, deux verres…)

  • 18 juillet 2017 at 17 h 38 min
    Permalink

    Ah! Ravie de voir que tu as testé et surtout apprécié ce jeu! Il y a toujours des exceptions à la rėgle…

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  • 18 juillet 2017 at 19 h 20 min
    Permalink

    Je ne suis pas fan des maths mais j’évite d’être obtus comme un angle. 🙂
    Du coup ça me donne envie de tester d’autres jeux du même type, je l’avoue.

    Reply

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