Test – Dragon Ranch

Je savais que ce stage était trop beau pour être vrai. “Allez garçon, tiens le coup une semaine, et on te file direct un CDI”, qu’ils m’ont dit. “La vie au grand air, c’est la santé”, qu’ils m’ont dit. Le travail, c’est vrai, il est pas compliqué : il suffit de nourrir le bétail. Un peu de mandragore dans une charrette, on ouvre la cage des griffons, et on leur donne à manger. Et quand ces derniers sont bien nourris, hop, ce sont eux qui vont dans la charrette et qui servent de repas aux autres bestioles. Sur le papier, rien de compliqué, vraiment. Mais en pratique, quand il a fallu choper le griffon pour le mettre dans la carriole, ça a pas été une partie de plaisir, je vous assure. Je sais désormais d’où ils tirent leur nom. Et pis la blague, c’est que je ne savais pas trop à qui était destiné le griffon, voyez. Quand je suis entré dans la cage (enfin je devrais dire, le hangar) de la bestiole et que cette dernière m’a regardé de haut en bas, ça m’a fait quelque chose. Surtout quand elle m’a souri en me disant de sa bonne voix gutturale : “Bonjour, viande, je m’appelle Smaug”. Bon, tout va bien, hein ! J’ai couru assez vite ce coup-ci. Mais quatre repas par jour… je le sens moyen ce job.”

Dragon Ranch est un jeu de stratégie signé Guillaume Pelletier et illustré par Vincent Prou. Édité par Azao Games, le jeu s’adresse à 1 à 4 joueurs, à partir de 8 ans.

La dure vie quotidienne de Lady Ramkin

Dragon ranch est donc un jeu dans lequel vous allez devoir tenter d’obtenir le meilleur élevage de dragons possible, au terme de deux saisons. Mais on n’élève pas un dragon comme on fait pousser des laitues. Il faut en effet se préoccuper de son installation, de sa nourriture (et de la nourriture de sa nourriture) et de sa vie amoureuse. Il faudra prendre des décisions douloureuses et effectuer des choix stratégiques (quitte à laisser certaines de vos bestioles crever de faim) afin de remplir des objectifs précis.

Cela fait pas mal de choses à gérer et, autant vous prévenir de suite, votre première partie sera un peu laborieuse. Accrochez-vous aux écailles cependant : le plaisir de jeu est au rendez-vous ! Il faudra juste laisser le temps à vos marmots d’assimiler le jeu petit à petit. Les aides de jeu (conséquentes !) seront donc indispensables au début, avant de glisser vers une maîtrise de la partie, intuitive et, disons-le d’emblée, vraiment agréable. Ne vous inquiétez pas, donc : un mode de jeu light est préconisé pour découvrir l’élevage de dragons par la pente douce.

Ranch tes affaires !

Pour débuter ce tour d’horizon, une visite du ranch s’impose. Le jeu propose en effet un matériel conséquent, plutôt varié. Un plateau de jeu central fera office de piste de score, tandis que tout sera géré au travers de cartes et jetons. Attention : l’ensemble peut volontiers tiédir le parent frileux qui sort tout juste d’une émouvante partie d’1, 2, 3 prout!. L’aide de jeu recto verso à elle seule donne l’impression qu’on se lance dans un jeu aux multiples paramètres qui risque à tout moment d’échapper à tout contrôle. Ce n’est pas le cas, évidemment, mais je préfère prévenir. 

Ne vous laissez pas impressionner, donc. Dragon Ranch est loin d’être un jeu complexe, il faudra simplement consentir d’y sacrifier quelques tours pour prendre ses marques. Un marmot de 8 ans s’en sortira sans souci après quelques minutes de jeu si l’on prend soin de commencer par le mode de jeu le plus simple, que l’on va de ce pas expliquer ici.

La chaîne alimentaire

Pour débuter, posons les bases.

Les dragons mangent des griffons.
Les griffons mangent des mandragores.
Les mandragores passent de sales journées.

Le but du jeu consiste donc à développer son élevage de dragons en parvenant à les nourrir (et en nourrissant leur nourriture, donc) mais aussi en organisant leur reproduction. Le jeu se joue en deux manches (ou saisons), et chacune va être rythmée de la même manière :

  • développement
  • nourrissage
  • reproduction

Full de griffons et fermiers ! 

Pour développer son élevage, on procède à des combinaisons de cartes. Ces dernières sont distribuées lors de la mise en place (5 par joueur) et peuvent représenter des dragons, des griffons, des mandragores ou des fermiers. 

L’idée générale, c’est d’associer par deux les valeurs identiques pour obtenir un jeton correspondant. Deux cartes mandragore permettent, par exemple, d’obtenir un jeton mandragore. Et si vous ajoutez un (ou plusieurs) fermier(s) à votre paire, tadam, vous obtenez alors un jeton par carte fermier ajoutée.

Pour vous donner un exemple :  deux cartes mandragore rapportent un jeton mandragore, deux cartes mandragore et trois cartes fermier rapportent quatre jetons mandragore.

