Test – Fabulia

Il y a des jeux qui marquent, dès qu’on les a en main. Comme le pressentiment que l’on s’apprête à découvrir quelque chose d’exceptionnel. Ça peut être lié à un visuel, à un thème, une mécanique ou un nom… Et parfois tout ça à la fois. Après trois ans de tests, il est bon de pouvoir encore et toujours ressentir un tel frisson à l’ouverture d’une boîte de jeu. Évidemment, cela ne garantit en rien que le jeu sera bon. Plus hautes sont les attentes, plus grand est le risque d’être déçu. Mais parfois, rarement sans doute, les éléments s’alignent à la perfection et donnent naissance à un grand jeu. Voire plus encore : un jeu indispensable. Et c’est sans aucun doute le cas ici.

Cela n’est évidemment pas le fruit du hasard. Il y a des éléments auxquels les rédacteurs de Plateau Marmots sont particulièrement sensibles et réceptifs. Je vais lister, un peu au hasard, quelques caractéristiques de Fabulia, et vous comprendrez pourquoi ce jeu avait, sur le papier, tout pour nous plaire.

Un jeu narratif. Compétitif ET coopératif. Livre d’histoires. Système de votes. Lecture et expression orale. Contes loufoques et palpitants. Deux niveaux de difficulté. Illustrations sublimes. Création : Marie et Wilfried Fort. Et bim ! Autant vous dire que si un jour on devait se lancer dans la création de jeu de société,il y aurait fort à parier que l’on retrouve ce genre de création, tant cette démarche narrative et poétique nous touche.

Et vous alors ? Vous êtes tentés ? Alors ensemble, ouvrons le livre…

Fabulia est un jeu de Marie et Wilfried Fort, édité par Lifestyle Boardgames. Il se joue de 2 à 6 joueurs, dès 4 ans.

L’heure du conte…

Fabulia vous envoie du rêve dès que vous avez la boite entre les mains. Vraiment. Cette dernière reprend le look d’un vieux livre d’histoires aux pages longtemps tournées, dont s’échappent des petits animaux amusants. Les illustrations de couverture sont magnifiques et donnent immédiatement envie de se plonger dans le jeu. la couverture met en scène Wilfried et Marie, deux enfants rêveurs sur le point de vivre une formidable aventure, et dont on reconnaîtra sans mal les traits facétieux des auteurs.

Dans la boîte, on a le plaisir de découvrir un livre de contes. Mais les pages sont vierges de toute histoire, il va donc falloir y remédier ! Là aussi les illustrations envoient immédiatement du rêve, et les grosses pages cartonnées pourront être manipulées sans crainte par des enfants de tous âges. À chaque page, on s’amuse de la présence de pochettes transparentes, signe que les pages seront bientôt porteuses de mots… et de héros.

Où sont-ils ces héros ? Où se cachent nos histoires ? Pas de panique : tous nous attendent bien évidemment dans la boite, sous forme de decks de cartes distincts. Comptez 80 cartes pour les personnages, et une quarantaine pour les histoires (sachant qu’ici les cartes sont recto verso).

La boîte contient également un magnifique marqueur de score et des jetons de vote, qui seront la mécanique essentielle du jeu.

Mais j’appuie sur PAUSE un petit instant, ne serait-ce que pour vous indiquer qu’en dépit du matériel listé, Fabulia peut en fait devenir exactement ce que vous souhaitez qu’il devienne. Vous pouvez jouer en suivant les règles, évidemment, mais aussi les ignorer totalement pour raconter des histoires et laisser les marmots en imaginer une partie. Vous pouvez jouer en compétitif (de préférence à partir de 6 ans), en coop’, ou juste vous laisser happer par la narration et bricoler une règle sympatoche pour vous donner une excuse d’interpréter les histoires. Ce jeu est un fantastique bac à sable pour partir à l’aventure, et les marmots n’ont pas eu besoin de plus d’une partie pour prendre Fabulia à leur compte et inventer de nouveaux modes de jeu… quand ce n’étaient pas de nouvelles histoires !

