Test – Dragon Castle

Fermez les yeux. Imaginez-vous dans l’ arrière-cour enfumée d’une maison traditionnelle de Shanghai. Autour de vous, des bruits de tuiles qui s’entrechoquent, des imprécations en chinois « Cho !», « Pong !», une odeur d’encens, des tatouages vivaces de licornes et de dragons. Vieux Lao vous attrape par la manche et vous invite à vous asseoir à une table : « Lai ba, zuo ba ! ». Une muraille de tuiles aux dessins bizarres et colorés face à vous et un verre d’alcool de riz. Vous y êtes ?

Dragon Castle, jeu d’abord édité par les italiens d’Horrible Games (ceux qui ont commis Potion Explosion) et importé sous nos cieux par Edge, s’inspire du MahJong et vous emmène dans une ambiance un peu zen, un peu asiatisante, et nettement moins frénétique  que les parties de MahJong endiablées que je vous décris plus haut. Du MahJong gentil,  si vous préférez.

D’accord miss Mulan, on voit à peu près ce que c’est le MahJong, mais moi je connais la version de mon ordinateur. C’est pareil ?

Très bien vu, mon ami lecteur, mais on est ici dans une version compétitive de la chose et tu vas donc devoir te confronter à tes petits camarades plutôt qu’être seul face à ton ordi.

Donné pour 2 à 4 joueurs, Dragon Castle se joue à partir de 8 ans pour des parties d’environ 30 minutes. Plus tôt, le Marmot aura peut-être un peu de difficulté à choisir les combinaisons qui rapportent le plus de points et en plus, il y a des mul-ti-pli-ca-tions et des ad-di-tions (oui, je sais que ça fait peur mais en fait ça va).

Ok, je reste encore un peu même s’il y a des calculs et que je n’aime pas les maths. La boîte est jolie, au moins ?

Oui, ami lecteur, plutôt jolie, illustrée de façon assez onirique par une artiste au nom à consonance chinoise. Mais ce qui accroche le regard, dans Dragon Castle, ce sont les tuiles. En résine, très colorées, elles tiennent bien en main et on prend réellement plaisir à les manipuler. Les plateaux individuels des joueurs et le plateau central ne sont en revanche pas très épais, ce qui est dommage. L’ensemble demeure toutefois  plus que plaisant. On trouve également des jetons points de victoire en carton, des cartes objectifs et pouvoirs et des aides de jeux.

La règle est claire, bien illustrée et simple à appréhender.

Si tu connais Azul, le matériel est un peu dans la même veine, avec priorité donnée aux dominos comme les carreaux d’Azul.

Hum, ça donne envie, et j’aime bien les dominos. Mais comment on joue ?

Si tu as déjà joué au « MahJong » et autres « Taipei » sur ton ordinateur tu es en terrain connu, tu connais le principe. Sinon, le voici.

Pour préparer le jeu, on construit le château du dragon. Sur le plateau central, on place, conformément au modèle, les tuiles réparties au hasard, mais face visible. Ceci forme un ensemble déjà très joli.

Quand on a déjà joué whatmille parties du jeu ou qu’on se sent super fort, on peut choisir une carte pouvoir spécial et une carte objectif faveur du dragon, qui seront toutes deux communes à tous les joueurs.

On rajoute à l’ensemble des jetons de points de victoire, sur le plateau central, dans les emplacements indiqués.

Chaque joueur joue tour à tour. Il a le choix entre plusieurs actions mais ne peut en effectuer qu’une seule, parmi :

Prendre une tuile libre* de l’étage le plus haut et

  • Prendre une tuile libre identique ailleurs
  • Prendre un toit de sanctuaire et le stocker sur son plateau
  • Défausser sa tuile pour prendre un point de victoire

Prendre un jeton de 2 points de victoire, si l’étage le plus bas est entamé.

*Libre = dont un des plus grands côtés n’est pas à côté d’une autre tuile.

Si on prend une tuile ou des tuiles et qu’on ne les défausse pas, on doit les placer face visible sur son plateau individuel en respectant quelques règles de placement. On ne peut par exemple poser une tuile que sur une tuile face retournée ou sur le plateau directement. On ne peut pas non plus poser une tuile sur un toit de sanctuaire et de toute façon, ça ne tient pas, des petits malins ont essayé avant vous.

Et, petit à petit, on construit ainsi sa version miniature d’un château de dragon.

Ah je vois grande prêtresse de Shiryu, c’est super simple en fait !

Sauf que ce n’est pas tout. Si on complète un ensemble contigu orthogonalement de quatre tuiles ou plus, du même type, c’est la fête, la joie et le bonheur dans la maison. Car vous allez ainsi pouvoir ‘consolider’ et engranger les précieux points de victoire qui vous mèneront non pas à la sagesse mais à une victoire bien propre et écrasante sur vos adversaires. Et suivant le type de tuiles, vous allez même pouvoir poser plus ou moins de toits de sanctuaire sur vos tuiles retournées, qui vont vous ramener des points de victoire suivant leur étage. Donc non seulement c’est joli, mais en plus ça vaut des points. Petit pas de plus vers le bonheur.

Ah mais justement, je gagne comment, ô arrière-grand-mère cachée de Demi-Lune ?

