Test – Canopéa

Et donc, alors que l’on jouait par terre, j’ai décidé de prendre le temps d’observer les visages de mes compagnons de voyage. Il y avait mon père, évidemment, très joueur et très impliqué dans l’histoire, cherchant à scénariser le moindre coup joué. Ma femme également, pas du tout joueuse pour le coup, mais très concentrée sur la partie avec la ferme envie de l’emporter. Et il y avait mes enfants, assurément : 6 et 4 ans, des images plein la tête et des sourires plein les yeux. Le plus formidable, alors que nous étions tous en chaussettes et le nez sur le carrelage, c’est indéniablement que tout le monde jouait ensemble, d’un même élan. Et leur visage à tous, donc, était transporté. Tout le monde vivait la même histoire, avec le même élan. Il y avait des exclamations, des “oh !”, des “ah!”, des applaudissements. Et peu importaient nos courbatures et nos maladresses, nous nous sentions bien de jouer ainsi ensemble, à même le sol. Rares sont les jeux qui permettent cette liberté et cet enthousiasme, mais Canopéa est de ceux-là. Imaginez : un jeu de pichenette coopératif imaginé par Annick Lobet dans un monde d’aventuriers de l’impossible qui évolue à chaque coup joué. Comment ne pas se laisser embarquer ?

Canopéa est un jeu à part, poétique, apaisant et un peu magique, qui deviendra volontiers le support de nombreuses histoires que vous allez vous créer entre petits et grands. Car même si la mécanique de jeu repose avant tout sur la dextérité, la prise de risque et la mémoire, et, donc, à mille lieues de l’aventure narrative, le nouveau titre d’Annick Lobet nous emmène pourtant loin dans l’imaginaire.

Allez, embarquons pour la petite visite guidée d’un jeu qui saura probablement se trouver une place de choix sous vos tables de jeu et qui réunira volontiers plusieurs générations. Pourquoi ? C’est précisément ce que nous allons voir ensemble, juste maintenant.

Comme vous l’aurez compris, Canopéa est un jeu d’Annick Lobet, illustré par Gaétan Noir. C’est édité par Blam! Il se destine de 1 à plein de joueurs. Et si la boîte indique que l’on peut jouer à partir de 6 ans, en vrai on peut y jouer bien avant, et surtout très, très longtemps après.

[Ce jeu nous a aimablement été confié par l’éditeur. Cela ne change rien à notre avis, mais c’est stylé de le préciser.] 

Bienvenue à Canopéa

Canopéa est un jeu qui se déroule dans l’univers de Celestia, autre titre édité par Blam!. Il s’agit d’un univers particulièrement enchanteur, quelque part entre Gulliver et Le Petit Prince, avec des aéronefs qui traversent les cieux pour aller visiter de somptueuses Cités-Arbres. Une terre d’aventures, assurément, qui invite à l’héroïsme, à l’entraide et à la rêverie. Dans la droite lignée de Celestia, Canopéa est un jeu coopératif aussi inventif que doux pour les mirettes. Si on devait le résumer, on pourrait indiquer qu’il s’agit d’un jeu de pichenettes coopératif, avec un soupçon d’évolutif. Mais c’est assez réducteur, donc le mieux que vous pouvez faire est de m’accompagner dans l’aventure.

Dans Canopéa, les joueurs font front contre de terribles braconniers, bien décidés à capturer les oiseaux qui font la fierté des lieux. Fort heureusement, un aéronef veille au grain ! Et son équipage (c’est-à-dire : vous) se fait fort de trouver les oiseaux en danger et de les ramener en sécurité.

Un univers enchanteur

Dès l’ouverture de la boite, Canopéa séduit par sa direction artistique, propulsant les joueurs dans un autre monde. D’emblée, le jeu parait léger et plein de délicatesse. Et il vous touchera volontiers au cœur, quel que soit votre âge, tant les illustrations évoquent une certaine innocence (comme une boutique de vieux jouets d’un autre âge appelle à l’émerveillement) dans un style qui évoque naturellement le Petit Prince et les confiseries de Pierrot Gourmand. Une direction artistique volontairement intemporelle qui touche et qui questionne : que va-t-on pouvoir accomplir dans un univers aussi singulier ?