Dans le cas des dragons, les associer permet d’obtenir des oeufs de niveau 1 (et là aussi, les fermiers ajoutent des œufs supplémentaires).

Pour transformer un œuf en dragon, il faut associer une carte dragon et une carte mandragore. Le jeton est alors retourné sur sa face dragon. D’autres combinaisons permettent également d’obtenir des lingots d’or ou de faire monter un œuf au niveau supérieur, mais ne vous souciez pas de cela pour l’instant.

Autres options…

Lorsque c’est son tour, un joueur peut toutefois décider de ne réaliser aucune association, auquel cas il peut piocher une carte et obtenir un jeton lingot d’or. Il peut aussi se défausser de deux cartes pour obtenir deux nouvelles cartes et un lingot.

L’intérêt immédiat des lingots, c’est qu’ils peuvent remplacer n’importe quelle carte de votre choix, et vous pouvez en utiliser jusqu’à deux par tour. Bref, si votre poisse habituelle vous empêche de piocher cette mandragore si nécessaire, vous pourrez toujours en acheter. 

Après son tour, chaque joueur pioche assez de cartes pour reconstituer sa main, et on procède ainsi, de joueur en joueur, jusqu’à épuisement de la pioche. À ce moment précis de la phase de jeu, chacun devrait alors avoir, devant lui, une poignée de jetons mandragore, griffon et œuf de dragon.

À taaable !

La seconde phase de la saison est celle de la nourriture. Chaque griffon présent mange un jeton mandragore. Si un griffon n’a rien à becqueter, il est défaussé.  

Chaque dragon présent dévore ensuite un griffon du ranch. De la même manière, tout dragon non nourri est défaussé, bim.

Vous comprendrez alors l’importance de la mandragore dans le jeu. Sans elle, pas de bestioles. Et n’essayez pas de refourguer aux griffons des croquettes aux farines animales : ils le prennent assez mal. La nourriture est le nerf de la guerre. Il faudra donc anticiper au maximum, au risque de perdre tous vos dragons.

Mais ceux qui auront survécu à cette phase tragique (mais marrante) sont ensuite conviés à un peu de détente.

Mets-moi le feu, chéri !

Il est maintenant possible d’associer des jetons pour en obtenir de nouveaux. Ne me demandez pas concrètement comment font les bestioles pour se reproduire, vous pourrez aller mater des vidéos sur Dragonporn. En terme de jeu, en revanche, la démarche est logique et intuitive : 2 jetons mandragore ou griffons associés permettent d’en obtenir un troisième du même type.

Et quand deux dragons se rencontrent, hop, cela fait un œuf. Mais on peut aussi décider d’associer un dragon à un œuf, ce qui permet de transformer l’œuf (couvé, donc), en dragon.

Mais attention les amis : si le premier câlin est gratuit, les autres sont payants. Eh oui, la vie sexuelle est tarifée dans le Ranch. Il faudra donc débourser vos précieux lingots d’or pour chaque association supplémentaire. Chaque jeton ne peut évidemment être utilisé qu’une seule fois, et les nouveaux jetons obtenus devront bien évidemment attendre la seconde saison pour être associés.

Et maintenant, on se repose…

Une fois l’accouplement terminé, les dragons, griffons et mandragores se reposent. C’est la fin de la saison. À la fin de la seconde saison, celui qui aura le plus de points l’emporte.

  • Chaque dragon de niveau 1 rapporte un points.
  • Chaque dragon de niveau 2 rapporte deux points.
  • Chaque dragon de niveau 3, ô surprise, rapporte trois points. 

Facile, non ? Vous voyez, je vous avais bien dit que ce ne serait pas compliqué ! Ceci est le mode de jeu avec lequel vous allez découvrir le jeu et jouer vos premières parties avec vos marmots de 7 – 9 ans.

Et ensuite, hop, vous allez pouvoir, doucement, tranquillement, monter en gamme. 

Dragon Fury

Parce qu’on ne vous a pas tout dit, bien évidemment. Figurez vous que lorsque vous faites passer un dragon de niveau 1 vers le niveau 2, bah vous pouvez choisir sa couleur. Et sa couleur, comme vous l’aurez compris, n’est pas que cosmétique. Elle permet en fait d’identifier quels sont ses pouvoirs. Craque dragon, en effet, peut déclencher un effet spécial. Je ne vais pas vous les détailler ici, mais en gros chaque éclosion d’œuf permet d’obtenir un jeton, en fonction de la couleur du dragon. Un lingot pour le dragon jaune, un griffon pour le dragon bleu, etc.

Celui qui parvient à faire éclore un dragon de niveau 3 aura même le privilège de pouvoir aller chourer le jeton de son choix chez un adversaire, ce qui permet de créer un peu d’interaction bienvenue dans les parties.

Pouvoirs et médailles

Une fois maîtrisé, le jeu peut encore s’enrichir de cartes pouvoirs bleues ou rouges, qui interviennent directement sur le cours du jeu et que l’on peut choisir (parmi 4, disposées face visible en début de partie) à chaque éclosion d’oeuf.