Sans rentrer trop dans les détails, on peut noter que le nombre de points acquis dépend du nombre de tuiles consolidées, le nombre de toits de sanctuaire du type de tuiles consolidées. Un ensemble de tuiles consolidées est retourné face cachée, libérant ainsi la place pour y mettre d’autres tuiles. Tout est rappelé sur les aides de jeu, parfaitement claires. Qui sont même suffisamment bien construites pour vous éviter toute multiplication compliquée. Vous voyez que vous avez bien fait de rester.

La fin de partie est entraînée soit par l’épuisement des tuiles disponibles dans le château du dragon, soit par l’épuisement des jetons de 2 points de victoire, ce qui permet de contrôler le rythme de la partie et de la clôturer quand on sent qu’on a plus de points que les copains.

Quant aux pouvoirs et aux objectifs, ils sont utilisables en cours de partie pour les premiers, moyennant l’abandon d’une tuile de son plateau, et en fin de partie pour le décompte des points, pour les objectifs.

D’accord, je prends des tuiles, je les pose, je les retourne et je marque des points. Et mon Marmot, dans tout ça, il s’en sort ?

Oui, s’il est suffisamment vieux. Parce que trop jeune, le marmot va bien évidemment comprendre les règles, mais la subtilité du choix des types de tuiles en fonction de l’allure du château du dragon, de ce qui est disponible ailleurs va lui échapper. Parce que même à 8 ans (ou 42), le contrôle de la fin de partie avec les jetons de points de victoire est subtil. Parce que le concept de tuile identique, que ce soit à 8 ans ou à 42 n’est pas forcément évident, tant certaines tuiles se ressemblent. Mais cela vient vite avec l’habitude, rassurez-vous. Et enfin, parce que le blocage des copains en prenant telle ou telle tuile plutôt qu’une autre est tout à fait retors. Je ne doute pas que ma hyène de 13 ans y excelle, d’ailleurs.

Ok, j’ai compris, pas les tous petits, même s’ils auront envie de manger les tuiles. Mais sinon, toi tu as aimé ?

Oh que oui, c’est d’ailleurs un de mes favoris du moment, que je ressors plus souvent que les autres. Et croyez-moi, pour moi, ça veut dire quelque chose.

Ce que j’aime dans ce jeu, c’est la possibilité de passer un moment calme, esthète presque, pendant la partie. Il ne s’agit pas ici d’un jeu bourrinement (oui j’invente des mots si je veux) frénétique, mais d’un jeu contemplatif, où l’on observe ses tuiles petit à petit construire une cité, avec ses gouffres et ses toits, avec des couleurs vives et une belle dominante de blanc.

Ce côté esthète ne doit néanmoins pas vous faire oublier qu’on est ici pour la gagne, et tout en gardant un œil sur le bel empilement que vous créez chez vous, vous ne devrez pas manquer de pourrir les petits camarades. Un affrontement, donc, mais policé, fourbe, mais joli. Tout ce que j’aime.

J’emprunte ici la description de la personne qui m’a fait découvrir le jeu : « Azul meet le MahJong », ce qui, pour une demi-asiatique comme moi, qui aime beaucoup le matériel d’Azul et a joué au MahJong pas mal dans sa jeunesse, était particulièrement attractif.

L’avis de Plateau Marmots

Dragon Castle réussit à nous entraîner dans un univers poétique, calme et contemplatif, tout en offrant une interaction subtile sans coups directs. On entendra fréquemment des plaintes en cours de partie, à la « oh mais pourquoi tu me piques mes vents, vilaine ! » et cela sera particulièrement réjouissant pour le ou la vilaine en question (« parce que je peux »).

Vous prendrez plaisir à voir se dessiner votre cité et à embêter vos Marmots, copains et même tata Janine, qui ne devrait pas avoir non plus de difficulté à jouer, tant le jeu est accessible et beau.

Et, on dira ce qu’on voudra, mais la manipulation du matériel, c’est juste la cerise sur le gâteau, le brin de coriandre sur votre plat de poulet sauté à la citronnelle.

On aime :

  • Les tuiles et les dessins
  • La rejouabilité avec les différents pouvoirs, les différents objectifs, la possibilité de changer la configuration du château du dragon
  • L’accessibilité des règles
  • La durée courte de parties qui vous fera peut-être les enchaîner
  • Y jouer sur fond de musique traditionnelle chinoise

On aime moins :

  • Les plateaux un peu fins
  • Le thé au jasmin n’est pas fourni dans la boîte
  • J’ai loupé le goodie sac à tuiles à Essen

Fiche Technique

Un jeu de Lorenzo Silva, Hjalmar Hach et Luca Ricci
Illustré par Cinyee Chiu
Édité par Horrible Games & Edge
Pour 2 à 4 Joueurs
Dispo chez Philibert

Pour aller plus loin :

Après quelques parties, vous pourrez vous inspirer des suggestions de nouvelles configurations de château du dragon et moduler le nombre de cartes pouvoirs et objectifs, changeant ainsi la physionomie de la partie. Pour ma part, j’en suis à 5 parties à 2 joueurs en mode de base, pour débutant, et je ne m’en lasse toujours pas comme ça.

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