Des histoires, vous allez donc en raconter. Et vous allez pouvoir le faire comme bon vous semble. Que vous soyez parent, ludothécaire, professeur des écoles ou éducateur, Fabulia est une fantastique mine d’or pour échanger, commenter et explorer les histoires, en les prenant par un bout original : celui des personnages.

Des histoires… et des héros !

Dans Fabulia, le but n’est en effet pas d’inventer des histoires, mais d’en trouver les héros. Les histoires se composent d’un deck de cartes, proposant chacune 7 chapitres. Il y a, en tout, 10 histoires. Certaines comportent un peu plus de cartes que d’autres dans la mesure où il y aura des embranchements à suivre, et les joueurs devront se mettre d’accord pour savoir quelle voie emprunter.

Les personnages, quant à eux, sont systématiquement des animaux. Il y en a 80 différents, ce qui permet d’assurer une jolie rejouabilité au jeu, en dépit de son caractère narratif. Le bestiaire couvre l’ensemble des continents, avec des insectes, des animaux marins, des mammifères, des reptiles, etc. Un véritable petit livre de la jungle !

Il était une fois…

Quel que soit le mode de jeu retenu, le jeu commence en plaçant le chapitre 1 de la carte de l’histoire choisie dans le livre de conte. Les cartes s’insèrent dans des petites pochettes transparentes, collées sur chaque page. On distribue ensuite 5 cartes à chaque joueur, et on pioche la carte suivante, qu’on insère en regard de la première carte histoire. Ce sera le personnage principal de ce début d’aventure.

Le narrateur lit alors la première carte histoire, puis la seconde, qu’il place également dans le livre. Vient alors le moment du choix pour déterminer qui sera le personnage de ce second chapitre. Les joueurs (narrateur compris) choisissent l’une de leurs 5 cartes et la confient face cachée au narrateur.

Comment déterminer que votre animal serait le meilleur pour incarner le personnage de l’histoire ? Tout simplement en faisant appel à votre sens de la logique, à votre connaissance de certaines caractéristiques des animaux, ou juste parce que vous aimez cet animal et vous le verriez bien dans le rôle. L’histoire, évidemment, présente sommairement chaque personnage. Le pêcheur de perles a le regard perçant. Le fouineur habile est doué pour se cacher et le farceur espiègle aime faire des blagues. Quel sera, selon vous, l’animal le plus apte à remplir ces fonctions ? 

Une fois votre carte donnée au narrateur, ce dernier les mélange alors toutes, et les place face visible sur le plateau de jeu. Chaque joueur doit alors voter pour le personnage qui lui semble le plus approprié (mais pas pour le sien !) en utilisant un jeton face cachée. Tous les votes sont résolus simultanément et les points sont distribués dans la foulée.   

Celui qui a joué la carte retenue par les votes, et ceux qui ont voté pour lui, marquent des points. On enchaîne ensuite avec une autre carte chapitre de l’histoire. À la fin du récit, celui qui a le plus de points gagne la partie. On pourra alors relire tous ensemble l’histoire, en inventant peut-être des détails sur les personnages maintenant que leur rôle a été attribué. Ce sera alors le point de départ d’instants narratifs particulièrement intéressants avec les marmots, puisqu’ils ont activement participé au casting !

C’est en tout cas la base du mode compétitif, tout à fait réjouissant. Mais ce n’est là qu’une petite partie de l’aventure…

Tous ensemble dans l’histoire !

Le mode coop’ permet de jouer tous ensemble sans ressentir la pression de faire mieux que son voisin. Le principe du jeu est totalement le même, à ceci près qu’au moment du vote, le narrateur pioche autant de cartes que de nécessaire pour atteindre un total de 6 cartes avec celles des joueurs. Toutes les cartes sont mélangées face cachée et disposées pour le vote. Si une majorité de votes désignent une carte d’un joueur, tous les joueurs marquent des points, sinon c’est le jeu lui-même qui score. Évidemment, il sera interdit de communiquer au moment du vote, afin de ne pas pouvoir différencier les cartes piochées de celles jouées par les joueurs. À la fin de l’histoire, si les joueurs ont plus de points que le jeu, ils l’emportent.

