Test – Cascadia Junior

Cascadia Junior

Alors je vais immédiatement vous mettre à l’aise : je n’ai jamais joué à Cascadia.
Oui, je sais, balancé comme ça, ça semble dingue, mais c’est la plus stricte réalité. Et si je vous assène cette vérité de manière aussi cynique, c’est surtout pour éviter toute ambiguïté : inutile d’espérer ici un comparatif soigné entre Cascadia Junior et son grand frère Cascadia “tout court”. Je n’en ai ni l’ambition, ni les connaissances nécessaires.

En revanche, ce que je m’apprête à faire, c’est vous expliquer ce qu’est Cascadia Junior, comment on y joue… et pourquoi c’est beaucoup, beaucoup trop bien.
(Oh zut, j’ai spoilé la fin.)


Fertessa Allyse, Randy Flynn | Beth Sobel | Lucky Duck Games |
2 à 4 joueurs| 6 ans et plus| Entre 10 et 25mn | Pose de tuiles et stratégie

Note : cet exemplaire a été acheté par nos soins.


C’est quoi, Cascadia ?

Cascadia Junior est un jeu de pose de tuiles, digne représentant de la grande famille des jeux où chacun construit un truc dans son coin et on compte les points à la fin. Le jeu est une référence directe à la région de Cascadia, célèbre zone montagneuse des États-Unis, réputée pour la diversité de ses paysages… et des bestioles qui y vivent.

À l’image de ce territoire, Cascadia Junior est un jeu posé et apaisé, qui fera assurément fuir les amateurs de jeux d’opposition directe du style « prends ma hache entre les deux yeux et regarde ta cervelle exploser dans une gerbe dégoulinante ». Comprenez par là que l’interaction y est très limitée — pour ne pas dire inexistante.

Le but du jeu est de composer un paysage en associant des éléments de faune et d’habitat, gagnés en regroupant des tuiles. Chaque jeton animal récupéré dissimule une valeur en pommes de pin sur son verso. En fin de partie, une fois que le décor de chaque joueur est constitué, tous les jetons sont retournés et les pommes de pin additionnées. Celui qui en a le plus remporte la partie. Youpi.


Cascadia dans la boîte ?

Le jeu débute par une mise en place qui peut s’avérer un chouïa laborieuse si l’on ne prend pas le temps de ranger soigneusement le matériel. Cascadia Junior est en effet généreux en contenu, et il faut compter quelques bonnes minutes pour disposer convenablement les différents éléments : pions et jetons (environ 140), cartes et tuiles (une cinquantaine).

On notera d’ailleurs que le nombre de tuiles à mettre en place dépend directement du nombre de joueurs, afin d’assurer une expérience de jeu équivalente quelle que soit la configuration autour de la table.

Pour entrer un peu plus dans les détails, précisons que les jetons animaux (ours, wapiti, renard, buse ou saumon) sont tous associés à des cartes animaux correspondantes. Les jetons servent à matérialiser les animaux gagnés au cours de la partie, tandis que certains pions permettent de se souvenir des zones déjà scorées.

Concrètement — et parce que la phrase précédente ne voulait assurément pas dire grand-chose — on peut résumer ainsi : aligner trois tuiles comportant un ours permet de récupérer un jeton ours, que l’on place sur sa feuille de panorama. Ce panorama sera ensuite complété, en fin de partie, par des jetons « habitat » (montagne, lac, prairie, etc.) qui serviront à établir le scoring final.

Les tuiles hexagonales constituent quant à elles le cœur du jeu. Chacune est composée de deux hexagones et représente une combinaison d’animal et d’habitat : saumon et prairie, buse et montagne, par exemple. C’est en regroupant judicieusement ces tuiles que les joueurs gagnent, en cours de partie, des animaux à placer sur leur panorama, puis des jetons d’habitat lors du décompte final.

À ce stade de la narration, il convient de souligner un point essentiel pour le plaisir de jeu : l’ensemble est de très bonne qualité. Les illustrations sont somptueuses, à la fois simples et pleines de vie. Les jetons et tuiles sont épais, agréables à manipuler, les cartes solides, et l’iconographie est claire et lisible. Bref, tout donne immédiatement envie de jouer.


