Test – Par Odin

Vraiment, vraiment, j’adore tester des jeux pour enfants. D’une boîte sur l’autre, on tombe véritablement sur des choses très différentes, des plus basiques aux plus improbables. Concernant Par Odin, j’avoue que je ne savais pas du tout à quoi m’attendre, car c’est l’auteur, Antonin Boccara, qui m’a contacté pour me proposer de tester son jeu. J’avoue que je n’en avais point trop entendu parler, et au vu des images, je l’avais un peu rapidement étiqueté dans la catégorie des jeux de dés solo “prise de risque”, façon Dungeon Roll. Inutile de vous le préciser : je m’étais totalement planté. Et autant vous dire que dès le premier test, je suis totalement tombé de ma chaise. Les p’ti gars d’Old Chap Games ont, en effet, plus d’un tour dans leur sac.

Par Odin est un jeu d’Antonin Boccara édité par Oldchap Games (déjà croisés sur le très réussi Panic Island). On peut y jouer solo mais aussi à plusieurs, à partir de 8 ans.

Asgard du nord

Par Odin est un jeu délicieusement fourbe, car il est outrageusement déguisé. A voir les cohortes d’Asgard, les soldats, dragons, mages et traîtres représentés sous forme de dés, on s’attend véritablement à un jeu de baston à coups de lancers frénétiques. Vous voyez la scène : Dieux et héros s’étripent joyeusement dans la clameur nordique, bière jaune, neige blanche et sang rouge, la routine des divinités blondes en quelques dés à six faces.  

Mais c’est un piège. Car (sous couvert de vouloir créer un bain de sang perpétuel, quand même), Par Odin est en fait un délicieux jeu de réflexion, un casse-tête aussi cruel que solitaire. Alors oui, vous allez souffrir. Mais point d’engelures ou de tripes à l’air : c’est votre cervelle qui va prendre cher à force de manipuler les dés qui constituent le jeu. Et je vous ôte immédiatement d’un doute : si le jeu contient 9 dés, sachez que vous n’allez pas les lancer. Du moins, pas tout de suite.

La parité, on vous dit !

Si l’on devinera rapidement la supercherie, le pitch du jeu est tout de même suffisamment travaillé pour maintenir l’illusion quelques secondes. Les Dieux Asgardiens, qui aiment toujours autant voir s’entretuer les pauvres mortels, réalisent qu’une fois la guerre finie, la paix, c’est chiant. Ils n’ont plus de massacres à se mettre sous la dent, et YouThorn ne diffuse plus que des rediffs, ce qui est intolérable. Pour qu’il n’y ait pas de paix possible, la guerre doit être sans fin. Comment réaliser un tel exploit ? Facile ! Il suffit que les armées soient toujours de forces équivalentes pour qu’aucune ne prenne jamais le dessus sur l’autre. Comme la dissuasion nucléaire, mais à l’envers, voyez.

Votre boulot sera donc de répartir les forces de deux armées pour s’assurer de leur égalité parfaite. Et c’est là que vous découvrez que votre fantasme de Warhammer Battle Ultimate Bouchery est devenu un jeu… de logique et de calcul mental.

Et le pire, c’est qu’il est génial (mais, comme toujours, j’anticipe).

Vhalalla pour voir si j’y suis !

A l’ouverture de la boîte de Par Odin, on trouve un livret de règles de 48 pages, magnifiquement illustré par Michel Verdu, une aide de jeu et (surtout !) une grosse poignée de dés blancs et noirs.

Le livret vous servira de guide tout au long du jeu et les dés représentent les troupes que vous devrez équilibrer. Chaque face de dé blanc correspond à une unité différente : héros, mages, traîtres, troufions, etc. Les dés noirs, quant à eux, représentent les créatures légendaires du monde nordique : loups, dragons et autres serpents mythologiques. Utilisez d’emblée une fraction de cerveau disponible pour mémoriser que vous devez avoir peur de ces dés. Ils vont vous pourrir la vie. Grave.

Le livret de règles, quant à lui, est aussi conséquent qu’agréable à lire. Car c’est en effet au moyen d’un humour sans faille que l’auteur du jeu nous emmène dans ce qu’il faut bien appeler des exercices et des problèmes à résoudre.