Et pour les plus petits, Fabulia oublie le score et se concentre avant tout sur les histoires. Le jeu est le même, bien sûr, mais c’est sa partie narrative qui est conservée avant tout. L’idée est ici de rendre les histoires le plus interactives possible en parlant des personnages et en leur donnant un caractère plus étoffé, ce qui est très agréable à jouer. Chacun explique donc son choix de personnage et le groupe se met ensuite d’accord pour déterminer qui doit faire partie de l’aventure. Un mode de jeu que l’on adore, car les enfants sont incités à la parole et à défendre un choix.

10 histoires et… l’aventure continue

J’arrête immédiatement les parents grincheux qui s’effraieront de la rejouabilité en mettant en avant qu’il n’y a « que » 10 histoires à jouer. Chaque histoire est composée de 7 cartes, c’est-à-dire 7 petits chapitres, et les parents que nous sommes tous peuvent facilement inventer une histoire en 7 paragraphes, qui ferait intervenir 7 personnages différents.

Le jeu devient en effet encore plus amusant du moment où les enfants vivent des aventures personnalisées, dans un cadre qu’ils apprécient. Donc je vois déjà les professeurs des écoles se frotter les mains pour galvaniser la production écrite des marmots : car oui oui oui, Fabulia se prolonge sans mal une fois la dernière aventure finie. D’une part vous n’aurez jamais les mêmes animaux en main pour les histoires existantes, mais surtout vous allez créer vos propres histoires et ce sera encore plus extraordinaire.

Tout ce que l’on pourrait demander, éventuellement, c’est que Lifestyle boardgames nous propose un gabarit print & play friendy pour faciliter l’impression et la découpe de nos cartes à jouer… Et pourquoi pas un concours pour mettre en avant les histoires des marmots… Mais ne vous inquiétez pas sur la durée de vie de Fabulia : elle sera incroyable si vous y mettez un peu du vôtre tant les possibilités d’adaptation sont énormes.

Un livre vierge qui fourmille d’idées

Un exemple ? Facile ! Très vite, nos Marmots ont pris le jeu à leur compte et ont inventé un nouveau mode de jeu. Pour chaque chapitre, une carte personnage était tirée au sort. Chaque joueur devait, à l’oral, expliquer pourquoi ce personnage était bien pour l’histoire, en donnant des détails de son parcours. Au début ils avaient pensé cela comme une variante compétitive (la meilleure histoire gagne 1 point), mais rapidement les histoires se complétaient tellement bien les unes les autres que c’est devenu un mode coopératif improvise et fantastique à jouer.

Beaucoup m’ont déjà demandé de leur écrire des histoires se déroulant dans leurs écoles, ou dans leurs maisons.

On embarque !

Vous l’aurez compris, les sensations de jeu sont excellentes, quel que soit le mode de jeu retenu. En compétitif, on se creuse vraiment la tête pour voter sur l’animal qui risque d’emporter la majorité, en espérant secrètement que les joueurs votent pour votre animal, synonyme de gros points.

À ce titre, les parties sont forcément plus intéressantes entre 4 et 6 joueurs, pour le suspense des votes.

Mais le jeu est aussi très agréable en coopératif, dans une ambiance plus protégée, dans laquelle il est bien difficile de garder le silence au moment des votes.

C’est un jeu clairement conçu pour ouvrir l’imaginaire des enfants, et chaque partie devient volontiers un grand moment de complicité avec les marmots.

Le jeu parfait, donc ?

Meuh non voyons ! Vous savez bien qu’il n’existe pas. Si on veut chipoter, on pourra trouver à redire sur le système retenu par Lifestyle Boardgames pour l’insertion des cartes dans les pochettes. Ce sera toujours préférable qu’un « grand » ne s’en charge, car il y a toujours le risque d’abimer les pochettes transparentes à force de mettre et enlever les cartes.

On aurait volontiers apprécié une règle moins étriquée et plus propice au rêve. La règle est claire et bien écrite, là n’est pas la question. Mais un peu plus d’espace aurait été vraiment préférable pour rester dans l’esprit des contes et de l’imaginaire.   