La réponse : des pichenettes ! Chaque joueur aura en effet pour mission de projeter l’aéronef : soit avec ses doigts, soit avec un propulseur, pour tenter de sauver des oiseaux en péril. Et le meilleur de tout cela, c’est que le jeu risque de devenir de plus en plus complexe au fil des manches… mais aussi au fil des parties. Tout simplement parce que la zone de jeu n’aura de cesse d’évoluer au fur et à mesure que les oiseaux seront sauvés. Mais j’anticipe : ouvrons déjà la boîte.

Canopéa sur parquet

Si la règle du jeu ne vous posera aucun souci et si le matériel en impose dès qu’il est installé, on vous recommandera de le préparer au calme, car la découpe est légère et le carton plutôt fin. Et vous verrez qu’il y a pas mal de choses à plier et monter pour former l’ensemble des lieux que nous allons visiter avec notre aéronef. Cette finesse se justifie en termes de gameplay, comme on le verra très vite. Notez juste qu’il y a un peu d’assemblage à faire pour la première partie et qu’il vaut mieux être concentré pour faire les choses comme il se doit. Un tuto aidera toutefois les plus impatients à effectuer leurs préparatifs, mais donnez-vous quelques minutes au calme, loin des enfants (ou des grands-parents) en furie.  On vous rassure tout de suite : il n’y aura pas besoin de démonter le jeu après les parties. Et c’est le faible prix à payer pour bénéficier d’un matériel de jeu en 3D. 

Concrètement, Canopéa se compose d’un aéronef monté sur un palet en bois qui sent bon la pichenette, d’une floppée de jetons représentant les oiseaux et les pièges des braconniers, un pion propulseur (sorte de petite quille en bois utilisée pour faire progresser le palet), des tuiles de mission, mais surtout de petits édifices de carton représentant les Cités-Arbres de Canopéa. Ces derniers, très colorés, participent directement à l’ambiance et on les aurait instinctivement espérés encore plus grands et gros pour en profiter davantage.

La mise en place est très rapide : les Cités-Arbres de Canopéa sont disposées en cercle autour du centre de l’aire de jeu, en conservant un écart minimum entre chaque Cité. Cet écart sera matérialisé par une petite réglette en carton, déterminant de la distance minimum à respecter. Notez d’emblée qu’il sera plus pratique de jouer par terre (ou sur une grande table), car les lieux risquent fort d’évoluer en cours de partie, et il serait dommage de « retenir vos coups » faute de place.

Mélangez l’ensemble des jetons « oiseaux » et placez-en 5 au sommet de chaque Cité-Arbre. Les jetons ont des épaisseurs différentes : ne vous inquiétez pas, c’est voulu. Prenez ensuite le plateau mission et placez-y au hasard et face cachée 5 tuiles de mission sur les 6 que comporte le jeu. La 6e est remise dans la boîte : elle ne servira pas pour la partie.

La partie est lancée en révélant la première tuile Mission du plateau : nous allons tous pouvoir voler au secours des oiseaux !

Cinq voyages pour sauver les oiseaux !

Chaque tuile mission nous révèle le type d’oiseau qu’il faudra secourir pendant la manche en cours. Quel que soit le nombre d’oiseaux que vous croiserez en cours de route, seul celui-ci pourra être récupéré pour ce voyage.

Le premier joueur s’empare du propulseur et aura la lourde tâche de faire glisser l’aéronef en direction d’une Cité-Arbre, avec 3 essais au maximum. S’il parvient à percuter une Cité-Arbre et à faire tomber tout ou partie des jetons qui sont au sommet, son mouvement s’arrête. Les jetons sont alors révélés. Si certains oiseaux correspondent à l’espèce de la tuile mission, tous les jetons correspondants sont placés dans les encoches du plateau mission. Les oiseaux restants sont ensuite replacés face cachée au sommet de l’arbre.

