Test – Cookies

Préchauffons le four à 180. Sortons les plaques, la pâte et les emporte-pièces. Et puis un peu de vermicelles colorés, en sucre et en chocolat. Ah, il faudra un minuteur aussi, pour ne pas laisser les gâteaux cuire trop longtemps. Comme vous vous en doutez, nous allons réparer un carburateur de tondeuse Briggs Stratton faire cuire des biscuits. Mais attention : nous n’avons que 4 heures pour cuisiner. Allons-nous réussir à sortir nos quatre fournées avant la fatidique heure du goûter ?

Ma petite dînette ludique

Bon, alors soyons clairs : Cookies est un jeu qui met l’eau à la bouche tant le contenu de la boîte est mignon. Pensez donc : un vrai petit four en carton, des plaques et des biscuits en mode en veux-tu, en voilà! Ce jeu est une petite dînette à lui tout seul, et clairement il en met plein la vue.

Plus précisément, il contient 4 séries de 9 cookies, 4 séries de garniture, 2 plaques de four, 3 dés, une horloge et un four. Un four ! Un four en carton, certes, mais un four tout de même, avec une porte qui s’ouvre et se referme, carrément. Amoureux du jeu libre, bienvenue : préparez-vous à de longues sessions sur fond de thé Earl Grey chez Tatie Sophine. Le matériel de Cookies est ingénieux et magnifique, on ne le redira jamais assez. La règle est à peu près claire (en dépit de quelques zones d’ombre), et permet de jouer rapidement, même si vous vous poserez parfois des questions que l’on va tenter de déblayer ici même.

Hermé la porte du four, siouplé

Cookies est un jeu coopératif dans lequel nos apprentis pâtissiers vont devoir sortir 36 gâteaux en 4 heures. Chaque plaque contient 9 gâteaux, et tous devront être recouverts de garniture, c’est-à-dire des vermicelles colorés et autres petits bonbons en sucre, avant d’être servis. Mais on ne place pas les gâteaux comme on veut, non madame. Il va falloir se creuser un peu les méninges et optimiser des lancers de dés pour trouver la meilleure manière d’envoyer 4 fournées dans un temps aussi court.

Notre batterie de cuisine, ce sont 3 dès qu’on lance tout au long de la partie. Des lancers qui déterminent nos possibilités pour le tour, mais aussi le temps que nous allons dépenser à faire de la pâtisserie. Et autant vous le dire tout de suite : vous n’allez pas en manger beaucoup, des cookies.

3 dés pour pâtisser

Le jeu commence par une mise en place simple et rapide dans laquelle vous regroupez les gâteaux et les garnitures par types, avant de placer l’horloge et les deux plaques de cuisson devant vous. Le plan de travail doit être dégagé : en pâtisserie on doit travailler proprement, foi de Michalak. Vous pourrez ensuite vous saisir des 3 dés.

Ces derniers sont identiques et proposent soit des formes de gâteaux, soit de la garniture. Votre tour débute systématiquement par l’action de lancer de dés, et vous devrez ensuite en optimiser le résultat.

Ces dés vous permettent :

  • Soit de choisir un type de gâteau à mettre sur une plaque
  • Soit de placer de la garniture sur les gâteaux d’une plaque
  • Soit de manger un gâteau (si aucun autre choix n’est possible)

Mais lancez-les : on verra bien ce qu’il se passe.

Cookies, garniture et minutes qui filent

Votre tirage, donc, vous permet d’effectuer une action pour le tour. Le truc c’est de bien se mettre en tête que sur un tour vous ne pourrez travailler que sur UNE plaque et que sur UN type de cookie. Si par exemple vous obtenez un tirage :

[Cœur/étoile — Étoile/cercle — Garniture]

Vous aurez le choix entre les actions suivantes :

  • Poser 1 cœur sur une plaque OU
  • Poser 1 cercle sur une plaque OU
  • Poser 2 étoiles sur une plaque OU
  • Poser de la garniture sur une plaque.

Mais l’astuce, c’est que tout dé que vous n’utilisez pas vous fait avancer d’une case sur l’horloge. En l’occurrence, le choix le plus judicieux, pour gagner du temps, serait de placer deux gâteaux étoile sur une plaque, car cela vous monopolise deux dés, et le dé inutilisé ne vous coûtera qu’une case d’horloge.

