Test – Zoobelli

En tout parent se dissimule un adulte effrayé. À l’heure du goûter, parfois, on se surprend à fuir. Du coin de l’œil, on aperçoit le marmot qui farfouille dans l’armoire à jeux, et on prétexte soudain un contrôle fiscal ou une diarrhée urgente pour s’éclipser le plus loin possible. Mais le marmot est retors et malin, il sait nous trouver, toujours. Et tenant alors fermement son paquet de 52 cartes, il nous demande d’une voix impérieuse. « Bon ! On joue à la bataille maintenant ! »

Ah la bataille, cette négation du ludisme qui allie la magie du soporifique à la tristesse de l’aléatoire ! Peu de jeux m’ennuient autant que la bataille. Aucun, en fait. Je préfère (et de loin) une partie express de Médor Pèt’ Fort à une interminable bataille qui dure 12 heures, catégorie « mon valet prend ton trois ».

C’est sans doute ce genre de réflexion qui a conduit l’auteur du jeu à revisiter le jeu de bataille, pour tenter d’en gommer les effets les plus pénibles. Voici donc Zoobelli « La bataille, mais en mieux », un jeu de cartes survitaminé qui se fait fort de vous redonner envie de jouer à la bataille.

Zoobelli, est un jeu d’Olivier Gautreau, édité par Créa’Griff. Il est jouable de 2 à 4 joueurs, à partir de 3 ans.

C’est mon jeu, ma bataille !

Zoobelli se présente sous la forme d’un jeu de 32 cartes relativement classique, à ceci près que, comme pour bon nombre de productions dédiées aux marmots, les figures sont remplacées par des animaux.

Les belligérants sont des représentants plutôt classiques de la faune du jeu de société : chat, chien, éléphant, souris, ours, lion, etc. À titre très personnel, le choix retenu pour la mise en couleur et la composition des cartes ne me convainc pas vraiment, mais les marmots apprécient les illustrations sans retenue aucune. On apprécie par ailleurs l’effort porté sur la lisibilité des cartes, identifiées à la fois par un numéro ou un petit domino permettant de connaître leur valeur avant même sans savoir lire les chiffres. C’est efficace et malin. 

La boîte contient également une règle qui est à l’image du jeu : très simple ou plutôt complexe en fonction des configurations. On y reviendra plus bas.

Zoo belli para bellum

Pour dynamiser le neurasthénique jeu de bataille, l’auteur a choisi d’utiliser des interactions entre les animaux, qui viennent court-circuiter la valeur des cartes. Si la plupart des affrontements se résolvent de manière classique (le lion à valeur de 10 bat l’ours à valeur de 9), des effets transversaux inattendus viennent pimenter le jeu.

La souris qui vaut 1 point, par exemple, n’a aucune chance devant le chaton (2), le chien (5) ou le lion (10). Mais elle gagne néanmoins contre l’éléphant (8). Les pachydermes sont effrayés par les souris, c’est bien connu ! Et il est très facile de mémoriser ces effets, car les cartes qui interagissent sont identifiées par le même fond de couleur, indiquant aux joueurs qu’un événement va survenir lorsque ces deux cartes sont en contact.

La mangouste (3) bat ainsi le serpent (7) qui lui même peut battre le lion (10). Lorsqu’un matou (4) rencontre un adorable petit chaton (2), ils échangent leur place. Quant au chien (5), il aboie si fort qu’il met définitivement en fuite toutes les cartes qui lui sont inférieures. L’idée ici, est d’accélérer les parties en supprimant petit à petit les cartes les plus faibles, comme dans tout bon jeu de deck building. Le chien évite ainsi les interminables fins de parties, où un affrontement de dernière minute entre le 2 de trèfle et le 2 de carreau permet soudain de récupérer un Roi de Pique, ce qui relance toute la bataille. C’est une excellente idée.

Dans la fièvre de la bataille

Dans une configuration à deux joueurs, le jeu révèle immédiatement ses qualités. C’est rapide, nerveux, et sans aller transformer la bataille en jeu amusant, on apprécie néanmoins l’effort de rendre les choses tolérables. Il est toujours amusant de pouvoir récupérer des éléphants au moyen des souris, et de contester la suprématie du lion avec le serpent. Zoobelli, médaille d’argent au concours Lépine 2018, montre clairement son potentiel de fun lorsque l’on joue en un contre un. 

On notera par ailleurs que la distribution des cartes est volontairement hétérogène, afin de donner du travail au chien. Il y a en effet 6 souris, 6 chatons, 4 mangoustes, 4 matous, 4 chiens, 3 sangliers, 3 serpents, 2 éléphants, 2 ours et 2 lions. Les cartes les plus fortes sont volontairement sous-représentées en début de partie, pour rendre leur impact moins fort sur le jeu. Et c’est la grande force de Zoobelli : d’avoir la capacité de se transformer au fil de la partie, alors que les chiens épurent les paquets jusqu’à devenir eux-mêmes des cartes faibles.

