Test – Troll & Dragon

Dire que j’attendais Troll & Dragon de pied ferme serait un doux euphémisme. J’adore les jeux de dés, j’adore les jeux de prise de risque et j’adore les dragons. Bref, j’avais de très hautes attentes pour ce Troll & Dragon, superbement illustré par Paul Mafayon. Et j’avais également un a priori très favorable sachant que ce jeu était signé par Alexandre Emerit, dont nous avions pu apprécier le travail dans Booum !, jeu nominé aux as d’or 2018, excusez du peu. Alors attentes comblées ? Pour le savoir, prenez donc votre torche et descendez avec moi dans la grotte. Faites gaffe où vous marchez, ce serait bête de réveiller la grosse bestiole qui fait dodo sur son tas d’or.

Trolololo lololo lolololoooooo

Troll & Dragon est donc un jeu de dés qui met en scène ces deux créatures légendaires, qui seront vos ennemis du jour. Chacun d’entre eux va en effet incarner un obstacle entre vous et la richesse. Il va donc falloir vous montrer cupide (mais pas trop), si vous souhaitez l’emporter sur vos adversaires. Car oui, dans ce jeu, c’est comme au Monopoly : c’est le plus riche qui gagne. Et c’est à force de pillage éhonté que vous allez accumuler de la richesse. Mais il faudra faire preuve de patience… et de chance, car comme tout jeu de dés, il est facile d’avoir la poisse au moment le plus inopportun.

On l’aura compris : sur le papier, Troll & Dragon fait penser à un jeu de prise de risque classique, comme Zombie Dice, Strike ou Diamant. Mais ce serait très réducteur, car Troll & Dragon propose un jeu bien plus varié que ces illustres exemples. C’est un jeu en deux phases distinctes, qui permet une liberté d’action très intéressante. Et pour en savoir plus, ouvrons la boîte !

Mon dieu, c’est plein d’étoiles d’pognon !

Autant l’avouer : l’ouverture de la petite boîte de Troll & Dragon en colle plein les mirettes. Le jeu est très joliment décoré et contient pas mal d’éléments différents pour un format aussi réduit. Entre les diamants, les pépites et le fond de la boîte qui représente la mine de diamants et la grotte du dragon, on a droit à du matériel réussi. Mention spéciale aux 8 dés du jeu pour lesquels il n’est pas besoin de coller des stickers (j’ai horreur de ça) et qui ressemblent  à ceux de La forêt mystérieuse (Iello).

Autre point très positif : on joue avec la boîte. Le fond de cette dernière est en effet divisé en deux parties : une caverne et un antre de dragon. La première abrite les diamants, le second les pépites. Les joueurs pourront quant à eux placer leur magot sur des bourses en carton très joliment illustrées, et le verso de chacune d’entre elles permet en outre de compter facilement ses pépites pour les plus jeunes (ou les plus nuls en maths) d’entre nous.

Le jeu est vendu 16 euros, ce qui est tout à fait honnête au vu du contenu. Le matériel est donc clairement soigné et très agréable à manipuler : encore un très bon point pour Loki.

Diamonds are a dwarf’s best friend

Troll & Dragon est un jeu qui peut — potentiellement — se jouer en deux phases. Et toutes deux construites sur un rythme très différent.

La première phase, qui est la seule obligatoire, consiste à essayer de récupérer le maximum de diamants dans une grotte. Cette phase se joue en lançant les 4 dés blancs du jeu. Voici les résultats que vous pouvez obtenir :

  • Un diamant : chouette ! Vous prélevez un diamant de la caverne. Ce dé pourra être relancé.
  • Une porte : intéressant ! Vous avez trouvé la porte de l’antre du dragon. Ce dé pourra être bloqué pour conserver le résultat, ou relancé pour essayer d’obtenir un diamant.
  • Une clé : Bravo ! Vous avez trouvé la clé pour ouvrir la porte de l’antre du dragon. Ce dé pourra également être bloqué pour conserver le résultat, ou relancé.
  • Face Troll : Aaaargh vous avez attiré l’attention du troll. Ce dé est bloqué et ne peut plus être relancé.

