Test – Sticky Chameleons (Vous reprendrez bien deux heures de colle ?)

Je me souviens que, dans mon enfance parisienne, j’étais fasciné par les petits bonshommes en caoutchouc collant que les vendeurs à la sauvette faisaient descendre le long des vitres des abribus. Ma mère ne voulait pas que j’en achète, à l’époque, « pour pas que ça dégueulasse les vitres », donc je les regardais dévaler les vitres des autres avec envie et curiosité, fasciné par ce plastique un peu visqueux qui semblait vouloir défier les lois de la gravité.

Et voilà que sans crier gare, Iello nous propose un party game bien déjanté comme il faut, totalement axé sur l’utilisation sauvage de ce plastique collant. Alors amoureux des plaisirs régressifs, embarquez avec moi !

Kid Chameleon

Je ne sais pas pour vous, mais quand on me parle de caméléon, je pense avant tout à la blague de celui qui devient fou quand on le place sur un tissu écossais, ou devant la boîte du jeu Patchwork.

Mais pour les petits gars de chez Iello, le caméléon est avant tout une bestiole qui mange des insectes au moyen d’une langue aussi précise que collante. Les développeurs du jeu se sont donc probablement posé une question existentielle : que se passerait-il si 6 caméléons visaient le même insecte au même moment tout en sifflant un air d’Ennio Morricone ? Afin de toruver la réponse, ils ont édité Sticky Chameleons. 

Comme vous l’aurez sans doute compris, Sticky Chameleons est donc un jeu d’adresse qui ne se prend pas au sérieurx, réunissant de 2 à 6 joueurs, tous équipés de langues collantes. Euh. En plastique hein ?   

Eh oui Krinie, toi qui es rédactrice de choc à Plateau Marmots et némésis d’Essen, je devine ta déception, mais non, il n’y a pas de VRAIS caméléons dans la boîte. Non, je t’en prie, inutile d’aller taper un scandale, c’est comme ça. Et d’ailleurs, il y a quoi, dans la boîte, exactement ?

Sticky fingers tongues

Et là, ami lecteur, c’est le moment où tu es éberlué par cette incroyable transition, qui me permet de faire le célèbre unboxing rédactionnel dont moi seul ai le secret.

La boîte de Sticky Chameleons contient donc 8 langues collantes bien protégées par des sachets individuels, 2 dés spéciaux et de nombreux jetons en carton qui représentent une trentaine d’insectes de type et de couleur différents. Ce sera bien évidemment les principales victimes de cette déferlante salivaire à laquelle nous allons bientôt assister.

Évidemment, la rigueur scientifique de blogueur qui me caractérise m’a incité à déballer immédiatement l’une des langues pour savoir si elles collent réellement. Première bonne nouvelle, Krinie, ces langues ressemblent à… des langues. Longues d’environ 20 cm et en caoutchouc tout mou, elles s’étirent volontiers jusqu’à 60 ou 70 cm sans effort. En tout cas largement assez pour attraper une bestiole innocente sur une table de jeu, ou une chips oubliée sur une table basse. Chacun ses priorités.

Et pour coller, oui, ça colle. D’un coup de poignet sec, on balance la langue comme Indiana Jones donnerait un coup de fouet, clac ! Et pour peu que l’on vise juste, on aura le plaisir de voir les tuiles insectes arriver presque par magie dans notre main. Une sensation vraiment agréable qui flatte notre dextérité : on se surprend à demander aux amis de laisser un billet de 50 euros sur la table, pour voir à quelle vitesse on peut l’attraper. Et s’ils ne le font pas, de lesmenacer d’un coup de langue dans l’oeil. Imparable. 

Karma Karma Karma…

Non Krinie, je sais ce que tu vas dire, mais non, la mise en place est fort simple : on met l’ensemble des insectes sur la table en veillant à ce qu’ils ne se chevauchent pas. Et c’est tout. La partie en elle-même est d’une simplicité redoutable. Des règles colorées et fort bien rédigées nous invitent à nous munir de nos langues et à commencer à saliver de manière menaçante. L’un des joueurs se dévoue alors pour lancer les dés, et créer ainsi une combinaison insecte + couleur (par exemple mante religieuse violette). L’insecte désigné devient alors la cible de tous les joueurs autour de la table, qui pourront déchainer les enfers de leurs langues collantes pour attraper l’insecte en question.

Celui qui l’attrape devra alors le décrocher de sa langue (avec sa main) et la remettre en jeu. Il marquera alors un point. Au bout de 5 points, il remportera la partie. Facile, non ?

Eh bien non.

Car à ce stade,  il sera utile de prendre note de plusieurs subtilités importantes.

  • Si le joueur qui a capturé l’insecte a également capturé une guêpe, sa prise est annulée.
  • Tant que le joueur n’a pas posé l’insecte sur la table,  les autres peuvent continuer à essayer de lui subtiliser. Oui Krinie, le jeu continue tant que le joueur n’a pas décollé l’insecte avec la main pour le reposer sur la table. Il devient donc la cible vivante de toutes les langues avides de ses adversaires, bien décidés à récupérer l’insecte sur sa propre langue.
  • Autre point notable, si l’insecte cible tombe de la table et se retrouve par terre… ben la partie continue par terre. La guerre est totale jusqu’à ce que la cible soit capturée.

