Test – La Planche des Pirates

Sabots sur le gouvernail et sabre d’abordage au côté, le capitaine girafe s’étira nerveusement le cou (ce qui lui prenait toujours quelques minutes) et fronça les sourcils. Des trésors de son fabuleux butin avaient ENCORE disparu, ce qui était inadmissible. Alors que le fier navire sillonnait les Caraïbes à la recherche d’innocents marchands pour les envoyer par le fond, doublons et émeraudes avaient tendance à disparaitre comme par magie. Agacé et un tantinet paranoïaque, le Capitaine héla au pifomètre l’un de ses membres d’équipage, occupé à briquer le pont.
– Hé toi ! Vide tes poches, qui me semblent bien pleines. C’est toi l’coquin qui m’pique mes sequins ?
L’éléphant s’approcha de sa démarche mollassonne :

« Non Capitaine, jamais Capitaine, je n’oserais pas Capitaine, pensez-donc Capitaine ! »
Girafe se gratta la barbiche, dubitatif, et fixa le marin d’un regard perçant.

Ce dernier tenta de soutenir le regard, n’y parvint pas, et se mit soudain à chuchoter :

« Par contre, le canonnier, là-bas, ça fait souvent cling cling quand il marche dans les coursives ! »
« Même pas vrai, cria une voix au loin. En plus c’est l’timonier qui passe son temps à compter des pièces ! »
« Quoi ? N’importe quoi !!! Tout le monde sait que c’est la vigie qui s’en met plein les fouilles… »

La Capitaine Girafe eut un sourire en coin. On allait tirer ça au clair.

 

Florian Sirieix et Benoît Turpin | Camille Chaussy The Flying Games
2 à 4 joueurs| 5 ans | 15 min| Stop ou encore,  tactique, dextérité

The loser loses it all

La Planche des pirates est un jeu de stop ou encore dans lequel tous les joueurs gagnent… sauf celui qui perd ! Le principe du jeu est particulièrement jubilatoire, puisque chaque joueur doit essayer d’avancer le moins possible sur une planche de plus en plus lestée par les adversaires. Le premier qui tombe à l’eau a perdu, tous les autres ont gagné ! Cette perspective de victoire semi-collective est plutôt originale et réjouit d’emblée les marmots, donc ouvrons la boîte et mettons le cap vers le large !

Cap au large en 30 secondes chrono !

Posons ensemble un pied hardi sur le navire pour découvrir un matériel placé sous le signe de l’excellence, comme c’est toujours le cas chez les jeux Flying Games. 4 figurines d’éléphants ultra mimi, des cartes de qualité, une flopée de jetons en bois et un plateau de jeu ingénieux créé par la boîte de jeu retournée et des mini planches aimantées.  Le jeu est une petite merveille d’édition, avec une mise en scène particulièrement efficace et rapide à installer. On retourne la boîte, on fixe les planches aimantées sur le navire, on mélange les cartes, on installe le mini plateau à côté… et vogue le navire, à peu de choses près.  C’est toujours sympa de voir une scénographie réussie avec une mise en place express, permettant à la fois immersion et entrée rapide dans la partie.

Une fois le bateau installé, chaque joueur place un éléphant sur la première case de sa planche aimantée. Les cartes sont mélangées et placées en pioche à proximité du mini plateau : la partie peut commencer.

Qui a mis du savon sur ma planche ?

Le premier joueur retourne une carte trésor et la place sur le plateau de jeu prévu à cet effet. La carte peut représenter un joyau, un sabre d’abordage, une carte au trésor, etc. Mais prenez note que chaque carte est présente en 7 exemplaires dans la pioche de 49 cartes.

Notez également qu’à l’exception du premier, chaque emplacement de cartes du plateau de jeu est surmonté par un symbole représentant des jetons.

Une fois la carte placée sur le plateau, le joueur a donc le choix : en retourner une autre, ou en rester là.

S’il s’arrête, alors TOUS ses adversaires devront lester l’extrémité de leur planche du nombre de jetons indiqué par le symbole sur le plateau. Concrètement, si le joueur a retourné deux cartes, chaque adversaire devra placer un jeton. Deux jetons si le joueur trois cartes, trois jetons pour quatre cartes, etc. Cela signifiera que l’éléphant a réussi à duper le capitaine et à incriminer ses adversaires.

Plus le joueur continue de piocher, plus le nombre de jetons déposé sur les planches adverses sera donc élevé… mais plus le risque de se faire choper sera grand. Car, si le joueur révèle deux cartes Trésors identiques, alors il s’attire les foudres du Capitaine Girafe, qui l’oblige soudain à avancer d’une case sur sa planche. Cette dernière est aimantée sur une extrémité, certes, mais le lest accumulé et le déplacement du poids en direction de l’extrémité lestée ne manqueront pas, tôt ou tard, de déséquilibrer l’ensemble. Non seulement le joueur n’aura envoyé aucun jeton sur la planche de ses adversaires, mais en plus il déséquilibre sa planche, le rendant plus sensible au lest.

Si la planche a tenu bon, c’est alors au tour du joueur suivant, et ainsi de suite. La partie prend immédiatement fin lorsqu’une planche finit par céder et envoie l’éléphant à la mer. Tous les autres joueurs ont alors gagné. La partie prend également fin si un joueur parvient à piocher 6 cartes différentes sans aucun doublon. Dans ce cas lui seul est déclaré vainqueur. Mais c’est tellement fou et rare, qu’on pourra considérer qu’il a même gagné la partie suivante.