Les cartes bleues déclenchent des effets de jeu (possibilité de jouer deux combinaisons pendant un tour, vol de lingot à un adversaire, etc.) qui vont eux aussi être la véritable source d’interaction entre les joueurs tout au long de la partie. Les cartes rouges, quant à elles, vont vous permettre de remporter des points de victoire supplémentaires si les conditions exigées par la carte sont remplies.

On retrouve un peu ce même principe dans les médailles, jetons que vous dévoilez en début de partie et qui vont vous inciter à conditionner la saison en cours. La médaille mandragore récompensera par exemple celui qui en a cultivé le plus, la médaille lingot le joueur le plus riche, etc. Seul problème, seules deux médailles sont dévoilées au début de chaque saison. Si vous êtes 3 ou 4 joueurs, ça va bastonner sévère pour les obtenir.

En fin de saison, chaque médaille obtenue rapporte en effet trois points. Chaque carte “pouvoir rouge” accomplie, de son côté, rapporte entre 1 et 2 points, et peut scorer dès la première saison (et compter double, donc).

Petit dragon deviendra grand

Une fois ce tour d’horizon effectué vous aurez une bonne idée, du moins je l’espère, des étapes de la gestion d’un ranch de dragons. Si cela vous a paru indigeste d’un seul bloc, vous verrez que les règles sont plutôt bien rédigées et détaillées, ce qui permet de découvrir les choses petit à petit.

Bien évidemment, Dragon Ranch n’a rien d’un jeu explosif où l’on s’envoie des boules de feu dans la tronche, et il sera donc nécessaire de s’embarquer avec des marmots intéressés par la découverte d’un jeu 100% stratégie. Si vous avez suivi nos conseils et que vous les avez déjà nourris au Farmini, Catane Jr et Micropolis, ils seront fin prêts pour cette nouvelle expérience, sans doute un cran au dessus, mais avec des possibilités stratégiques très intéressantes.

Comme tout jeu de développement, cela dit, il va de soi que l’essentiel des parties se fera un peu chacun dans votre coin, sans grande interaction entre les joueurs. Dragon Ranch fait toutefois un peu mieux que les autres, avec ses pouvoirs qui permettent d’aller semer la zizanie dans les tokens de l’adversaire. Mais l’essentiel du jeu est bien évidemment ailleurs.

L’avis de Plateau Marmots

Dragon Ranch est donc un excellent jeu qui permet de s’initier en douceur, et graduellement, aux jeux de stratégie familiaux. Un peu touffu de prime abord, il déroule ensuite son univers avec un humour noir tout à fait charmant. On apprécie plus que tout le large éventail de possibilités de scoring, qui permet de se spécialiser assez vite et de réaliser des combos assez fulgurants. Il faudra bien entendu savoir optimiser sa pioche de cartes et esquiver les sournoises attaques des adversaires pour mener son élevage à bien, mais c’est à cela qu’on reconnaît les meilleurs éleveurs.

Si le jeu nous a tout à fait convaincus, on aurait toutefois apprécié qu’un événement aléatoire (grippe aviaire, mauvaise récolte, chasse aux dragons, grève des fermiers) puisse survenir en début de seconde saison, histoire de bousculer davantage encore les stratégies amorcées. Et pour les joueurs débutants, un tapis de jeu n’aurait pas été superflu, histoire de les aider à organiser leur ranch.

On aime beaucoup, en revanche, que le jeu nous propose un mode solo (à télécharger sur le site), qui permet de s’entraîner en douce.

Au final, Dragon Ranch est un excellent jeu de stratégie, accessible et riche en possibilités,  qui permettra de lancer nos marmots sur la pente savonneuse du genre… et de le regretter amèrement quand ils joueront un combo bien placé qui détruira vos précieuses réserves de mandragore. Les sagouins.

On aime

  • Un vrai jeu de stratégie
  • Un univers original et sympatoche
  • Découverte progressive
  • Les interactions avec les adversaires
  • Les vastes possibilités d’optimisation de sa pioche
  • Mode solo et difficulté ajustables

On aime moins

  • Chacun joue un peu dans son coin
  • Un tapis de jeu aurait été parfait

Fiche Technique

Un jeu de Guillaume Pelletier
Illustré par Vincent Prou
Édité par Azao Games
Pour à 1 à 4 joueurs
A partir de 8 ans.

Dispo chez Philibert

La règle solo est dispo sur le site de l’éditeur : http://azaogames.com/boutique/dragon-ranch/


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2 pensées sur “Test – Dragon Ranch

  • 24 novembre 2018 à 17 h 55 min
    Permalink

    Bonjour,

    Merci à vous pour ce super article. Un retour positif fait toujours plaisir. En plus, vous allez même jusqu’à nous donner des idées pour des mini-extensions 😉 .

    Bonne continuation,

    Guillaume Pelletier

    Répondre
    • 24 novembre 2018 à 22 h 50 min
      Permalink

      Bonjour,

      merci pour le commentaire !

      Répondre

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