Et là, Krinie, tu prends brutalement conscience d’une chose importante, qui va totalement conditionner ta façon d’apprécier Sticky Chameleons. La notion de bordel intersidéral. 

Euh… T’es camé, Léon ?

Pour résumer, j’aurais envie de dire que si vous avez le fol espoir de pouvoir jouer sérieusement à Sticky Chameleons, c’est mal barré. Si vous comptez profiter d’une atmosphère sereine, et de pouvoir faire étalage de votre adresse, alors armez-vous de patience et de Lexomil. Dès ses premières secondes de jeu, Sticky Chameleons devient en effet un bordel intersidéral  à partir de 3 joueurs, et une foire galactique totale dès que l’on atteint 4 joueurs. Les parties à 6 donnent, quant à elles, l’impression de faire partie du casting de la scène d’orgie finale de Caligula, avec des cris, des langues, des hurlements et des insectes qui volent dans tous les sens.

Est-ce amusant ? Oh oui ! Est-ce que votre habileté sera récompensée ? Sans doute, mais rarement. Parce que cette foire d’empoigne linguale est tellement explosive qu’il est difficile d’y comprendre quoi que ce soit. C’est ça qui est bon, me direz-vous ! Vous n’aurez pas tort, mais ce n’est pas forcément pour tout le monde.

On notera par ailleurs que si le jeu est effectivement accessible à partir de 6 ans, comme l’indique la boîte, il sera en revanche assez suicidaire de faire s’affronter des joueurs d’âges et de niveaux trop différents. Un ado ou un adulte auront déjà vidé la table que votre bout de chou n’aura pas encore armé sa langue… ce qui finira parfois dans les pleurs. Eh oui Krinie, les duels sont cruels.

En conséquence, à moins de jouer contre un senior parkinsonien, ou contre un adulte compatissant ou fatigué, on ne saurait trop conseiller le jeu intergénérationnel sur Sticky Chameleons, au risque de voir l’un des adversaires s’ennuyer ferme. Encore une fois, c’est le style même du jeu qui veut cela, mais il n’est pas inutile de vous le rappeler.

Au final : on donne sa langue au chat ?

Sticky Chameleons est un jeu bordélojubilatoire qui assume totalement une anarchie explosive qui n’est pas sans rappeler la tension des duels de Sergio Leone. Si nous n’avons pas eu le temps de vérifier la solidité des langues sur le long terme (pensez à les nettoyer après chaque partie), le plaisir suscité par le jeu est bien réel et invite à des parties courtes, mais amusantes. Il est en effet préférable de jouer par petites sessions pour ne pas essouffler le fun un peu trop rapidement.

On évitera aussi de faire s’affronter des marmots d’âges trop différents, au risque d’en laisser certains sur le carreau. Quant aux adultes qui participeront à ces parties, ils seront parfois tentés de se donner un handicap (jouer de la main gauche, etc.) afin de maintenir l’intérêt du jeu.

Sticky Chameleons n’en demeure pas moins un excellent jeu d’adresse, amusant et déjanté à souhait, qui transformera votre salon en champ de bataille total.

Ça fait plaisir

  • Un concept vraiment bien exploité
  • Un matériel bien conçu
  • Du délire, du fun et un peu d’adresse : le party game dans toute sa splendeur
  • La partie qui continue même quand les jetons sont ramassés ou tombent pas terre
  • Bordélique jusqu’à l’extase

Ça fait pas plaisir

  • Bordélique jusqu’à l’excès
  • Assez déséquilibré entre des joueurs d’âges différents
  • Limité sur le long terme 

Fiche Technique

Un jeu de Théo Rivière et Cédric Barbé
Edité par Iello
Date de sortie : 2017
Pour 2 à 6 joueurs 
A partir de 6 ans
Durée d’une partie : 15 minutes

Pour aller plus loin

 

Un commentaire sur “Test – Sticky Chameleons (Vous reprendrez bien deux heures de colle ?)

  • 13 novembre 2017 at 17 h 01 min
    Permalink

    Très cher Rédac’chef de mon coeur, merci pour ce test, comme d’habitude parfaitement bien formulé (faire de la lèche, après tout, c’est dans la thématique :-D).
    Ma petite famille et moi partageons donc ton avis si bien informé: ce jeu est d’un bordel… A trois, 10, 12 et 40 ans, les langues se sont collées, les insectes ont valdingué et les rires ont fusé.
    Bon par contre, quand je dis valdingué, c’est tellement vrai que nous avons failli perdre une abeille: elle s’est retrouvée à 3m50 de nous. Véridique, mes filles et moi, on a la langue agile…
    Et, même si je n’ai pas joué de la main gauche, c’est quand même l’ado-hyène de 12 ans qui a gagné les deux parties… et pourtant, sa soeurette et moi nous sommes battues. Mais elle est trop rapide, la hyène.
    En tout cas, gros succès, beaucoup de rires, mais, la prochaine fois, je veux y jouer en terrain dégagé pour ne pas perdre les insectes. Des fois qu’il leur prenne l’envie de voler trop loin.

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