Après chaque lancer, s’il vous reste des dés débloqués, vous pouvez choisir de les relancer afin d’obtenir des diamants, une porte ou une clé. Vous pouvez jouer aussi longtemps que bon vous semble, mais dès que vous aurez obtenu 4 Trolls, votre tour s’arrêtera immédiatement et tous vos gains pour le tour seront perdus et récupérés par le Troll. À vous de savoir vous arrêter à temps dans la collecte des diamants.

En revanche, si vous avez réussi à obtenir le combo porte + clé, alors vous pouvez choisir d’ouvrir la porte et de vous rendre dans la seconde partie du plateau de jeu. Et de faire face au dragon endormi. Cela n’a évidemment rien d’obligatoire, car c’est dangereux… Mais la thune, la vraie, est dans cette caverne-là. 

La revanche de l’Estasi dell’oro

Si vous avez choisi d’utiliser votre combo porte + clé, vous voilà donc devant un dragon endormi, dans un antre qui regorge de pépites d’or. Et là, c’est la folie. Pourquoi ? Parce qu’à compter de ce moment précis, le jeu change totalement de physionomie. Fini de glander et de sortir vos diamants en prenant votre temps, vous voilà lancé dans un rush impitoyable et chargé en stress.

Du stress ? Eh oui ami aventurier. Parce que vos adversaires, jaloux de votre réussite, vont tout faire pour réveiller le dragon !

Dès qu’il entre dans la salle du trésor, le joueur actif se saisit aussitôt des deux dés jaunes, sur lesquels sont représentées des pépites d’or. Pendant ce temps, le premier adversaire se saisit de deux dés rouges du dragon et les lance. S’il n’obtient que des faces vides (4 sur 6 pour un dé et 5 sur 6 pour le second), alors son voisin immédiat doit à son tour se saisir des dés le plus rapidement possible et les lancer. Dès qu’une face dragon sera obtenue, le joueur hurlera « Dragon ! » et bloquera le dé. L’autre dé continuera d’être lancé jusqu’à l’obtention d’un second dragon. 

À tout moment, le joueur actif (qui de son côté lance frénétiquement les dés jaunes et ramasse les pépites obtenues dans l’hystérie la plus totale) peut décider de s’arrêter et de sortir de la caverne avec le magot cumulé. Mais s’il attend trop et que ses adversaires parviennent à obtenir deux faces dragon, alors tous ses gains du tour seront perdus. Eh oui, fallait banquer, monsieur. 

Double Dragon

Comme on le voit, si la première phase du jeu fait clairement penser à un zombie dice, avec un temps libre de réflexion face au risque accordé au joueur, la seconde renvoie tout aussi directement à Croque-Fromage ou Paku Paku pour le côté frénétique et simultané des lancers de dés entre adversaires, qui vont se surveiller du coin de l’oeil.

Ce changement de rythme, aussi soudain qu’explosif, est une excellente idée qui permet de dynamiter dynamiser la partie. Dans beaucoup de jeux « stop ou encore », les adversaires n’ont pas grand-chose d’autre à faire que d’attendre que le joueur actif décide d’arrêter son tour (c’est par exemple le défaut majeur de Dungeon Roll). Ici, la motivation des adversaires n’est pas uniquement cruelle, mais aussi intéressée : s’ils parviennent à déclencher le dragon, ils pourront en effet se partager le butin perdu par les joueurs aux tours précédents, ce qui peut représenter une jolie somme.

Le jeu pour les adversaires consiste donc à inciter le lanceur de dés à prendre tous les risques, histoire de le voir se vautrer et récupérer les fruits de son échec. Évidemment, s’il parvient à se gaver d’or parce que vous l’y encouragez, ce sera pour votre plus grand déplaisir : les jeux de dés sont bien souvent cruels.

La partie s’arrête dès que l’une des salles est vide, et le décompte des richesses est alors effectué pour départager les joueurs. Un diamant vaut 1 point, une pépite d’or en vaut 3. Eh oui, cela paye souvent d’aller flirter avec les dragons…

L’avis de Plateau Marmots

J’avoue honnêtement avoir été dubitatif après ma première partie, un peu désorienté par ce jeu qui change totalement de physionomie au beau milieu du tour. Comme si l’on commençait son tour de jeu dans la gestion du risque… avant de le finir dans la frénésie et les cris (et en écrivant cette phrase, j’ai en tête l’image de Martin Riggs et Roger Murtauph qui tentent de désamorcer une bombe dans le calme, avant de s’enfuir au pas de course). Je pense à ce titre que le jeu pourra déplaire à ceux qui n’aiment pas l’idée du changement brutal de rythme en cours de partie.

