Test – Nom d’un Renard !

Un renard facétieux et cleptomane s’est introduit dans le poulailler pour… s’emparer d’un oeuf en or vénéré par les poules. Ces dernières vont donc tout naturellement mener l’enquête pour démasquer le coupable avant qu’il n’ait le temps de prendre la fuite. L’Arsène Lupin des basses cours va-t-il se faire voler dans les plumes ? 

Derrière ce pitch pour le moins loufoque (la dernière fois que j’ai vu un renard entrer dans un poulailler, c’était pas pour chourer un kinder surprise) se cache une ingénieuse revisite du Cluedo. Nos poules détectives vont-elles devoir s’armer d’un chandelier dans la bibliothèque pour pouvoir récupérer leur précieux ?

Renard Chenapan !

Si Nom d’un Renard ! est incontestablement une revisite du Cluedo, il apporte néanmoins un changement de taille à ce vénérable ancêtre, car il s’agit ici d’un jeu totalement coopératif et non compétitif. De 1 à 4 joueurs vont devoir collaborer pour démasquer le coupable, avant que ce dernier n’ait le temps de quitter le plateau de jeu, ce qui sera alors le funeste signal d’une défaite collective. Le renard, en effet, se déplace à chaque lancer de dé raté de la part des joueurs, ce qui le dirige toujours un peu plus vers la sortie. Et cela peut aller très, très vite, car les jets de dés sont nombreux, très nombreux.

Mais pour attraper le renard coupable, encore faut-il pouvoir l’identifier. En effet, il y a 16 renards qui se promènent en ville. Pour ne pas risquer d’accuser à tort un innocent, il faut donc démasquer le véritable coupable.

On regarde dans le poulailler ?

La boîte de Nom d’un Renard ! contient du matériel plutôt réussi. On y trouve un deck de cartes présentant l’ensemble des Suspects, ainsi qu’un autre deck qui sert à déterminer puis identifier le coupable au moyen du “scanneur”, sorte de petit étui coulissant en plastique. Sont également présents 3 dés spéciaux, des pions, et un très joli plateau de jeu illustrant un charmant village.

L’ensemble est vraiment plaisant et agréable. Le plateau de jeu est bien réalisé et donne envie de s’y promener, mais les cartes sont en revanche un chouia trop fines. Rien de scandaleux je vous rassure, mais j’aime avoir en main des choses solides quand un jeu s’adresse aux marmots de 5 ans.

-Qui a tué le Dr Lenoir ?
-C’est Max !

Pour vous donner une idée précise de ce qu’est Nom d’un Renard !, il faut croiser le Cluedo et Qui-est-ce ?. Le jeu mélange en effet collecte d’indices façon Cluedo et identification de suspect, dans la plus pure tradition du jeu bien connu d’élimination de portraits.

La partie commence en plaçant au hasard l’une des cartes identifiant le coupable dans le “scanneur”, où elle restera masquée jusqu’à ce qu’elle soit révélée à la fin de la partie. Cette carte est entièrement blanche, à l’exception de 3 points verts placés en différents endroits sur sa surface et du nom du Renard auquel elle correspond.

Une fois le coupable ainsi déterminé, on achève de préparer la partie en disséminant les indices face cachée dans le village, et en plaçant l’ensemble des renards suspects autour du plateau de jeu. Toutes les cartes Renard sont disposées face cachée à l’exception de deux, choisies aléatoirement.

Ceci fait, “La partie commence”, comme dirait ce cher Locolmes.

“Quand il y a une poule entre les deux, ils respectent les règles du jeu…”

Le jeu à proprement parler va diviser les joueurs en deux tâches : la recherche d’indices et l’identification des suspects.

  • Pour la recherche d’indices, il s’agit essentiellement de se promener sur le plateau de jeu afin d’aller récolter les pions indices, puis de les confronter aux suspects déjà dévoilés.
  • Pour l’identification des suspects, il faut parvenir à retourner les cartes de suspects qui sont encore face cachée.

Bien qu’elles soient très différentes, ces deux actions sont réalisées de la même manière : en jetant 3 dés. Une fois que le joueur a décidé de ce qu’il allait faire pendant son tour, il jette en effet 3 dés pour essayer de réaliser une figure simple : réunir 3 faces identiques. Comme au 421, il peut relancer les dés 3 fois et conserver les dés qu’il souhaite entre chaque lancer. Dans la mesure où les dés ne disposent que de deux symboles différents, le joueur a 50 % de chances d’obtenir la face désirée à chaque lancer. Rien de bien compliqué, donc.