Tout au long du livre de règles, vous allez rencontrer des personnages emblématiques du panthéon local : Loki, Frigg, Thor, qui seront autant d’occasion d’introduire de nouvelles séries de défis. Chaque personnage, en effet, introduit de nouvelles troupes et de nouvelles mécaniques de jeu, qu’il faudra assimiler tranquillement car elles seront ensuite exploitées sur les problèmes suivants. .

Donc prenez les dés, et en route pour le brainstorming intensif.

C’est Loki dit qu’y est !

Si le principe de Par Odin est fort simple (du moins au début), il demande un peu de manipulation pour être compris. C’est pourquoi les auteurs ont mis un tutoriel en ligne, auquel vous pourrez vous référer si vous avez du mal avec ce qui suit.

Le jeu se compose de 7 dés blancs et 2 dés noirs. Chaque dé blanc est identique et permet de sélectionner l’une des 6 troupes disponibles. Chaque troupe a évidemment ses propres caractéristiques. 

  • Le héros a une force de 3
  • Le capitaine a une force de 2
  • Le soldat a une force de 1
  • Le traître a une force de 1 ET il réduit à 0 la force d’un héros présent dans son armée
  • Le maudit a une force de -1
  • Le mage a une force équivalent aux nombre de dés blancs NON MAGES présents dans son armée

Comme vous voyez, c’est pas over simple à la lecture, d’où l’intérêt du tuto 🙂

Chaque exercice vous donne le détail des dés disponibles pour le résoudre. A vous de les répartir en deux armées de force rigoureusement identique. Car là est le but ultime à atteindre quoi qu’il arrive : l’égalité parfaite entre les deux armées.

Les 5 premiers exercices vous sembleront évidents. C’est alors que vous allez rencontrer Loki, qui ne manquera pas de vous titiller en multipliant les mages et les traîtres. Tout ira bien au début, mais vous verrez qu’à partir du 9 ou 10e test, vous ferez nettement moins les malins. Sachant qu’il y en a 50 en tout, vous aurez de quoi commencer à transpirer.

Surtout que, jusqu’à présent, vous n’utilisez que 7 des 9 dés…

Frigg Horrifique

Dès l’exercice 16, en effet, le problème à résoudre s’enrichit d’une variable supplémentaire qui donne tout son sel (et sa difficulté) à l’expérience de Par Odin. La charmante Frigg (déesse de l’amour et épouse d’Odin) renforce les armées avec des animaux fantastiques. Chacun d’entre eux va se faire fort de perturber les troupes de l’une ou des deux armées.

Le loup, par exemple, multiplie par deux la valeur du soldat le plus fort d’une armée, alors que le serpent, lui, inverse sa force (un +3 devient -3, un -1 devient +1). Certaines créatures affectent une armée, d’autres les deux. Il faudra prendre le temps de résoudre chaque défi de Dame Frigg avec patience et méthode pour parvenir à maitriser les effets de chaque bestiole. Et l’irruption de ces six animaux fantastiques, je vous le garantis, ne va pas manquer de prendre votre cervelet, de le sortir de votre boîte crânienne et de le tabasser à mort pour qu’il daigne donner le meilleur de lui. Chaque victoire sera alors le fruit d’une réflexion intense sur laquelle vous risquez de passer de longues minutes.  Mais avec un peu d’acharnement, vous arriverez alors à l’exercice 35, et vous irez alors défier le Dieu du Tonnerre. Oui, Thor himself.

Totally Hemsworth it !

Les 15 défis proposés par Thor parviendront à déterminer si vous en avez suffisamment dans le ciboulot pour aller défier le big boss Odin. Et autant vous prévenir d’emblée : tous les exercices mitonnés par Thor sont composés des 7 dés blancs… et de 2 dés noirs. A vous de trouver comment agencer cela en deux armées de force équivalente, mais je vous garantis que cela tient souvent de la haute voltige. Ca a clairement intérêt de fuser dans les caboches, car les possibilités sont nombreuses et la gestion de deux dés noirs simultanés n’a rien de facile.