Après quelques parties, cependant, j’ai commencé à me sentir très à l’aise dans cette configuration et j’ai éprouvé un plaisir jouissif à entrer dans la caverne du dragon. Et là, ce sont les cris, les invectives, les menaces… Et toujours la question, cette satanée question qui fait le piment de ces jeux : partir ou relancer ?

Alors, disons-le tout net : entre grands marmots, le jeu est vraiment bon. Il faut juste que les adultes n’aient pas peur de se prendre au jeu et de se lâcher, pour savourer les plaisirs simples de la frénésie hystérique. Troll & Dragon quitte la sphère (amusante, mais restreinte) du « jeu de dés d’apéro » pour flirter avec le jeu plus ambitieux du début de soirée. Il en a clairement le potentiel, si les joueurs acceptent de se montrer sous leur jour le plus fourbe.

Entre adultes et marmots, la balance est hélas un peu plus difficile à trouver. Les marmots de 7 ans ont tendance à vouloir prendre tous les risques et ont du mal à s’arrêter, juste pour avoir le plaisir de rentabiliser leur tour en lançant le dé encore et toujours. Pour la phase de rapidité, l’agilité d’un adulte est également souvent plus prononcée que celle des petits marmots, ce qui peut créer un déséquilibre. Après, il est toujours possible s’envoyer un shot de vodka à chaque tour pour équilibrer les chances, mais est-ce bien un exemple à donner à un marmot de 8 ans ?

Ce qui m’amène donc à la réflexion suivante : si un enfant de 7 ans, voire de 5-6 peut parfaitement comprendre et jouer au jeu, il faudra peut-être privilégier les parties avec des joueurs d’une agilité égale, pour ne pas créer de frustration systématique quand les dragons lui auront fait perdre son butin pour le 5e tour d’affilée.

Enfin, pour avoir testé plusieurs configurations, les deux qui fonctionnent le mieux sont à 4 ou à 5 joueurs. Jouer à 2 est toutefois idéal entre grand et petit marmot, car on peut véritablement prendre le temps de parler stratégie avec lui, et de freiner ses prises de risques quand elles sont véritablement trop outrancières. Ce sont des petits moments de complicité, à la fois amusants et précieux.

Mais jouer à 5 est un plaisir rare et prend tout son sens dès qu’un joueur tente de piller la caverne du dragon. En effet : puisque les dés de dragon doivent être transmis de joueur en joueur, cela crée autant de manipulations compliquées qui vous permettent en général de ramasser un max de thunes pendant que vos adversaires auront immanquablement fait tomber un dé qui aura roulé sous la table. Mais c’est leur problème, n’est-ce pas ?

Au final, avec Troll & Dragon, Loki montre une fois encore le soin porté à l’édition de ses premiers jeux, avec un matériel très réussi pour un prix accessible. Bref, du tout bon.  

Ça fait plaisir

  • Un matériel agréable
  • Des illustrations somptueuses
  • L’idée de la double caverne
  • La possibilité de jouer « petit bras » ou « risque-tout »
  • Un jeu calme qui devient subitement explosif

Ça fait moins plaisir

  • Un changement de rythme qui peut désarçonner
  • Un peu de déséquilibre entre adultes et enfants
  • Un peu moins fun à deux ou trois
  • Un mode solo aurait été sympatoche (mais j’ai titillé l’auteur à ce sujet, on va essayer de proposer un truc sympa…)

Fiche technique

Un jeu d’Alexandre Emerit
Illustré par Paul Mafayon
Date de sortie : février 2018
Edité par Loki
Pour 2 à 5 joueurs
A partir de 7 ans
Prix conseillé : 16 euros

Chez Philibert : https://www.philibertnet.com/fr/loki/57269-troll-dragon-3760175514753.html