Ce parapluie me semble bien suspect…

S’il parvient à obtenir des symboles de déplacement, le détective pourra se promener sur le plateau à hauteur du nombre de points obtenus et aller collecter les indices. En arrivant sur la case d’un indice, le joueur le retourne et le place dans le scanneur. L’indice est un petit jeton en carton qui représente un objet ou un vêtement que le coupable porte peut-être sur lui. Mais ce petit jeton en carton est perforé de telle manière qu’il pourra laisser apparaître l’un des points verts de la carte du coupable si ce dernier est en possession de cet objet ou vêtement.

Chaque renard, en effet, porte sur lui 3 objets distinctifs : chapeau, lunettes, parapluie, collier, gants, etc. Évidemment, plusieurs portent le même, mais aucun ne porte les 3 mêmes objets. Lorsque l’on identifie un indice dans le scanneur, on peut donc éliminer systématiquement les suspects qui ne sont pas en possession de l’objet en question.

Le jeu devient donc un jeu d’observation : lorsque l’on découvre, par exemple, que le coupable est en possession d’un parapluie, il devient alors inutile de conserver les suspects qui n’en possèdent pas.

Whoooo are youuuuuu ?

Mais pour éliminer des suspects, encore faut-il en avoir sous la main ! Rappelons en effet que ces derniers débutent la partie face cachée.

La seconde action disponible dans le jeu, celle d’identifier les suspects est donc tout aussi capitale que la première ! Là aussi il suffit de lancer les 3 dés pour retourner les cartes suspects, ce qui permettra de les éliminer ensuite, jusqu’à ce qu’il n’en reste plus qu’un… ou pas du tout !

En effet, le renard n’attend pas tranquillement de se faire choper : il traverse la ville afin de prendre la poudre d’escampette. Et à chaque fois qu’un joueur loupe l’une de ses actions en ne parvenant pas à obtenir des symboles identiques avec les dés, le renard en profite pour avancer de 3 cases. Lorsque le Renard parvient à sortir du plateau, c’est la défaite pour les joueurs, qui n’auront plus qu’à rendre leur flingue et leur insigne. Détective est un dur métier…

Bon sang, mais c’est bien sûr !

En plus de son ambiance sympathique, Nom d’un renard ! est truffé de bonnes idées. Le scanneur, par exemple, est un moyen simple mais efficace de jouer en coop’ et en solo, puisque l’identité du coupable se dévoile petit à petit sans intervention d’un autre joueur. Simple et malin !

La simplicité du jeu est également quelque chose que l’on se doit de souligner : si Nom d’un renard ! n’a rien de “facile” (car le coupable avance à grandes enjambées vers la sortie, il n’en demeure pas moins que le jeu est simple à apprendre, rapide à jouer et incroyablement addictif. L’envie de démasquer le coupable titille les Columbos qui sommeillent en nous et invitent à refaire une partie de plus après chaque résolution d’enquête. Difficile de se lasser de ce jeu, même en solo. En équipe c’est encore meilleur : adultes et enfants peuvent jouer ensemble en toute quiétude et avec l’assurance de passer d’excellents moments.

Il est en outre possible de moduler – un peu – la difficulté du jeu dans un sens ou dans l’autre, soit en donnant au voleur la possibilité de se déplacer plus rapidement, soit en permettant aux détectives d’identifier deux suspects au lieu d’un en cas d’action réussie. Cela permettra à l’ensemble de la famille de s’amuser à la même table !

Désolé Msieur mais il y a des petits détails qui me chagrinent, Msieur !

Si les qualités de Nom d’un renard ! ne sont plus à démontrer, il nous semble tout de même important de pointer quelques détails qui auraient pu être améliorés.

En tout premier lieu, Nom d’un renard ! va vous faire lancer des dés. Beaucoup de dés. Vous allez en lancer en moyenne 6 par tour, donc il vaut mieux ne pas être allergique au procédé. Lorsque l’on joue à 3 ou 4, cela ne pose pas trop de souci, mais en solo on mesure à quel point l’essentiel du jeu repose sur ces lancers, qui deviennent vite répétitifs.

