Test – Taco Chat Bouc Cheese Pizza

Certains jeux sont totalement barrés, ce qui fait incontestablement partie de leur charme. On ne leur demande pas d’avoir inventé l’eau chaude ou de jouer coopératif, mais juste de défouler et de bousculer nos nerfs. Sur ce plan, Taco Chat Bouc Cheese Pizza réussit le tour de force de nous faire rire, de nous stresser et de nous coller des ampoules sur les doigts.

Etes vous prêts à plonger dans un monde aussi frénétique que perturbant ? Alors hop, sortez les cartes, dopez votre cerveau avec l’excitant de votre choix et mettez de la crème adoucissante sur vos mains. Oui oui. Ça fera moins mal, quand on vous écrasera les mimines !

Taco Chat Bouc Cheese Pizza est un jeu de Dave Campbell, pour 2 à plein de joueurs, à partir de 7-8 ans. C’est édité par Blue Orange.

Des chats, des Tacos, des Pizzas…

Dans Taco Chat Bouc Cheese Pizza, le but du jeu est d’être le premier à vous défausser d’une pile de cartes, distribuées équitablement entre les joueurs en début de partie. Les cartes représentent divers motifs très reconnaissables : des tacos, des chats, des boucs, du fromage et (comme vous vous en doutez) des parts de pizza. Il est à noter que la plupart des cartes de chaque type ont la même couleur de fond, mais pas toutes, ce qui ne manquera pas de déstabiliser nos cerveaux fatigués.

Les cartes sont de bonne qualité et les dessins particulièrement choupi, ce qui est heureux car vous allez rapidement apprendre à les détester. Très fort. La règle est d’une simplicité enfantine, et les points de QI que nous allons perdre en jouant ne seront pas regrettés : ils ne serviront à rien pour ce jeu.

Les plus observateurs d’entre vous auront noté que le jeu contient également d’autres cartes, mais j’y reviendrai plus tard : c’est déjà assez perturbant comme cela !

D’ailleurs je n’y tiens plus : je vous explique de suite comment ça marche…

Quand le Taco bêle…

Les cartes sont donc partagées entre les protagonistes, face cachée et rassemblées en une pioche. A aucun moment les joueurs n’auront le droit de la consulter.

Le premier joueur se saisit donc de la première carte de sa pioche, il dit « Taco » et pose la carte face visible au centre de l’aire de jeu. Si la carte montre n’importe quoi d’autre qu’un Taco, on passe au joueur suivant.

Le joueur suivant procède de même, mais dit « Chat », et non pas « Taco ». Si la carte montre n’importe quoi d’autre qu’un Chat, on passe au joueur suivant.

Le joueur suivant procède de même, mais dit « Bouc », et non pas « Taco ou Chat ». Si la carte montre n’importe quoi d’autre qu’un Bouc, on passe au joueur suivant.

Jusque là, vous avez compris le principe…

Au moment où un joueur pose une carte qui correspond de fait à ce qu’il vient de prononcer (par exemple il dit « Bouc » et il retourne un Bouc), alors tous les joueurs doivent poser la main sur la carte. Le dernier joueur, celui qui est en haut de la pile de mains, gagne le droit de ramasser toutes les cartes jouées jusque-lors.

Et on repart ensuite du début en disant « Taco ».

Simple, n’est-ce pas ? Mais en fait pas tant que cela.

Mon cerveau, mon ennemi

Cela n’est pas si simple, vous avez raison. Parce que dire « Taco », et voir apparaître une pizza, cela perturbe. Et ensuite on s’habitue. Et arrive le moment douloureux où on dit « Taco » tout en posant un Taco, et le cerveau doit alors turbiner comme un bourrin pour se souvenir que oui, c’est bel et bien un taco et qu’il faut vite vite vite taper sur les cartes.

L’exercice est simplissime et complexe. D’autant plus que le jeu est impitoyable. Si vous tendez la main pour taper et que vous ne tapez pas, tant pis, vous ramassez les cartes.
Si vous dites « Chat » alors que c’était le moment de dire « Cheese », pareil, vous ramassez les cartes.
Si vous hésitez à dire quoi que ce soit, vous ramassez les cartes… 

La phrase Taco Chat Bouc Cheese Pizza doit rouler comme un mantra, comme l’invocation d’un grand ancien des tréfonds de l’autre monde. C’est hypnotique, évidemment, et pourtant votre attention doit être tendue comme un string. Parce que toute hésitation, on l’a dit, est immédiatement sanctionnée.

Et ce n’est pas le seul piège…

Nerval Marmotte Gorille

Parfois, entre un Taco au fromage et une Pizza au Bouc (yummy !), vous verrez débouler un autre animal.

Comme ça, juste pour vous déstabiliser et vous prendre dépourvu. Rien de personnel, évidemment. Juste un tacle par derrière, bien sournois, une façon d’inciter votre cervelle déjà bien secouée à griller quelques neurones supplémentaires dans une gerbe d’étincelles digne de Star Trek.

Doooonc.

Si vous retournez une Marmotte, vous devez taper de la main sur le table en mode « toc toc », et plaquer ensuite la main sur les cartes. Le dernier ramasse le paquet.

Si vous retournez un Narval, vous devrez placer les mains au dessus de votre tête pour former sa défense, avant de plaquer une main sur les cartes. Le dernier ramasse le paquet.

Et si vous retournez un gorille, il faudra battre votre poitrine avec fierté avant de plaquer une main sur les cartes. Sans grosse surprise, le dernier arrivé ramasse le paquet. 

