Test – Maître Renard

Un renard au bord du burn-out décide de tout plaquer et d’aller se mettre au vert pour quelques semaines. Mais comme le business ne saurait s’arrêter en son absence, il décide de se chercher un remplaçant. Les candidats seront soumis à rude épreuve : il faudra faire preuve de rapidité, d’audace, de dextérité… et ne pas avoir peur de travailler dans le noir. Alors ? Qui sera le plus rusé des apprentis renards ?

La nuit, tous les renards sont d’or

Maître Renard est un jeu compétitif pour 2 à 4 joueurs, accessible dès 7 ans. Récompensé par l’as d’or 2016, il permet de tester nos capacités tactiles à différencier un mouton d’un morceau de fromage. Et ça, les amis, ça nous servira toute la vie !

Le but du jeu consiste donc à être le premier joueur à reconnaître et ramasser des pions en bois représentant des animaux, sans évidemment pouvoir les regarder. En effet, vous devrez accomplir vos méfaits avec un masque sur les yeux, et seuls vos doigts seront habilités à déterminer si vous êtes en train de tripoter une vache, un cochon ou une couvée. Eh oui, personne n’a dit que le boulot de renard était facile. 

Une boite de ferme que l’on ouvre

On tirera d’emblée un énorme coup de chapeau à Charlène Le Scanff, l’illustratrice du jeu, qui a réalisé des dessins magnifiques pour Maître Renard. Ces illustrations, que l’on retrouve sur les cartes, les masques ou le fond de la boîte, jouent pour beaucoup dans le plaisir d’ouvrir le jeu et de lancer une partie, ce qui est certes paradoxal pour un jeu qui va se jouer en aveugle.

Je le signale à chaque fois, mais j’apprécie vraiment que le fond de la boîte (qui représente la cour d’une ferme) soit utilisé pour le jeu. C’est en effet là que l’on placera nos bestioles à reconnaître. Ces dernières sont représentées par une petite trentaine de pions en bois, aux formes plus ou moins évocatrices. Si la plupart s’identifient en général très rapidement (notamment le morceau de fromage, qui ressemble violemment à Pac-man), différencier une vache d’un cochon ou d’un cheval vous prendra souvent plusieurs essais.

La boîte contient également 8 cartes, 4 masques, et une ribambelle de jetons « oeufs », qui vous permettront de compter les points de victoire.

C’est le plus graaaaaaaaaaand des voooooleeuuuuuuuurs

Comme il s’agit d’une épreuve de cleptomanie, chaque round aura un objectif bien défini, commun à tous les joueurs. Un joueur retournera en effet 3 cartes d’objectifs (symbolisant l’un des animaux), qui indiquent quelles seront les bestioles à attraper pour le round.

Une fois que les objectifs sont définis, chacun met son masque de renard sur la tête, l’un des joueurs secoue un peu la boîte pour mélanger les pions, et chacun va ensuite plonger une main (et une seule) dans la boîte pour attraper les cibles concernées.

Si chaque joueur ne peut utiliser qu’une main pour identifier et attraper les pions, c’est parce que la seconde va représenter son sac. En effet, chaque pion attrapé par un joueur doit être placé dans son autre main. Seuls les pions qui seront présents dans la seconde main du joueur seront comptabilisés à la fin de la manche. Les autres, ceux qui ont été souvent saisis à la dernière seconde, devront être défaussés.

Butin (d’s’) amer

La fin de manche, justement, survient dès qu’un joueur a placé ce qu’il pense être les 3 pions de l’objectif (par exemple fromage, poule, cochon) dans son sac. Il crie “stop”, et chacun doit relever son masque. Chacun montre alors ce qu’il détient dans sa main et votre butin sera donc mis au vu de tous. Ce sera le moment de constater l’étendue des dégâts et de réaliser que votre mouton ressemble énormément à un poisson, finalement. Sapristi.

Ceux qui ne se sont en revanche pas trompés obtiennent un oeuf par animal correct, mais un malus d’un oeuf en cas d’erreur. Pas de précipitation, donc, car on gagnera plus à n’avoir ramassé qu’un pion s’il est « correct »,  que d’en avoir ramassé trois et découvert que deux sont des erreurs. On gagne donc entre 3 et 0 point par manche, le vainqueur sera le premier joueur à en avoir 10. 

Rusé comme un… serpent

Les manches suivantes partent du même principe : tirage de 3 cartes objectifs et mélangeage. Mais une subtilité s’ajoute désormais à chaque nouvelle manche : des pions « ruse » (représentant d’autres animaux et objets) sont progressivement ajoutés à la ferme.