C’est fun à jouer, et c’est clairement la bataille « en mieux »… ou en tout cas « en nettement moins pire ».

Jouer à 3 ou 4, fausse bonne idée ?

Si le jeu fonctionne très bien à deux joueurs, avec des règles intuitives et simples à appréhender, il devient beaucoup plus laborieux à 3 ou 4 joueurs, lorsque les interactions entre les animaux deviennent simultanées.

Dans le cas d’une configuration mangouste – serpent – lion, par exemple, la règle considère que la mangouste l’emporte sur les deux autres cartes, car l’effet est résolu dans l’ordre « le serpent bat le lion, puis la mangouste bat le serpent ». Mais le joueur lion pourrait tout à fait rétorquer « la mangouste bat le serpent, le lion bat la mangouste » sans que cela ne semble illogique.

Plus gênant : si deux joueurs jouent un chaton et qu’un troisième joue un chat, l’échange devient alors impossible et l’effet ne peut s’appliquer. La règle indique alors que chacun reprend ses cartes et que l’on passe au tour suivant, ce qui est tout de même un peu frustrant.

La règle est d’ailleurs bien consciente de la difficulté de jouer certaines situations, car elle conclut par un laconique : « En cas de doute sur le vainqueur d’une rencontre, chacun reprend sa carte et le jeu continue. » Cela veut tout dire.

Vous l’aurez compris, la grande lisibilité du jeu à deux souffre dès que l’on augmente la taille des joueurs. Il faudra donc essayer de rester en tête à tête.

L’avis de Plateau marmots

Au final, Zoobelli remplit bien son contrat de redynamiser le jeu de Bataille, en permettant des interactions transversales entre les cartes. Le possesseur d’un éléphant ne pourra ainsi que trembler à l’idée de voir débouler une redoutable souris, en surnombre de surcroît. On apprécie tout particulièrement l’idée du chien, qui purge petit à petit le deck des cartes les plus faibles pour permettre des séquences finales nettement plus dramatiques que de finir le jeu sur une bataille de 3. 

Un bémol tout de même sur le look général du jeu, efficace certes, mais qui aurait pu être affiné. Vous allez me dire que les goûts et les couleurs blabla, mais je trouve tout de même que ZooBelli est un peu léger sur ce point, surtout dans la colorisation des cartes. Le jeu à 3 ou 4 joueurs, quant à lui, est clairement à éviter : le seul intérêt de jouer à la Bataille, c’est de ne pas avoir à relire les règles du jeu pour savoir qui emporte le pli. Lorsque cela devient le cas, c’est que quelque chose ne fonctionne pas.

Est-ce que nous recommandons tout de même Zoobelli ? Clairement oui. Car les marmots aiment la bataille, souvent le premier jeu de cartes auquel ils ont accès. Ils ont envie de ce jeu, besoin de ce jeu, ne serait-ce que pour manipuler les cartes et assimiler les règles. Et le système de jeu mis en place par Zoobelli permet clairement de rendre les parties plus sympathiques et plus vivantes, tout en restant aussi accessible. Cela reste « de la bataille », évidemment, donc un jeu 100 % aléatoire qui n’a guère d’intérêt sur le fond, mais c’est aussi un jeu auquel on s’amuse volontiers, justement parce que l’on n’a rien d’autre à y faire que d’égrener les cartes jusqu’à l’inéluctable fin. Le jeu de Bataille tient en cela de la tragédie  : on y expérimente dans le détail (et dans la longueur) une guerre sanglante dont l’issue est déterminée dès la première seconde. Merci à Zoobelli d’avoir accéléré le rythme et rendu le déroulé bien plus dynamique. Les parents que nous sommes n’auront plus à fuir devant la prochaine partie.

On aime

  • Un réel effort pour dynamiser la bataille
  • Le chien qui vire les cartes faibles
  • Parties courtes et sympathiques à 2 joueurs
  • Les dominos pour la valeur des cartes
  • Facilement transformable en mémory

On aime moins

  • Le parti pris graphique (mais ça se discute 🙂
  • Ca reste de la bataille, hein…
  • Le jeu à 3 ou 4 joueurs, peu intuitif

 Fiche technique

Un jeu d’Olivier Gautreau
(Auto)édité par Créa’Griff.
Jouable de 2 à 4 joueurs
A partir de 3 ans.

Pour le trouver : https://www.zoobelli.com

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