Alors on tâtonne, on joue souvent le coup un peu à l’aveugle, comme on déplace nerveusement ses lettres au Scrabble. On cale. On râle. On gémit. On laisse les dés en place sur un coin de table, en se promettant d’y revenir plus tard. Mais le problème à résoudre trotte tellement dans la tête qu’on y revient en fait sans cesse pour tenter de trouver LA solution (toujours unique) qui va nous libérer enfin. Et quand elle survient, autant par intuition, par expérience que par miracle, on se prend alors pour le roi d’Asgard, de l’Olympe et du pétrole. Ca ne dure guère, mais sur le moment ça fait beaucoup de bien.  

Alors oui, je vous préviens les amis : vous allez en baver, et les marmots en dessous de 10- 12 ans vont pleurer des larmes de sang sur les derniers défis. En revanche, toute réussite certifiée vous donne droit à une bourse dans la Fac’ de Maths de votre choix : ce sera toujours du stress en moins sur Parcour Sup’.

Qui ose défier la puissance d’Odin ne sera pas puni

Les jeux de logique, en général, proposent un certain nombre d’exercices et s’arrêtent là. Je m’attendais naturellement à ce que Par Odin procède de même, avec les félicitations de rigueur, une lampée d’Aquavit et un rendez vous dans Par Odin 2 – Par delà le bruit du tonnerre.

Mais chez Oldchap Games, on ne se moque pas des joueurs, ça non. L’auteur du jeu nous réserve au contraire une jolie surprise, qui place illico Par Odin sur la liste des “grands jeux”.  Passée la cinquantième épreuve, en effet… le jeu commence “pour de vrai”, avec un nouveau mode solo et multijoueurs particulièrement malin.

Je ne veux pas trop spoiler la surprise, mais sachez que vous jouerez longtemps, très longtemps à Par Odin. Et que vous pourrez enfin accomplir ce que vous rêviez de faire depuis que vous avez tenu les dés du jeu entre vos mains, c’est à dire les lancer. Bref, vous l’aurez compris, l’éditeur a tout prévu pour que le jeu ne s’arrête pas à son dernier exercice, loin s’en faut. La rejouabilité est donc optimale, et vous n’avez pas fini d’aligner vos armées !

L’avis de Plateau Marmots

Comment ne pas adorer Par Odin ? Ce jeu est l’essence même du triturage de neurones réussi. Facile à emporter partout pour jouer en toutes circonstances, réellement difficile lorsqu’on monte un peu en gamme et doté d’une durée de vie infinie, le trésor d’Oldchap Games ne peut que remporter tous les suffrages des amateurs du genre.

Mention spécial au livret d’énigmes, qui sait amener les règles avec douceur et humour, et introduire chaque exercice avec un petit texte bien senti.

Une petite remarque, tout de même sur l’âge indiqué. Si un marmot de 8 ans (voire 7) peut tout à fait jouer à Par Odin, je n’en ai pas encore rencontré qui sont capables d’aller au bout. La bonne nouvelle, c’est que le jeu saura les accompagner quelques années. Mais il faudra avertir en amont de la difficulté du jeu pour s’épargner des frustrations inutiles. Après, même si la difficulté est réelle, la marge de progression franchie par les joueurs l’est tout autant. Ce qui vous semble insurmontable au début devient facile quand vous serez plus avancé dans le jeu. Rien n’est infaisable, mais il est clair qu’il faudra y consacrer du temps… et un peu de calme.  

Accessible, magnifique, amusant et parfois à s’arracher les cheveux, Par Odin est l’un jeux de société casse-tête les plus aboutis qu’il nous ait été donné de voir, et le plaisir de franchir chaque énigme est à la hauteur du temps consacré. C’est beau, c’est fun, c’est abouti, c’est incontournable. Bravo.

On aime

  • Un livret vraiment sympa
  • Un principe simple et génial
  • La difficulté croissante
  • Accessible mais retors
  • Les dés noirs qui viennent tout chambouler
  • La rencontre avec Odin et la suite de l’aventure

On aime moins

  • Clairement hardcore pour certains marmots

Fiche Technique

Un jeu d’Antonin Boccara
Illustré par Michel Verdu
Édité par OldChap Games
Pour 1 joueur, voire plus
A partir de 8 ans
Chez Philibert

 

Pour aller plus loin

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