Cela sera d’autant plus vite ressenti si vous vous occupez de l’identification des suspects :  lancer 3 dés, retourner une carte, fin. Et on recommence. On ne s’étonnera donc pas que les plus jeunes joueurs n’aient d’intérêt que pour la collecte d’indices.

Peut-être aurait-il été possible d’imaginer que l’action à effectuer pour l’identification des suspects soit différente de celle de la collecte, histoire de donner autant de prestige à l’une qu’à l’autre.

Le déplacement du renard m’a également un peu déçu tant il est systématique. On rate un jet de dé, et bim, le regard avance de 3 cases. Du coup on sait très précisément combien d’erreurs on peut se permettre de subir avant la défaite. J’ai joué avec une règle différente en lançant 1d6 en cas d’échec : 1 – 2, le renard avance de 2 cases, 3 – 4, il avance de 3 cases, 5 – 6 il avance de 4 cases. Cela a véritablement créé du stress autour de nos parties, quitte à rajouter un lancer de dé supplémentaire à un jeu qui n’en manque pas.

Un autre point : il est également facile de rendre le jeu un peu plus amusant en ajoutant des checkpoints pour le renard en déplacement, au gré de ses envies. À titre perso j’en avais ajouté deux sur son trajet. Lorsque le renard atteignait le premier, une carte suspect découverte était retournée face cachée, et sur le second les joueurs avaient un lancer de moins pour résoudre leurs actions au cours de leur prochain tour. Rien de bouleversant comme vous le voyez, mais cela apporte un petit “plus” assez agréable à jouer.

La dernière mini critique concerne le scanneur : la perforation des indices est parfois un peu décalée et le “point vert” désignant le coupable n’apparait pas franchement. C’est un peu dommage, car l’idée est vraiment ingénieuse.

L’avis de Plateau Marmots : Le jeu était presque parfait

Nom d’un Renard ! est donc une excellente revisite du Cluedo, aussi mignonne qu’intelligente. Jouant la carte du jeu coopératif, il entraîne une bande de petits détectives à la poursuite d’un mystérieux renard qui aura vite fait de s’échapper si l’on y prend garde. Équilibré et agréable à jouer, il propose en outre un matériel soigné et un scanneur d’indices simple et ingénieux. Si l’on regrette évidemment que l’ensemble du jeu repose davantage sur des lancers de dés un peu répétitifs que sur l’esprit de déduction, on ne peut toutefois que saluer la réussite de cette chasse au renard cambrioleur qui séduit autant les marmots que leurs parents. Bref : Nom d’un Renard ! est une très jolie découverte, qui fera honneur à la table de jeu des marmots de 5 ans et plus.

Fiche Technique

Un jeu de Marisa Peña
Edité par Game Factory / Atalia
Pour 1 à 4 joueurs
A partir de 5 ans
Durée d’une partie : 20 mn

Le jeu est disponible chez Philibert

Pour aller plus loin…

 

 

 

5 commentaires sur “Test – Nom d’un Renard !

  • 2 janvier 2018 at 13 h 22 min
    Permalink

    Mais c’est un vrai Agatha Christie…. Ca à l’air « poulement ou renardement » intéressant ! Merci

    Reply
  • Pingback: Test - Qui l'a vu ? – Plateau Marmots

  • Pingback: Nominations de l’As d’or Enfants 2018 – Plateau Marmots

  • 11 avril 2018 at 9 h 38 min
    Permalink

    Bonjour,
    J’ai un gros problème avec ce jeu…
    J’y ai joué avec mes enfants (5, 8 et 10 ans) avec un exemplaire emprunté à une association (je le dis car n’étant pas mon jeu, j’ai encore plus mal vécu le point ci-dessous). Ce que je retiens souvent des jeux, c’est mon ressenti. Les émotions que le jeu m’a procurées. Et là c’est la catastrophe ! 🙁 J’ai passé toute la partie à stresser et à intervenir auprès de mes enfants pour qu’ils n’abîment pas la carte du scanner. En effet, celui-ci a du succès, il est donc beaucoup manipulé, et souvent avec un peu d’excitation (ce qui est bon signe). Le gros problème c’est que la carte dépasse un peu (pour la préhension lors de son remplacement), c’est quasiment impossible qu’elle survive à une partie sans être pliée, d’où mon appréhension ! Bref ça m’a totalement gâché la partie.