La prise de risque à son meilleur

Simple, efficace, joli et riche en tension : La Planche des Pirates coche toutes les cases de ce que doit être un jeu de stop ou encore en famille. On le sait : le succès de ce type de jeu tient dans la pertinence du choix offert au joueur. Nombreux sont les jeux de stop ou encore dans lesquels l’enjeu n’est pas directement identifiable dans l’esprit de l’enfant. Ici c’est tout le contraire : prendre le risque de continuer, c’est prendre le risque de voir sa planche s’écrouler et donc de perdre immédiatement la partie. La tension y est très présente, tant dans le choix que dans la manipulation, puisque chaque mouvement trop brusque peut vous précipiter vers la défaite.

Et avouons-le sans plus attendre, il y a un rare plaisir à pourrir la planche des adversaires et contribuer de manière très directe à leur naufrage. Parce que nous sommes tous quelque peu sadiques, et regarder les joueurs ennemis déposer fébrilement les jetons qu’on leur envoie est toujours un moment de jubilation intérieure.

Cela dit, la réciproque est vraie : les adversaires seront tout aussi goguenards si nous venons à manquer notre coup, et ils nous observeront avec bonheur avancer notre éléphant d’une case de plus en direction de notre funeste destin plouffesque. La Planche des Pirates, de ce point de vue est très riche en sensations et les gentilles invectives de pirates ne manqueront pas de fuser autour de la table.

Ce qui impressionne avec ce jeu, c’est la notion d’équilibre (ce qui est amusant pour un jeu qui repose justement sur l’équilibre) entre la tactique, la chance et la prise de risques. Il est rare de tomber sur des jeux aussi simples qui procurent d’aussi grosses sensations, et chaque partie se gagne (et se perd) souvent sur le fil.

Un petit mot également sur la victoire ultime, celle qui consiste à aligner 6 cartes différentes en un seul tour. Un move de pur prestige bien stylé, qu’on tentera uniquement en fin de partie, en consultant fébrilement la défausse pour tenter de compter les cartes restantes. Clairement la classe absolue si ça passe.

Quatre éléphants qui se balançaient

Que pourrait-on reprocher à cette Planche des Pirates si savamment équilibrée ? En vrai, pas grand-chose. Après deux ou trois parties, on s’était posé la question de savoir si le jeu n’avait pas le potentiel pour embarquer des pouvoirs supplémentaires, par exemple activables en atteignant certaines cases de la planche. On aurait aussi pu imaginer des règles évolutives pour gonfler la durée de vie du jeu après quelques parties, à grands coups d’enveloppes à ouvrir pour débloquer des nouvelles cartes, des petits événements ou des jetons plus lourds que d’autres. Mais ne serait-ce pas là le risque d’alourdir ou de déséquilibrer un jeu qui fonctionne remarquablement bien ? Donc lui implémenter ce genre d’ajouts est sans doute une mauvaise piste. 

En revanche, sans forcément lister cela comme un défaut, on signalera tout de même que le jeu est clairement moins intéressant à deux joueurs. Tout simplement parce qu’il y a un plaisir évident à pourrir la planche de tous ses adversaires en même temps, et que cet effet de jeu devient soudain moins pertinent face à un adversaire unique. Le seul moment où nous avons apprécié de jouer à deux, c’est quand nous avons mis en place un mode tournoi dans lequel les joueurs survivants de chaque manche se retrouvaient ensuite pour une partie « entre eux », jusqu’à un duel final pour désigner un grand vainqueur. Sinon, c’est clairement un jeu qui gagne à être joué à quatre, avec une petite musique de piraterie qui vous met dans l’ambiance de filouterie. Un très bon jeu à associer avec L’Or du Capitaine Black ou Little Battle pour des parties rapides et fun en mer des Caraïbes.

L’avis de Plateau Marmots (Olivier)

On adore cette Planche des Pirates, aussi intense que perfide, qui nous invite à tenter notre chance… de pourrir la vie des autres joueurs. On aime cette belle configuration du « tout le monde a gagné sauf celui qui fait plouf » comme on aime la rapidité des parties et la belle accessibilité du jeu. Bref on est littéralement conquis par ce titre aussi retors que flamboyant, qui permet de s’amuser à n’importe quel âge avec d’excellentes sensations de jeu. Les plus jeunes pourront y faire leurs premières armes en stop ou encore, et les plus grands pourront taquiner les statistiques en tentant une victoire flamboyante. Mais plus que tout on adore ce moment unique et instinctif de pur plaisir quand le pirate d’un adversaire tombe à l’eau, méchamment lesté par les jetons que l’on vient de lui envoyer. C’est bas, c’est vil, c’est génial, et cela fait autant fuser les rires que les cris de désespoir : un jeu qui met l’ambiance et qui donne envie de rejouer encore et encore.

On aime

  • Malin, accessible, subtil, fourbe et intense, un cocktail très réussi
  • Edition très ingénieuse
  • Mise en place expresse et parties rapides
  • La possibilité de tenter une victoire en solo
  • Aussi amusant à 5 ans qu’à 50

On aime moins

  • Moins fun à deux

Le trouver

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