Test – Speed Maps

“Donc, si j’en crois ce plan, après le Golem et la sorcière, je contourne le dragon et j’arrive au puits. Euh non, ça, c’est un chevalier. Pardon Messire, je ne fais que passer. Je refais donc le chemin dans l’autre sens. Hmmm… Là je dois tourner à gauche, puis à droite et trouver le… Hein ? Encore vous Messire ?! Je… Euh… Bien. Réfléchissons… Je contourne le dragon, je vais dans l’autre sens, je reviens vers le Golem, je passe la sorcière et… !!! Diantre ! Mais vous êtes en combien d’exemplaires, Messire !?”

Speed Maps est un jeu de Martin N. Andersen édité par Lifestyle Boardgames

Mutants et cartes routières

Un jour, Martin N. Andersen a probablement dû aller à la boutique de jeux du coin en utilisant un GPS. Et il l’a trouvée du premier coup. Et vous savez quoi ? Il a dû trouver ça un peu triste, cette absence d’aventure dans les trajets. Parce que figurez-vous que jadis, suivre une carte routière était une aventure en soi. Et la replier convenablement était un challenge ultime. Alors Martin N. Andersen a dû se dire qu’il fallait ramener ces sensations au goût du jour.

Speed Maps est un jeu d’observation, de rapidité et de pliages, sur un thème fantasy. Il va falloir montrer vos capacités à plier et déplier une carte pour trouver le chemin demandé. Et ce ne sera pas toujours simple, croyez-moi !

Le compliquay chemayn de Messire Mychelain

Le jeu se compose donc de 4 plans cartonnés, avec des plis préformés. Le plan est conçu de telle sorte que l’on puisse le plier de 24 manières différentes, ce qui fait beaucoup de possibilités. En tout cas bien plus qu’on ne l’imagine de prime abord. Le jeu contient également deux decks de cartes correspondant à deux modes de jeu : un « facile » et l’autre « AAAARGH ».

L’ensemble est simple, mais très bien conçu et fort agréable à l’œil. On reconnaît aisément chaque personnage, joliment illustré. Les plans sont solides, mais il faudra voir à l’usage si les plis tiennent le coup à force d’être manipulés. Les nôtres sont en pleine forme après une cinquantaine de parties, mais peut-être qu’ils auront plus de mal dans quelques années.

Autre point dans le même ordre d’idée : c’est un jeu dédié aux 7 ans et plus, et ça se comprend rapidement. Tout simplement parce qu’il faut bien comprendre le concept « je respecte les pliures existantes » et ne pas tenter d’imposer celui du « je force comme un bourrin pour créer un pli là où il n’y en avait pas ». Bref, il faudra que votre marmot soit en âge de piger le concept, et qu’il ait la patience de plier et déplier sa carte à la recherche de la bonne combinaison, parfois pas piquée des hannetons.

La règle du jeu est simplissime, précise et très facile à lire. Aucun souci à signaler !

Une carte pour lire la carte

Le jeu démarre donc en piochant une carte dans le deck facile ou difficile, selon votre envie de challenge.

Le mode facile consiste à tenter de rassembler, sur une même page du plan, tous les personnages représentés sur la carte. Le mode difficile, quant à lui, va vous demander de vous assurer que tous les personnages demandés soient reliés entre eux par un chemin, ce qui n’est pas exactement la même chose, comme vous allez (cruellement !) vous en rendre compte.

Speed Maps  ? « Faaaacile ! »

En mode facile, donc, il faut trouver une manière de faire apparaitre simultanément des éléments comme « 2 dragons et 4 trésors », « 2 fées, 3 puits et 3 trésors », « 3 chevaliers et 0 dragons ». (oui, j’aime beaucoup les exercices qui demandent à ce qu’une créature n’apparaisse pas, c’est assez original). Le truc c’est que vous n’avez pas le droit de dépasser le chiffre indiqué. Si l’on vous demande 2 chevaliers et que 3 apparaissent, ça ne marche pas.

Jouer, dans les faits, cela signifie prendre son plan, le retourner dans tous les sens et commencer à le plier de tous les côtés, comme un origami géant, afin de trouver la combinaison qui fonctionne. La bonne combinaison n’est pas toujours simple à trouver, mais vous verrez qu’en tartouillant un peu le plan dans tous les sens, ça finit par passer.

Le premier joueur qui parvient à obtenir les bons symboles pourra fièrement brandir son plan et hurler qu’il a trouvé la solution (unique, dans la grande majorité des cas). À moins d’un gros coup de bol, comptez quand même 1 à 2 minutes pour un enfant de 8 ans afin de réaliser l’objectif demandé.

Le gagnant empoche la carte. Le premier joueur qui a 5 cartes remporte la partie. Faaaacile.

Des pièges sournois et rafraichissants

Une fois que vous aurez fait vos preuves, vous pourrez attaquer les cartes « difficiles ». En apparence, elles sont plus simples que les « faciles », car elles demandent souvent moins d’éléments à rassembler.

Et pourtant.

La nuance, en effet, c’est que dans ce mode, les éléments doivent être liés par un chemin commun. Il ne s’agit donc plus seulement de faire apparaitre des lieux et des personnages, mais de s’assurer qu’ils sont TOUS desservis par une même route. Comme le mode itinéraire de votre GPS, donc, mais avec vous en guise de GPS.