    Si on parle du jeu… On a l’impression de jouer au Verger, tout en étant trop compliqué pour un enfant de 3 ans (beau matériel, lancé de dés pour savoir qui de nous ou du méchant animal va gagner)
    1) Pas du tout un Agatha Christie, il n’y a pas de réflexion/déduction. Si on reprend la comparaison avec un « qui est-ce ? » c’est le même type d’élimination de suspects sans le choix du critère car ceux-ci
    – se font au hasard (on ne sait pas qu’elle indice on va retourner avant d’y être),
    – sont d’équi-intérêt (les accessoires sont présents sur le même nombre de suspects)
    – et sont tous nécessaires à la résolution.
    Dans qui est-ce tout le sel du jeu est la prise de risque sur les critères choisis… là il manque donc le sel.

    2) Il n’utilise pas la mécanique de la mémoire car les indices sont très facilement retenus (surtout en coopératif).

    3) Le seul choix qu’il y a à faire est la répartition des actions (indice/suspect) entre les joueurs et « l’optimisation » du chemin pour les indices.
    – soit le(s) joueur est trop petit pour le faire
    – soit le(s) joueur l’a compris et le choix est fait… et puis c’est tout. (si la chance est plutôt d’un côté ou de l’autre des actions, on peut changer la répartition facilement et sans avoir la difficulté du choix qui nous titille.)

    Donc les ressorts ludiques sont ailleurs
    – le plaisir simple du hasard (jet de dés réussi ou non)… je peux vous dire que ça à laissé de marbre mes 2 grands. (ça fonctionne pour les 3 à 6 ans… mais comme le jeu est trop compliqué avant 5 ans… la fenêtre diminue)
    – la manipulation du scanner… là c’est une franche réussite, les enfants adores le prendre et regarder la réponse ! (et moi aussi). Mais est-ce que ça suffit ? Peut-être…

    Je pense que je reviendrai modifier/compléter ces remarques lorsque nous y rejouerons… car me ressenti à sans doute été très (trop ?) biaisé par le problème de matériel. (et nous y rejouerons car la manipulation du scanner est vraiment sympa)

    Reply
  • 11 avril 2018 at 15 h 39 min
    Permalink

    Alors…

    Il y a plusieurs points qui me semblent intéressants dans votre commentaire, très argumenté.

    Sur la manipulation, j’ai trouvé le jeu plutôt solide. J’y ai joué avec pas mal d’enfants d’âges différents, et le matériel m’est revenu absolument intact. Après il est vrai qu’il s’agit d’enfants très habitués aux jeux de société, qui savent que le matériel n’est pas remplaçable et qui y font en général très attention. Et comme je joue systématiquement avec eux, je n’ai aucun souci à ce niveau.

    Sur le reste de vos remarques, il faudra que je fasse quelques parties pour me remettre les règles en tête. Mais une réflexion me vient spontanément : pour moi « Nom d’un Renard » est clairement un jeu pour les 4 – 6 ans. Il est simple d’accès, simple dans son déroulement, et il est clair qu’un jeu jouable dès 4 ans ne va souvent pas proposer la même profondeur qu’un jeu destiné aux 8 – 10 ans. Je comprends donc tout à fait que vos deux grands s’y soient quelque peu ennuyé au bout de quelques parties, car ils ont déjà l’âge de s’affronter sur un Cluedo ou sur des jeux d’enquête bien plus aboutis. Je ne trouve pas du tout le jeu trop compliqué pour un enfant de 5 ans… J’y ai joué avec deux enfants de cet âge, et ils ont rapidement pris les choses en main pour me laisser le rôle (peu glorieux) de celui qui retourne les suspects. Mon fils de 3 ans (certes habitué aux jeux depuis un bon moment) a lui aussi clairement montré son intérêt pour le jeu et a tout à fait compris son déroulement global.

    Je pense donc que vous devriez faire quelques parties en tête à tête avec votre enfant de 5 ans, car c’est clairement à lui que ce jeu s’adresse. Faites deux ou trois parties au calme, en le laissant prendre les décisions petit à petit. Vous verrez que sans la pression des deux grands (qui vont forcément rapidement trouver le temps un peu long devant ce jeu « trop simple pour eux », il va sans doute rapidement se sentir bien plus à l’aise. La simplicité que vous reprochez au jeu deviendra alors sa meilleure arme… 🙂

    Reply

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *