Test – Dragon’s Cave

Il semble acquis que les nains sont des créatures cupides, assoiffées de richesses, qui n’hésitent pas à farfouiller dans les cavernes de dragons pour chourer le maximum d’or. Il semble tout aussi inscrit dans le mithril que les dragons sont loin de se laisser faire et qu’ils seront prêts à de nombreuses roublardises pour protéger leur trésor. Bref, dans cette course à la vénalité de bon aloi, qui sera le plus fourbe ?

Dragon’s Cave est un jeu de Marco Teubner, déjà apprécié ici pour de nombreux jeux franchement réussis. Il s’agit d’un jeu de bluff et de stratégie gentille, pour savoir qui sera le plus riche des nains à la fin.

Illustré par Stivo et Sylvain Aublin, le jeu s’adresse à 2 à 4 joueurs, à partir de 7 ans.

Hey ho, Hey ho !

Des nains, donc. Dans une montagne presque déserte, et remplie d’or. Un dragon, donc. Bien décidé à ne pas les laisser piller ses propres pillages. Vous me rajoutez un arkenstone, un magicien et un hobbit, et vous avez de quoi me lancer une saga à haute durée de vie. Mais point de magie ou d’anneau ici : juste quatre baroudeurs qui vont taquiner du reptilien fantasy dans un jeu de bluff et de déduction qui nous avait déjà fait de l’œil à Cannes. Et ne vous leurrez pas : point d’affrontement épique et de passe d’armes dont on parlera dans les livres d’Histoire. Juste une histoire de gros sous, d’or, de pognon et de flouze. Et honnêtement, c’est précisément ce à quoi on a envie de jouer en ce moment.

L’or des braves (petits nains)

On va commencer tout de suite par LE petit bémol qui agace à l’ouverture : la taille du plateau de jeu, clairement pensé pour des adultes. Chez les marmots, on aime avoir de la place et pouvoir bouger nos pions sans trop risquer de dégommer ceux des voisins. Ici c’est un peu chiche, même si les plus optimistes vous diront que c’est moins prétentieux et plus transportable. Certes. Mais un grand plateau, ça pète plus, on maintient. Les marmots, ça s’excite, ça bouge la table, et ça renverse les pions. Plus le plateau est grand, plus vous avez de chances que le pion retombe dans sa case initiale. C’est du ludique quantique.

C’est d’autant plus notable que le reste du matériel est exemplaire : des jetons en bois, des cartes choupinettes et des coffres/tirelires qu’on a déjà envie de remplir avec l’oseille draconique. Non vraiment, le tout tient très bien la route, mais on aurait justement aimé plus d’ampleur et de prétention. Parce que, quitte à vous spoiler la fin de ce test bouleversant, Dragon’s Cave n’est pas un petit jeu, tant s’en faut.  

Une cave fort colorée 

Le plateau de jeu représente donc la grotte du dragon, parsemée de petites marches colorées. Chaque marche est ornée d’un symbole ainsi que d’un nombre, plus ou moins élevé, de pièces d’or. On retrouve ces symboles sur les cartes des nains, chacun bénéficiant d’un set de cartes identiques. Chaque set est composé de 6 cartes : pioche, joyaux, ossements, lanterne, chauve-souris et coffre. Les 5 premières cartes déterminent la prochaine case sur laquelle le nain va se rendre au cours de son tour, le coffre, quant à lui, lui permettra de « banquer » la caillasse ramassée.

Certaines cases du plateau (celle des joyaux, notamment), ont souvent tendance à contenir plus d’or que d’autres. Ce sera un élément à prendre en compte pour chacun de vos déplacements, que vous soyez nain… ou dragon.

Dragon es-tu là ?

Pour jouer, il faut aligner vos nains sur la case départ et accepter d’emblée que chacun à tour de rôle va incarner le dragon pour piéger les petits camarades. C’est dégueulasse, certes, mais il faut bien freiner les ardeurs monétaires de vos adversaires. Cela signifie que, lorsque vous jouerez à 4, par exemple, seuls 3 nains se déplaceront à chaque tour. Le rôle du dragon sera ensuite transmis à votre voisin de table, et vous serez enfin libre de vos déplacements.

Foi de nain, ça sent le mithril !

Pour jouer, chaque joueur (sauf le dragon) prend son set de cartes et en choisit une, qu’il place devant lui face cachée. On l’a dit : chaque carte détermine la prochaine case du nain, proposant plus ou moins de pièces d’or (de 0 à 4). Une fois que chaque joueur a choisi sa destination, le dragon choisit alors quelle couleur de case il souhaite piéger et place le jeton dragon sur la case correspondante, en haut du plateau.

Tous les nains révèlent alors la carte choisie pour le tour. Si la case est d’une couleur différente de celle choisie par le dragon, il peut s’y rendre sans problème. S’il y en a, il peut prendre le nombre de pièces d’or indiqué et les placer dans sa bourse, devant lui.