On joue !

Le tour de jeu est incontestablement l’une des grandes forces de Cascadia Junior. Pourquoi ? Parce qu’il consiste à choisir une tuile… et à la poser. Et c’est tout.

Plus concrètement, à son tour, le joueur choisit l’une des deux tuiles disponibles dans le marché. Il la place ensuite dans sa zone de jeu personnelle. La liberté de pose est quasi totale : la seule contrainte est que chaque nouvelle tuile doit être adjacente à au moins une tuile déjà posée.

Mais si la liberté est grande, il convient tout de même de réfléchir quelques secondes à l’endroit idéal pour poser sa tuile, aussi bien pour les animaux que pour les habitats représentés. Le but du jeu est en effet de créer des regroupements de trois animaux identiques adjacents, ce qui permet de piocher un jeton de l’animal concerné et de le placer sur son panorama. Chaque jeton animal dissimule, pour rappel, 1 ou 2 pommes de pin sur son verso.

Les combos d’animaux ne sont toutefois pas la seule manière de marquer des points. En fin de partie, vous procéderez également au décompte des habitats similaires connectés. Pour chaque groupe adjacent de 3, 4 ou 5 tuiles d’un même habitat (forêt, prairie, lac, montagne…), vous gagnez un jeton correspondant à placer sur votre panorama. Au-delà de 5 tuiles connectées, vous en récupérez deux. Ces jetons habitat comportent eux aussi des pommes de pin au verso, et contribuent donc directement au score final.

Une fois la tuile posée et les éventuels jetons animaux récupérés, le tour du joueur prend fin. Il pioche alors une nouvelle tuile afin de reconstituer le marché, et la main passe au joueur suivant.

Après que chaque joueur a posé 10 tuiles, la partie s’achève. Les zones d’habitats sont alors décomptées, les jetons attribués, puis tous les panoramas sont complétés : les jetons sont retournés et les pommes de pin révélées.


Des sensations de jeu à la fois simples et profondes

Jouer à Cascadia Junior, c’est partager un chouette moment de calme et de mini-réflexion, sur le thème :
« Si je place la tuile ici, je peux immédiatement ajouter un saumon dans mon lac… mais si je la pose ailleurs, je crée à la fois une zone de montagne et une prairie, ce qui pourrait rapporter gros en fin de partie. »

L’idée géniale du jeu, c’est assurément ce plateau panorama, qui se construit au fil des tours et permet de visualiser immédiatement les points marqués. On ne score pas “pour scorer” : on associe des icônes d’animaux pour installer concrètement l’animal correspondant dans le paysage. C’est une représentation idéale pour des enfants dès 6 ans.

C’est un vrai plaisir de n’avoir à choisir qu’une tuile parmi deux, et de se concentrer uniquement sur la manière dont elle va enrichir notre paysage — soit immédiatement, soit dans un second temps. Il faut parfois se projeter dans les futures pioches (même si 10 tours passent très vite) pour décider s’il vaut mieux attendre une tuile espérée ou sécuriser des points sans tarder. Des mini questionnements simples mais enrichissants, que l’on découvre peu à peu au fil des parties, pour des sensations de jeu très gratifiantes.


Deux niveaux de difficulté

Après quelques parties, vous serez sans doute tentés d’explorer une autre possibilité offerte par le jeu. Cascadia Junior propose en effet un mode avancé, qui ajoute un peu de complexité.

Dans ce mode, les tuiles animaux doivent être associées selon un schéma précis, indiqué au verso des cartes animaux. Une petite difficulté supplémentaire, qui renouvelle le plaisir de jeu et demande une réflexion plus poussée à chaque pose. Toutes les autres règles restent inchangées.

De quoi mettre en place un léger handicap pour les plus grands face aux plus jeunes, et ajuster finement l’expérience de jeu autour de la table.


100 % détente

Cascadia Junior est un pur plaisir de pose de tuiles, à jouer tranquillement, pourquoi pas avec une petite musique zen en fond. On compare les deux tuiles disponibles, on observe son paysage, et hop, on développe son territoire.