Évidemment, ça ne sera pas toujours possible d’optimiser ses lancers. On va même dire que ce sera souvent compliqué. Pourquoi ? Parce que vous n’avez que deux plaques pour travailler, déjà. Et que vous ne pouvez pas mélanger des gâteaux sur une même plaque. Si votre première plaque contient des étoiles et la seconde des cercles, vous ne pourrez pas placer des cœurs, faute de plaque disponible.

Et ma garniture, alors ?

Chaque face garniture obtenue vous permet de placer 2 jetons garniture sur les gâteaux d’une plaque. Par exemple si vous obtenez 2 faces garniture et un autre résultat, vous pourrez placer jusqu’à 4 garnitures, et avancer d’une case sur l’horloge. Évidemment, il faut qu’il y ait déjà des gâteaux sur la plaque, vous l’aurez bien compris.

Notez d’ailleurs que, de ce point de vue, le jeu vous fait une fleur. Admettons que vous fassiez le résultat [garniture, garniture, cookie], mais que vous n’ayez qu’un ou deux gâteaux disponibles à garnir, le jeu considère que vous utilisez malgré tout les deux dés (en faisant l’action de garnir) et ne vous sanctionnera que d’une case horloge. C’est un peu illogique, certes, mais très utile, vous verrez pourquoi.

On enfourne… et on mange

Dès qu’une plaque est pleine (avec 9 cookies garnis, donc), elle est mise – littéralement – dans le four. Bon, avec des marmots de 5 ans les cookies auront parfois tendance à rouler par terre, mais peu importe. Votre plaque dans le four sera immobilisée quelques tours de jeu, au moyen d’un timer fictif que vous poserez quelques cases avant celle que vous occupez. Et fatalement, avec une seule plaque disponible, le jeu devient soudain beaucoup plus cruel, car il est alors impossible d’optimiser vos lancers. Ils sont subis, et c’est surtout pendant ces tours de jeux que vous aurez tendance à affoler l’horloge.

Notez tout de même que si vous êtes dans l’impossibilité d’exploiter le moindre dé faute de gâteaux ou de place disponible, vous effectuez alors l’action de « manger un gâteau ». C’est-à-dire de le sortir de la plaque et le mettre dans la réserve. En échange de ce petit sacrifice, vous ne perdrez aucune minute sur l’horloge. Parce que cuisiner ça fait perdre du temps, mais glander et grignoter, ça en fait gagner !

Une fois le jeton de timer atteint, la plaque de gâteaux est sortie du four, les gâteaux défaussés, et vous pourrez utiliser cette plaque à nouveau pour cuire 9 autres cookies. Si vous parvenez à compléter et cuire 4 séries de cookies avant que l’horloge ne sonne quatre heures, c’est gagné.

Il est quatre heures, c’est la bonne heure…

Cookies est donc un jeu d’optimisation de résultats avec un peu de logique. Par moment, on se sent à mi-chemin entre le roll & write et le puzzle game. Il faut trouver quelles sont les dispositions de gâteaux qui vous permettent de conserver vos options le plus longtemps possible, sans trop tergiverser non plus pour ne pas vous retrouver bloqué. Car si vous finissez deux plaques quasiment en même temps, souvenez-vous qu’une seule pourra aller au four ! Vous serez alors coincé avec une plaque presque finie et des jets de dés inutiles. Cela mènera même à une phase assez pénible du jeu où vous devrez manger les gâteaux de votre plaque pour permettre à l’horloge d’avancer jusqu’au timer et ainsi récupérer la plaque au four. Reculer pour mieux cuisiner donc, ce qui se justifie au niveau de la mécanique, mais qui est thématiquement démoralisant.

Montez la difficulté à 220

Et démoralisés, vous allez l’être quand vous comprendrez après quelques parties que le jeu est difficile, vraiment difficile, mais surtout injuste. Il s’agit d’un jeu de dés avant tout, mais avec des possibilités d’optimisation finalement très limitées et un laps de temps très court. Et on a beau réfléchir, chercher à ouvrir des options et se battre, tout peut être ruiné avec 3 lancers ratés, sans la moindre relance possible. L’aléatoire est vraiment très présent, et surtout très pesant. Plus on joue, plus on subit les lancers, car c’est avant tout la chance qui décidera de votre sort. Après de longues sessions assez frustrantes avec les enfants, j’ai essayé de jouer en solo une vingtaine de parties d’affilée. Au final j’en ai gagné deux, et les deux l’ont été grâce à une succession de tirages miraculeux, des triples résultats répétés qui me permettaient de garnir mes plaques 3 par 3 sans que cela ne me coûte la moindre minute de temps. Aucun plaisir à la victoire, donc, puisqu’elle était large et totalement indépendante de mes capacités à optimiser.