Et le plus pervers n’est pas encore arrivé…

J’ai gagné ! Ah ? Non.

Pour remporter la victoire, il ne suffit pas de se débarrasser de sa dernière carte, parce que ce serait trop facile, oui oui oui. On n’est pas avec les petits joueurs de Uno, ici, non mais sans blague !

Pour l’emporter, il ne faut plus avoir de cartes ET finir le premier un round de jeu classique, c’est-à-dire, poser votre main en premier sur le tas de cartes dès qu’une occasion se présente, même si vous ne posez pas de carte vous-même. Dès qu’une possibilité se déclenche, hop, vous devez être le premier à toucher la table. Et en tout cas pas le dernier, parce que dans ce cas, vous aurez compris le délire : vous ramasserez le paquet !

Donc, si en dépit de toutes ces cruelles épreuves vous parvenez ENFIN à vider votre main et à claquer la table en premier, alors BIM, vous serez incroyable vainqueur de cette joute mémorable. Et vous aurez alors une furieuse envie de recommencer.

Une expérience géniale

Soyons clairs. Les premières parties de ce jeu seront chaotiques, hachées, avec des victoires (et des défaites) relativement expéditives. Et peu à peu vous allez prendre le rythme. La litanie Taco Chat Bouc Cheese Pizza va devenir une évidente évidence . Et quand vous aurez atteint ce palier, je vous garantis que le jeu devient juste incroyable. On pose les cartes sans erreur ni hésitation, on est prêt à dégainer à la moindre pose de cartes, et on s’amuse énormément des erreurs des autres. Le moindre frémissement de muscle superflu est sanctionné, le moindre retard à l’allumage aussi. Les nerfs sont tendus à l’extrême, et on se croirait dans des duels à la Sergio Leone sur fond de mantra répété à l’infini, ce qui est une expérience aussi galvanisante qu’explosive. Bref, c’est génial. Ça fait mal aux mains, c’est clair, mais c’est génial.

Et avec des marmots ?

Taco Chat est un jeu dans lequel les différences d’âge entre enfants seront immédiatement sensibles. C’est un jeu rapide, rythmé, qui demande que chaque joueur soit d’une concentration optimale. Il faudra donc éviter les niveaux trop différents, parce qu’au moment de dégainer les différences de rapidité seront déterminantes, comme dans tout jeu d’observation /  rapidité. Mais la truc cool avec Taco Chat, c’est qu’ici la sanction est immédiate pour les hésitations, ce qui calmera volontiers les plus impulsifs. Blue Orange conseille le jeu aux marmots de 8 ans et plus, ce qui nous semble tout à fait pertinent, même si des marmots de 6 – 7 ans un peu vifs pourront prendre part à la mêlée. Attention à ne pas trop leur écrabouiller les doigts quand même ! 

Un jeu fun à 2 comme à 8 joueurs

Un truc qu’on a beaucoup apprécié avec ce jeu, c’est qu’il reste fun dans toutes les configurations. On peut y jouer à beaucoup (jusqu’à 8) et déclencher une bataille rangée, ou se faire un duel, les yeux dans les yeux. Le jeu change bien évidemment d’atmosphère, mais vous vous doutez bien que les Tacos et les Gorilles n’engendrent pas la mélancolie et que les choses ne tarderont pas à dégénérer. Plus électrique que kikafé, Tacot Chat se joue très rapidement sur un coin de table en attendant que le serveur amène votre commande et incitera probablement les autres tables à vous regarder d’un œil jaloux. Bah quoi ? Ils ont qu’à venir jouer, aussi ! Lorsque j’ai recroisé le jeu à Cannes, c’était davantage en terrasse du Caffé Roma que dans le salon lui-même : Taco Chat s’emmène partout, fait du bruit, et donne un avantage certain aux porteurs de bagues.  

L’avis de Plateau Marmots

On sort Taco Chat Bouc Cheese Pizza pour une partie d’apéro et on y consacre toute la soirée. Électrisant, fun et incroyablement nerveux, ce petit jeu d’attention/observation/rapidité sature vos neurones d’informations contradictoires qui doivent déclencher un influx nerveux dans votre main en cas de connexion. Évident sur le papier, certes, mais attendez d’y jouer et vous ferez moins les malins ! Speedé et litanique, il vous plonge dans une incroyable transe collective avant de déclencher les hostilités dans une simple pose de carte. Bref, on ressort de chaque partie nerveusement vidé, mais incroyablement heureux d’avoir gagné ou perdu cette joute collective particulièrement réjouissante. En revanche, autant vous prévenir : vous aurez mal aux mains… et très envie d’une pizza.

En résumé, vous l’aurez compris, on est grave fans de Taco Chat, un jeu à réserver sans doute aux marmots les plus alertes (7 – 8 ans, donc) pour des sessions explosives où vous passerez votre temps à échanger vos virus respectifs en vous écrasant les doigts en toute impunité. Comment résister ?

On aime

  • Totalement addictif
  • Fun dans toutes les configurations
  • Plutôt mimi
  • Expliqué en quinze secondes
  • Une pure pépite de fun

On aime moins

  • Les différences d’âge sont sensibles
  • Douloureux si joué avec des bourrins 🙂

Le trouver

Chez Philibert
Sur Ludum

Fiche Technique

Un jeu de Dave Campbell
Edité par Blue Orange
Pour 2 à 8 joueurs
A partir de 7-8 ans.

 

 

 

 

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