On retrouve ici des sensations proches de celles d’un roll & write, mais à son propre rythme : c’est simple, accessible, et pourtant palpitant. Une vraie réussite d’épure, pour des sensations à la fois légères et gratifiantes.


Un jeu parfait ?

Cascadia Junior est un excellent jeu, mais il embarque malgré tout deux petits défauts susceptibles de gêner certains joueurs.

Le premier, inhérent à sa générosité, concerne le temps de mise en place. Ce n’est pas tant qu’il soit particulièrement long, mais le contraste avec la durée de la partie peut surprendre, surtout à deux joueurs. En connaissant parfaitement le jeu et avec le matériel déjà bien rangé, il m’a fallu un peu plus de cinq minutes pour une mise en place complète… pour une partie pliée après seulement 10 tuiles posées. Le ratio n’est pas idéal, même si c’est aussi un bon prétexte pour enchaîner les parties.

Le second point, c’est l’absence de mode solo. Lorsqu’on imagine un jeu posé et contemplatif, on s’attend parfois à trouver un mode solitaire avec des paliers de score à atteindre, comme dans Dorfromantik, par exemple. Ici, rien. C’est dommage, car quitte à sortir le jeu, un petit “training solo” avant de tout remballer aurait été appréciable. Ce n’est pas rédhibitoire, mais le jeu s’y prêtait clairement.


L’Avis de Plateau Marmots (Olivier)

Au final, Cascadia Junior séduit autant sur le fond que sur la forme, avec une profusion de matériel très qualitatif pour un jeu de pose de tuiles aussi accessible que malin. La très très bonne idée, c’est évidemment ce panorama de scoring qui se dessine au fil de la partie, sans jamais savoir exactement combien de points marquent les adversaires.

Le tour de jeu, d’une simplicité élégante, se résume à choisir une tuile parmi deux, la positionner correctement… et développer son paysage, en progressant à la fois sur la faune et les habitats. C’est brillant, et les sensations sont immédiates.

Alors oui, on peut râler sur des parties un peu courtes au regard du temps de mise en place, mais c’est aussi une manière de dire que le plaisir est tel qu’on aimerait que ça dure plus longtemps. Vous l’aurez compris : Cascadia Junior est une belle réussite, à la fois riche en matériel et épurée dans son gameplay. Un très beau moment à vivre ensemble.


On a aimé :

  • La simplicité du gameplay
  • Les nombreuses possibilités offertes par le jeu
  • Le panorama, qui dessine peu à peu la partie
  • La direction artistique, simple et élégante
  • L’incertitude du scoring final avec les points face cachée

On a moins aimé :

  • Une mise en place un peu longue pour un jeu aussi rapide
  • L’absence de mode solo

Un jeu pour vous si :

  • Vous aimez poser des tuiles dans une ambiance calme et zen

Un jeu plutôt pas pour vous si :

  • Vous cherchez une interaction directe entre joueurs

Le trouver :


Le match inutile mais rigolo

Cascadia Junior vs Dragomino

Même si les deux jeux n’ont pas grand-chose à voir en termes de direction artistique, je me suis surpris plusieurs fois à penser à Dragomino en jouant à Cascadia Junior. Dans les deux cas, on pioche une tuile pour compléter un paysage, et on score sur les associations ainsi réalisées. Les deux jeux proposent aussi un nombre de tours limité et un score rendu incertain par le hasard de la pioche.

Cascadia Junior est clairement plus “mature”, avec ses tuiles hexagonales offrant davantage de possibilités stratégiques, et ce fameux panorama à compléter qui permet de visualiser son score. Dragomino, de son côté, s’adresse à des enfants encore plus jeunes (dès 5 ans).

Si vous avez apprécié Dragomino, Cascadia Junior peut donc constituer une suite logique très intéressante. De mon côté, je continue toutefois de préférer Dragomino : il est plus rapide à mettre en place — toujours utile quand on a des marmots qui piaillent autour de la table — et sa mécanique de choix de tuiles et de désignation du premier joueur est particulièrement élégante.
Et puis… y’a des dragons.

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