Il faudra, évidemment, essayer de vous souvenir de leurs espèces pour les prochains voyages. La main passe alors au joueur suivant, qui aura le choix entre poursuivre le voyage vers une autre Cité-Arbre, ou rentrer à Canopéa pour abriter les oiseaux secourus, ce qui mettra alors un terme au voyage. Dans ce cas, les jetons oiseaux collectés seront insérés dans la Cité de Canopéa, et une nouvelle tuile mission sera révélée, remplaçant la précédente.  

Les braconniers sont de sortie !  

Le danger rôde à Canopéa. Celui qui guette les joueurs, ce sont de vils contrebandiers qui menacent la sécurité des oiseaux. Les contrebandiers interviennent automatiquement dans la partie, dans les cas de figure suivants :

  • Si un joueur ne parvient pas à toucher une Cité-Arbre au bout de 3 essais
  • Si aucun des jetons tombés ne correspond à l’oiseau de la mission en cours.
  • Si le repaire des braconniers est touché.
  • Si plusieurs Cités sont touchées.

L’attaque des contrebandiers est matérialisée par des jetons « filets ». Des jetons sont lancés en l’air, dans un angoissant « pile ou face ». Si le jeton atterrit sur sa face filet, il est alors placé sur le plateau joueur, bloquant un espace pour sauver un oiseau ou, pire encore, en capturant un oiseau qui s’y trouve déjà. Le nombre de jetons « filets » lancé correspond au numéro du voyage en cours. Comprenez par là que si vous ratez votre pichenette au cours du 4e voyage, vous lancerez 4 jetons filets. Gloups.

Cette attaque des contrebandiers est particulièrement dangereuse, car le but du jeu est précisément de finir la partie en ayant sauvé plus d’oiseaux que les contrebandiers n’en auront attrapé. Et comme vous l’aurez deviné, cela va devenir de plus en plus difficile puisque les contrebandiers vont avoir de plus en plus de jetons à disposition.

Dernier point en faveur des braconniers : les oiseaux sauvés sont placés sous la Cité de Canopéa. Mais si un tir trop puissant devait déplacer Canopéa, alors tous les jetons révélés en dessous iraient directement dans le repaire des braconniers. Attention à revenir en douceur, donc.

Stop ou encore ?

Après avoir visité une Cite-Arbre, les joueurs doivent se poser la question qui fâche : est-ce que l’on ramène l’aéronef à Canopéa pour mettre un terme au voyage (et sauver définitivement les oiseaux présents sur le plateau de mission)? Évidemment, plus on parcourt les Cités-Arbres, plus on pourra sauver d’oiseaux, mais plus on prend également le risque de louper une pichenette, ou plus simplement encore de tomber sur un arbre qui ne contient pas la race d’oiseau que l’on cherche pour le voyage en cours. Ce sera donc s’exposer à des risques, surtout en fin de partie. Il est donc conseillé aux joueurs de discuter entre eux avant de déterminer leur prochaine destination. N’oublions pas que le jeu est coopératif, et que si la mémoire des uns est utile pour se souvenir des espèces d’oiseaux aperçues dans les tours précédents, la sagesse des anciens pourra éviter certaines catastrophes.

Surtout que.

Un plateau de jeu en expansion !

Surtout que les voyages risquent réellement de devenir de plus en plus difficiles, pour une raison que j’ai pris soin de passer sous silence jusqu’à maintenant. Alors, essayez de vous représenter la scène : pour faire tomber des jetons, vous l’aurez compris, il faut envoyer un palet en bois sur un petit édifice en carton léger. Cela signifie que, sous l’impact, l’édifice en question va probablement reculer de quelques centimètres. Voire quelques dizaines. Et ce que je ne vous ai pas dit, coquin que je suis, c’est que les Cités-Arbres ne sont jamais replacées. Elles restent là où elles sont, ce qui modifie de fait la nature du terrain à chaque voyage, écartant de plus en plus les Cités les unes des autres à chaque voyage. Vous comprenez donc pourquoi il est conseillé de jouer au sol pour profiter du jeu : tout simplement parce qu’à l’instar d’une progressive dérive des continents, les Cités-Arbres vont devenir de plus en plus dures à atteindre alors même que les contrebandiers auront de plus en plus de jetons à disposition en cas d’échec.