Et cela m’amène d’ailleurs à un souci dans la mise en place de la mécanique et du thème, pourtant plutôt présent et logique. Ce souci, c’est que ce jeu est construit de sorte que le fait de poser un unique gâteau sur une plaque vous fera dépenser beaucoup de temps là où le fait d’en poser 3 ne vous coûtera rien. Ça se tient en termes de mécanique, mais la thématique en prend un coup, surtout quand vous jouez avec des enfants.

Ces derniers subissent également la difficulté de plein fouet et se lassent assez vite de ces défaites à répétition qu’ils n’arrivent pas à expliquer. Ils jouent avec le four, donc, en laissant les adultes s’arracher les cheveux pour tenter de défier le verdict des dés. C’est assez addictif, finalement, mais assez décourageant tout de même, tant l’absence de contrôle est criante au fil des parties.

Un petit coup de pouce façon Mercotte ?

Normalement, c’est le moment où l’on vous glisse quelques idées pour adapter le jeu aux enfants, en tout cas le rendre moins frustrant. Faute de temps, ce seront des solutions que l’on n’a pas vraiment testées. Faut dire aussi que l’équilibrage de jeux ne fait hélas pas partie de nos missions premières, avouons-le. Mais néanmoins, il y a deux manières d’améliorer sensiblement le jeu et d’en faire une expérience bien plus plaisante selon moi.

La plus évidente, ce serait d’accorder des relances de dés. Soit un dé relançable par tour de jeu, soit un dé relançable pour tous les jets qui seront faits lorsqu’un plaque est au four, si la première option rend le jeu vraiment trop facile.

Mais la seconde option me semble plus logique et thématique : oubliez que le monde s’arrête à quatre heures et continuez à jouer jusqu’à ce que les plaques soient finies. Notez simplement l’heure à laquelle vous servez les gâteaux… et tentez de battre votre record la fois suivante. Vous perdrez le stress de la deadline, certes, mais vos enfants finiront leurs gâteaux et tout le monde passera un meilleur moment.

L’avis de Plateau Marmots

Compliqué, ce jeu. D’un côté le matériel est tout simplement magique, de l’autre sa très grande difficulté va laisser beaucoup de monde à la porte du salon de thé. La mécanique est pourtant très agréable et la thématique tout à fait charmante, mais l’aléatoire est trop inéluctable pour qu’on ait, au final, la sensation de pouvoir véritablement agir sur notre victoire ou notre défaite. Du coup les défaites s’enchaînent, souvent sur le fil, mais vraiment trop régulières pour que le plaisir de jeu soit effectivement au rendez-vous. On perd, on perd et on perd encore, et les quelques victoires suspicieusement flamboyantes que l’on rencontrera ici ou là ne viendront hélas pas enrayer la sensation que la cuisine est sur pilotage automatique et que seuls les dés décideront de votre carrière de pâtissier. Le jeu est addictif de la même manière qu’un casse-tête tend à nous pousser dans nos derniers retranchements, mais c’est clairement un raisonnement de « grand » et pas d’enfant de 5 ans, totalement dépassé par la cruauté d’un jeu si punitif. Reste le plaisir de jouer avec le four, ce qui est tout de même bien frustrant tant la mécanique s’annonçait, sur le papier, prometteuse. Dommage.

On aime

  • Un matériel de fou
  • Une mécanique vraiment prometteuse
  • Un pur jeu coop’
  • Un challenge addictif

On aime moins

  • Une difficulté très mal dosée…
  • Défaites en série et victoires frustrantes
  • Le four purement décoratif
  • Des règles qui ne répondent pas à toutes les questions

Vos marmots risquent d’aimer ce jeu si…

  • Ils aiment les gros challenges
  • Ils aiment jouer avec la boîte

Fiche technique

  • Cookies est un jeu de Hartmut Kommerell
  • illustré par Sabine Kondirolli, Annette Nora Kara
  • Edité par Huch !
  • Pour 2 à 4 joueurs (mais fonctionne mieux en solo)
  • A partir de 5 ans (mais on recommande 7 ou 8 ans)

 

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