À la seconde manche, par exemple, on ajoute ainsi des renards qui ont pour effet d’octroyer un point supplémentaire en fin de manche. A la troisième manche on ajoute des serpents, qui permettent de dérober l’animal attrapé par un autre joueur. Le marteau, quant à lui, protège contre les serpents et fait son apparition à la 4e manche.

 À partir de la seconde manche, donc, on aura désormais le droit de prendre 4 pions à chaque manche. Il ne sera toutefois possible de n’avoir en main qu’un seul pion « ruse », impossible donc de cumuler renards et serpents pour garantir quelques points et attaquer vos adversaires. Sinon ça aurait été trop facile !

Des parties vraiment amusantes !

Beau et bien réalisé, Maître Renard est très amusant à jouer, surtout à 3 ou 4 joueurs. Si on ne s’ennuie pas forcément à deux joueurs, force est de constater que le jeu est véritable conçu pour que les mains se croisent, se touchent et se gênent les unes les autres. Parvenir à reconnaître un animal précis alors que 3 autres mains trifouillent le plateau de jeu (et donc souvent la vôtre) demande un bon niveau de concentration, et il est difficile de ne pas glousser en découvrant une fois la manche finie que ce qu’on croyait être un mouton est en fait un morceau de fromage.

Les bonus d’attaque ou de défense sont également une excellente idée, qui permettent de dynamiser le jeu. Le serpent, en particulier, est redoutable. Voler à un adversaire l’un de ses animaux péniblement identifiés est forcément un magnifique moment de fourberie, qui peut aisément vous précipiter vers une victoire bien méritée.

C’est la combine à nanard !

La seule critique que l’on pourra faire à Maître Renard, finalement, tient avant tout à son mode de fonctionnement. Si tout le monde est censé jouer en aveugle, il est très facile de tricher et de s’arranger pour conserver un peu de visibilité sur le plateau de jeu. Ce n’est guère convenable, certes, mais cela peut arriver, surtout dans les derniers rounds où la partie devient véritablement tendue. Difficile parfois pour les petits marmots de résister à la tentation. 

Il est donc fort conseillé, si vous en avez la possibilité, de jouer avec un arbitre. Son rôle sera de mélanger les pions à reconnaître avant le début de chaque manche, et de vérifier que les renards sont bien dans le noir tout au long de la partie.

Autre point à signaler : si vous jouez avec des petits marmots (6 – 7 ans), il sera conseillé de faire une ou deux parties sans les pions « ruse », pour que chacun ait le temps de se familiariser avec le rythme (souvent intense) du jeu et avec le relief propre à chaque animal. Les « ruses » dynamisent vraiment les parties, mais elles sont plus agréables à jouer lorsque l’on maîtrise le jeu.

L’avis de Plateau Marmots

Explosif et hilarant, Maître Renard est un excellent jeu d’adresse et de reconnaissance tactile. Chaque joueur doit faire face à une multitude de pions disséminés sur le plateau de jeu, et à deux ou trois autres mains hystériques qui tentent d’attraper et d’identifier tout ce qui leur tombe sous le doigt. L’As d’Or de Cannes 2016 est donc un jeu très drôle et très bien réalisé : mention spéciale aux illustrations qui mettent tout de suite dans l’ambiance.

Adultes et enfants peuvent donc s’affronter à Maître Renard pour des parties plutôt équilibrées. Les petits privilégieront la rapidité (mais se tromperont souvent), les autres voudront assurer leurs arrières et prendre le temps d’êtres sûrs d’avoir identifié ce qu’ils doivent trouver. À certaines tables, on conseillera parfois la présence d’un arbitre, car la tentation d’enlever le masque en cours de partie peut-être grande pour trouver ce satané mouton.

On notera par ailleurs que Maître Renard peut tout à fait être joué tel quel par des joueurs malvoyants : il suffira qu’un joueur soit en charge de lire le nom des trois cartes recherchées pour la manche, et de vérifier ce que contiennent les sacs des renards en fin de manche. C’est suffisamment rare pour être signalé.  

On aime

  • Un jeu d’adresse original et malin
  • Des illustrations parfaitement dans le ton
  • Des pions « ruse » qui permettent de savoureux coups fourrés
  • Un jeu tout à fait jouable par des malvoyants

On aime moins

  • Un arbitre est parfois le bienvenu
  • Des animaux qui se ressemblent parfois (mais c’est évidemment volontaire)
  • On s’ennuie un peu à deux

Fiche technique

Un jeu de Frédéric Vugnat
Illustré par Charlène Le Scanff (Catell-Ruz)
Édité par Goupil (Don’t Panic Games) et Superlude
Pour 2 à 4 joueurs (mais préférez 3 ou 4)
À partir de 7 ans (jouable à 6)

Le trouver chez Philibert

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