Pour aller plus loin… 

Au FIJ 2018, Marlène m’a confié ne pas être emballée par ce jeu, qui lui rappelle beaucoup trop « Diamant » (Iello). J’ai depuis creusé la question en me plongeant dans cet excellent jeu d’Alan R. Moon & Bruno Faidutti. Mais à part le fait que tous les deux sont des jeux de Prise de risques ou de « stop-ou-encore », je ne vois pas de lien évident. Alors oui, ce sont deux jeux illustrés par Paul Mafayon, et oui dans les deux on ramasse effectivement des diamants, mais je trouve que Troll & Dragon s’approche vraiment plus d’un Zombie Dice croisé avec un Croque Fromage. Diamant est un jeu de cartes de gestion du risque beaucoup plus stratégique, où l’on passe beaucoup de temps à évaluer ce que vont faire les autres pour essayer de tirer le plus gros gain. Rien à voir avec la frénésie hystérique de Troll & Dragon, à mon sens. Mais je tenais néanmoins à vous faire part de sa remarque, qui me semble avoir toute sa place ici. En tout cas cela ouvre le débat 🙂

2 commentaires sur “Test – Troll & Dragon

  • 2 mars 2018 at 10 h 29 min
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    Merci Olivier pour cet article très détaillé et bien écrit ! Et heureux que le jeu te plaise. Merci d’avoir pris le temps de le découvrir.
    Pour répondre à tes questions :
    – le changement de rythme (je ne connais pas croque-fromage, il faut que j’aille voir ça !). C’était bien le but de ce petit jeu, offrir un rythme en deux temps, afin de faire monter la fréquence cardiaque et d’avoir des phases de repos pour s’en remettre. Personnellement, grâce aux illustrations et au matériel, je me projette complètement dans le jeu et quand je sors une seconde avant l’arrivée du deuxième dragon, j’ai vraiment l’impression d’être passé à deux doigts de me faire brûler les fesses !! Evidemment, c’est encore mieux avec des joueurs qui se prennent au jeu. Et je comprends très bien que des joueurs n’aiment pas le côté « frénétique ».
    – Pour le déséquilibre parent-enfant, comme déjà écrit, pour moi c’est tout le contraire. Je suis toujours trop gourmand et je finis la plupart du temps à essayer de grapiller la pépite de trop. Mes enfants sont beaucoup plus prudents et me battent du coup souvent. C’est sans doute aussi lié au tempérament des joueurs, qu’ils soient grands ou petits ! Moi ce qui me plaît c’est d’arriver à faire un très gros coup dans la partie, quitte à perdre. Monsieur Guillaume dans la vidéo tric trac fait aussi la même chose 😉
    – pour le mode à 2 ou 3, je vois ce que tu veux dire. Il y a plus de chance d’y avoir plus d’ambiance à plus de joueurs. Mais là encore, j’ai fait de très belles parties (qui du coup me sont restées en mémoire) à deux ou trois avec des joueurs qui étaient à fond dedans et où personne ne voulaient perdre.
    Quant à la ressemblance avec Diamants (auquel je joue aussi), je trouve aussi que les deux jeux sont bien différents. Même si les illustrations sont du même auteur, elles n’ont rien à voir, et la mécanique centrale de stop ou encore est assez différente. Troll et dragon sera beaucoup plus frénétique là où Diamants est un stop ou encore beaucoup plus réfléchi (basé sur les probabilité, un peu de psychologie et avec la possibilité de faire un gros coup).

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  • 2 mars 2018 at 12 h 23 min
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    Je ne suis d’ordinaire pas un grand joueur… difficile de me mettre dans l’ambiance des quelques jeux que j’ai pu tester. Forcé de jouer a « Troll et Dragon » je dois bien avouer que j’ai découvert les jeux de dés (en dehors du 4/21) et le bonheur qu’ils procurent. Le plus impressionnant avec le jeux d’Alexandre c’est effectivement la rapidité avec laquelle il nous transforme en compétiteur hystérique. A tel point, qu’effectivement, faire tomber un dé sous la table devient un motif de hurlement, de panique et bien sûr d’une immense joie pour le joueur actif.

    Bref… nous nous sommes bien amusés à chaque parties ! Jouer à 5 est effectivement le must ! (pour moi cela va être facile j’ai trois filles et depuis ce jour une boite de jeux), mais comme il est petit et rapide a jouer emportez le au taf et trouvez 4 collègues sur la pose de midi !

    Mon conseil donc, ne pas jouer sur une table trop grande ! et surtout ne pas jouer avec l’auteur qui « bloque » les dés pour aller plus vite… Je suis pas d’accord (c’est surtout que je n’y arrive pas) mais bon, c’est lui l’auteur alors que dire ?

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