Il faudra donc tirer plus fort, plus loin, et risquer aussi de reculer les Cités-Arbres encore plus loin. À vous de trouver la bonne mesure… ou de consacrer quelques tirs à ramener une Cité-Arbre vers Canopéa, pour vous épargner quelques tirs compliqués en fin de partie.

Des règles évolutives !

Il semble de plus en plus évident qu’Annick Lobet prend un énorme plaisir à faire évoluer ses jeux en apportant des règles complémentaires au fil des parties, afin de corser la difficulté. Et c’est assurément le cas ici, avec des jetons obstacles (aux effets variés) qui ne manqueront pas de fleurir sur votre zone de jeu après quelques parties réussies. Rien de comparable aux innombrables enveloppes des zombies kidz & teenz, assurément, mais de quoi pimenter les parties suivantes avec des oiseaux gênants qui vont saturer votre inventaire, ou un coup de tonnerre qui enverra illico votre chargement chez les braconniers.

Une accessibilité optimale

Canopéa est indiqué comme imaginé pour 2 à 6 joueurs à partir de 5 ans. En vrai, on peut y jouer entre 1 et plein de joueurs, à partir de 4 ans. Les règles, en effet, prévoient moult petits aménagements pour vous permettre de jouer selon votre envie, en s’assurant que le plaisir de jeu soit total pour chaque joueur, en fonction de son âge et de sa dextérité. Les variantes suggérées (jouer avec ou sans le propulseur, accorder plus ou moins d’essais…) sont simples et pertinentes, et il sera tout aussi facile d’ajouter des règles maison, pour s’assurer que tous les passagers de l’aéronef passent un excellent moment.

La vie de l’équipage

Que dire ? Vous aurez sans doute compris à ce stade de votre lecture que ce titre fait clairement l’unanimité chez nous, et permet de jouer tous ensemble en famille, à la recherche du tir parfait ou à la découverte de la gestion du risque. Les plus jeunes seront heureux de se souvenir qu’il y avait des oiseaux bleus sur une Cité-Arbre, et les plus âgés de montrer leur talent à la pichenette. Canopéa incarne clairement ce que doit être un jeu familial, c’est-à-dire simple, accessible, délicieusement tactique et riche en sensations. Avec son plateau de jeu devenant de plus en plus ouvert, et ses contrebandiers de plus en plus agressifs, la tension monte au fil des voyages et les oiseaux sauvés deviendront de plus en plus précieux. Adresse, mémoire, prise de risques, le combo est parfait pour vivre des moments privilégiés et complices, tous au sein du même équipage.

L’avis de Plateau Marmots (Olivier)

Quel jeu ! Canopéa est un petit trésor ludique qui donne tout son sens à l’expression « jeu familial » tant on adorera se retrouver entre grands et petits à pichenetter notre aéronef sur le parquet. Malin et poétique, le jeu évoque dextérité et prise de risque dans un univers chaleureux et accueillant. Un peu de mémoire, un peu de « soyons prudents, ramenons les oiseaux au bercail » et surtout un plaisir de jeu vif et durable, qui donne toujours envie de ressortir la boîte pour une nouvelle épopée. Rarement un jeu se sera aussi bien adapté aux compétences et aux envies de ses joueurs pour improviser des règles maison et des évolutions bricolées par nos soins, en mode « et si on ajoutait un tremplin », « et si on devait jouer de la main gauche ? ».
Accessible, délicat, malin, captivant, Canopéa est clairement l’un des meilleurs jeux de l’année, qui saura probablement remporter l’adhésion de tous les joueurs qui s’y essayent. Et déjà, il ouvre des perspectives pour explorer plus loin encore l’univers de Celestia.  On en redemande !

On aime

  • Un univers qu’on a envie d’explorer
  • Une Direction Artistique de folie
  • Le combo parfait entre dextérité, risque, et mémoire
  • Intergénérationnel par excellence
  • Les évolutions, petit twist bienvenu et qui ouvre de belles possibilités 
  • Jouer par terre, c’est toujours fun
  • Le tout, tellement plus intense que la somme des parties

On aime moins

  • On a envie de jouer à Celestia, maintenant !

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