Ça, c’est le bon scénario.

« T’as bougéééé ! »

Dans l’autre cas, un peu comme dans une partie frénétique d’1, 2, 3 soleil, le dragon se retourne précisément au moment où vous bougez. Concrètement, si le dragon devine quelle était votre case de destination, il va se passer deux choses désagréables.

La première, c’est que dans la surprise, vous allez prendre la fuite non pas sur la case de la même couleur qui était devant vous, mais sur celle qui était derrière vous. Bref, vous reculez.

La seconde, c’est que vous risquez de perdre une partie de l’argent contenu dans votre bourse. Partagez toutes les pièces de votre bourse (pas de votre coffre !) entre vos deux mains. Mélangez-les comme bon vous semble, et tendez vos poings fermés au dragon. Ce dernier choisit l’une de vos mains et récupère les pièces qui s’y trouvaient.

Bref : le dragon va semer la zizanie dans vos rangs. Une précision d’ailleurs : du fait du mouvement des nains, certains peuvent se rendre sur des cases différentes de la même couleur. L’effet du dragon s’applique bien évidemment sur TOUTES les cases de la couleur concernée.

La fin de partie survient dès qu’un nain atteint l’antre du dragon. Pour déclarer la partie finie, il faut choisir l’une des 5 cases du dragon (et s’assurer que le dragon ne fasse pas le même choix, évidemment).

Ce joueur gagne alors 4 pièces d’or supplémentaires, pour récompenser sa témérité. On fait alors le compte de l’or cumulé dans le coffre et dans la bourse de chaque nain. Le vainqueur est bien évidemment le plus riche.

Une main de cartes pleine de subtilité

Revenons maintenant sur un détail qui fait le piquant des parties… Chaque nain, vous l’avez vu, dispose de 6 cartes. Une par case, et une pour le coffre. Oui, mais voilà, quand un joueur pose une carte devant lui, il ne la récupère pas ensuite. Hééééééééééé non ! Il n’aura plus accès à cette couleur de case tant qu’il n’aura pas reconstitué sa main. Cela signifie donc qu’après un ou deux tours de jeu, le dragon a une assez bonne idée de l’endroit où chaque joueur risque d’atterrir… et donc de pouvoir le piéger en conséquence. C’est tout le fun de la partie, en fait. Car lorsque les options des joueurs se réduisent, celles du dragon augmentent considérablement. Chacun jouant pour soi, il est bien évidemment interdit de se concerter…

Pour reconstituer sa main, il y a deux options : banquer (jouer la carte coffre), ou se faire gauler par le dragon. Ce sont les seuls cas qui vous permettront de récupérer l’intégralité de votre liberté de mouvement.

Les nains, contrairement à ce qu’on imagine, n’avancent pas groupés. Au maximum, il n’y en a que 3 qui bougent par tour, et encore, s’ils ne banquent pas. Cela crée assez vite un étirement du peloton, avec un effet aussi pervers que rigolo, puisque chaque carte jouée déplace le nain vers la prochaine case devant lui, mais le souffle du dragon renvoie les nains dans le sens inverse.

L’avis de Plateau Marmots

Dragon’s Cave est donc un jeu de stratégie, de déduction et de bluff, idéal pour s’initier au genre à partir de 6-7 ans. Les cartes jouées au fur et à mesure permettent de déduire la destination probable des nains, et il va falloir procéder par élimination pour repérer les bourses les plus remplies afin de traquer les imprudents qui n’auront pas banqué à temps. Autant vous le dire tout de suite : on recommande chaudement ce jeu, source de jolis moments de tension et de gros fous rires. La stratégie light convient parfaitement aux marmots, qui aiguisent ici leur sens de la déduction et de la fourberie. Les possibilités de déplacement fondent comme neige au soleil et donnent de gros indices sur la suite de la partie, ce qui promet souvent des finals enflammés. C’est véritablement un jeu à la fois simple et parfait dans le genre, qui aurait sans doute mérité un traitement plus « classieux » tant il nous a convaincus. On vous le dit en toute sincérité : il serait vraiment dommage de passer à côté si vous appréciez les petits moments de bluff en famille, ou si vous souhaitez initier vos marmots en douceur à la redoutable cupidité des nains et des dragons. On aime !

On aime

  • Du bluff/déduction pour marmots vraiment excellent
  • Franchement joli
  • Le rôle “tournant” du dragon
  • Les nains qui partent en courant
  • La main de carte qui s’épuise à chaque déplacement

On regrette

  • On aurait voulu un plateau plus grand…
  • …et en 3D…
  • …avec un dragon qui crache des vraies flammes…
  • …et des cartes dans des boosters à collectionner.
  • Un peu plus d’ambition, quoi ! 🙂

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Fiche Technique

Un jeu de Marco Teubner 
Illustré par Stivo et Sylvain Aublin
Pour 2 à 4 joueurs
A partir de 7 ans.

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