De mon côté, pour les cartes « difficiles », il m’a fallu parfois jusqu’à 3 minutes pour réussir à trouver le pliage adéquat.

Parce que je suis nul ? Sans doute. Mais pas seulement.

Le truc, figurez-vous, c’est qu’il est facile de se faire avoir. En effet : quand, à force de pliages, vous aurez réussi à réunir les 3 ou 4 personnages demandés, votre cerveau commencera à crier victoire. Et ce sera une erreur.

Car le fait d’avoir réuni les éléments ne vous assure absolument pas qu’ils sont reliés par un même chemin. Pourquoi ? Parce que les chemins sont très tortueux, et que certains éléments ne sont reliés à AUCUNE route. Ils sont juste là pour vous enduire d’erreur et vous inciter à faire fausse route.

C’est génial à jouer… et ça rend dingue.

Alors oui, parfois vous aurez un coup de bol monstrueux et la bonne combinaison apparaître dès que vous aurez retenez la carte, ou dès le premier pliage. Savourez : ce sera pas tous les jours.

« Il apprendra la patience »

À titre très perso, j’aime beaucoup Speed Maps. Mais je sais que pour les marmots, le concept est plus dur à savourer. Parce que Speed Maps demande patience et méthode, alors même que vous êtes dans un jeu de rapidité. Vous avez tous vécu un moment où tout le monde vous attend parce que vous avez perdu vos clés ou votre téléphone, et où le stress paralyse votre capacité à chercher efficacement. C’est exactement ce que Speed Maps reproduit à merveille : du stress parasite.

Alors oui, les marmots le plus jeunes seront déboussolés sans doute par ces pliages à répétition. On manipule dragons et chevaliers, mais il n’y a pas de combat à l’horizon… pas de mise en scène, pas de conclusion épique. Speed Maps est un « petit jeu », très facile à sortir, mais aussi très facile à ranger pour certains, les plus impatients.

Et le jeu, même en « Facile », demeure trop complexe pour qu’un marmot de 5 ans puisse s’y faire les dents sauf s’il est capable du zen absolu. Beaucoup d’enfants de cet âge iront davantage jouer à la ronde des Papillons de Matagot, bien plus accessible.

Pour autant, il ne faut pas perdre de vue que Speed Maps ne vise autre chose que le plaisir immédiat d’un jeu fun et sans prise de tête. Et de ce point de vue, il réussit parfaitement sa quête.

Car l’intérêt du jeu, le vrai, réside bien évidemment dans son mode Difficile, que l’on se régalera à faire à 4 joueurs, chacun en mode : « zut ils vont trouver avant moi » ! Les routes son si piégeuses et tortueuses que l’on sera bien souvent tenté de sire « j’ai trouvéééé » alors qu’en fait votre route ne mène nulle part. Et c’est toujours très drôle de voir des adultes suivre un chemin avec le bout de leur doigt comme s’il s’agissait d’un labyrinthe issu de la page jeux de Pif Gadget.

Aucune route ne mène vers ce sympathique dragon…

L’avis de Plateau marmots

Difficile au final de rendre un avis tranché sur Speed Maps, tant il peut être perçu différemment selon les joueurs. À titre TRÈS personnel, c’est un jeu que j’aime beaucoup, très simple à sortir pour des parties de 20 min en mode puzzle game nerveux autour d’un thème fantasy. Retors et sournois, le jeu génère une tension agréable tant on est persuadés (souvent à tort) que les autres sont proches de la victoire alors qu’ils galèrent autant que vous.

J’aime sortir le jeu, faire deux ou trois parties, et l’oublier pour le redécouvrir avec bonheur quelques jours plus tard.

Pour autant, il est clair que les impatients le trouveront trop stressant et les amateurs de jeux plus aboutis trop léger. C’est le caractère aléatoire de la réaction des joueurs qui m’incite à une certaine prudence.

Il en va de même pour les marmots, qui pourront très volontiers l’apprécier, mais aussi trouver le jeu trop simple ou trop compliqué, en fonction de leur niveau ou de leurs attentes. Le mode facile laissera sans doute les joueurs rapidement sur leur faim, alors que le mode difficile risquera de frustrer certains au passage. Difficile de se prononcer, vraiment.

Speed Maps doit donc être pris pour ce qu’il est, c’est-à-dire un petit jeu de pliage original et abordable qui va vous trifouiller les méninges et auquel vous pouvez tout à fait jouer en solo en luttant contre le chrono. Idéal pour de petites sessions d’une vingtaine de minutes, il séduit par son originalité et donne immédiatement envie de jouer. Et n’est-ce pas là l’essentiel, finalement ?     

On aime

  • Original
  • Bien réalisé
  • Le mode “difficile” et ses pièges
  • Un jeu bien nerveux
  • Sympa en solo
  • Le fun inhérent au style

On aime moins

  • Un jeu qui ne fera pas l’unanimité
  • Mode facile accessible mais limité
  • Mode difficile un peu hard pour les marmots

Le trouver

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Fiche technique

Un jeu de Martin N Andersen
Edité par Lifestyle Boardgames
Pour 1 à 4 joueurs
A partir de 7 ans

 

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