Il va de soi, enfin, que ce jeu se déguste dans un environnement calme et protégé, c’est-à-dire loin des joueurs de Beyblade et Dr Maboul. Pensez à vous créer un petit cocon avant d’attaquer la partie, et partez au pays des histoires !

Et on a fol espoir, évidemment, de vois arriver d’autres personnages, d’autres histoires, d’autres possibilités pour ce jeu,  qui mérite clairement de faire une énorme carrière.

L’avis de Plateau Marmots

Plongez dans le narratif avec un jeu qui met l’accent sur les personnages autant que sur l’histoire ! Wilfried et Marie Fort signent ici un jeu formidable, une gigantesque source d’émerveillement pour les enfants que nous sommes tous restés. Quel que soit son mode de jeu (compétitif, coopératif ou kid friendly, Fabulia reste simple, fluide, ouvert, agréable, et évoque une douceur sucrée chargée d’imaginaire. On adore, inévitablement, et on s’emploie déjà à créer de nouvelles histoires et de nouveaux modes de jeux. Une excuse, évidemment, pour ouvrir la magnifique boîte encore et encore. Du narratif, du vote, des illustrations somptueuses et une idée très originale… que demander de plus ?  

On aime

  • Un concept original
  • Narratif et poétique
  • Le système des votes
  • 10 jolies histoires
  • Un bac à sable narratif
  • Des illustrations magnifiques

On aime moins

  • Des pochettes un peu fragiles
  • Quelques tournures un peu bizarres 

Le trouver

Chez Philibert

Fiche Technique

Un jeu de Marie et Wilfried Fort
Edité par Lifestyle Boardgames
Illustré par Eugene Smolenceva et Irina Pechenkina
Pour 2 à 6 joueurs
A partir de 4 ans

 

9 pensées sur “Test – Fabulia

  • 22 janvier 2020 à 15 h 33 min
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    Ça donne envie !
    Un apparté : pensez-vous que vos enfants ont plus tendance que d’autres à inventer leurs propres règles ( ou au moins à les bidouiller) car ils vous voient tester des alternatives pour vos tests et/ou qu’ils sont biberonnés aux jeux de société ? Je ne suis pas sûre que tous les marmots arrivent à s’approprier un jeu ainsi, surtout s’il y a peu de joueurs dans leurs familles…

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  • 22 janvier 2020 à 15 h 42 min
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    Bonjour,
    j’avoue ne m’être jamais posé la question. Je les ai toujours vu (mon fils, ses cousins, leurs amis, etc) rapidement bidouiller des règles ou inventer leurs propres jeux. Peut-être que le fait de jouer beaucoup les conditionne à ce qu’est une règle de jeu et leur permet de les adapter, oui.

    c’est surtout l’imagination qui se met en route, en fait. Pas plus tard que hier soir, sur une partie de Ghost Fightin treasure Hunters, Erwann (8 ans) m’a pondu une règle transformant le jeu en dungeon crawler classique (on ouvre une porte, on découvre ce qu’il y a dedans…) tout simplement parce qu’il avait envie de casser du fantôme ^^

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  • 22 janvier 2020 à 21 h 19 min
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    Bonjour,
    Ce jeu semble fabuleux. Est-il vraiment intéressant à 2? Je joue souvent seul avec ma fille de 7 ans et c’est du coup un critère à la maison.

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    • 22 janvier 2020 à 21 h 31 min
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      Hmmm. A deux uniquement vous allez clairement passer à côté d’une grosse partie du jeu, axée sur le vote. C’est plutôt un jeu que l’on vit en groupe, dans lequel on échange autour d’une histoire très simple. Il est jouable à 2 pour son côté narratif, mais vous y perdrez fatalement un peu d’effervescence.

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  • 14 mars 2020 à 7 h 03 min
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    La boîte me fait déjà rêver… J’avaus envie d’acheter ce jeu rien qu’en la voyant… J’en ai parlé à ma dealeuse de jeu préférée qui m’a promis que j’allais l’adorer et à lire votre article, je sais déjà que je vais craquer et qu’il rejoindra ma ludothèque
    ludothèque perso et qu’il sera testé près de mes petits patients !
    Merci pour tous ces tests ! Mais mon banquier vous déteste 🤣🤣🤣🤣

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  • Ping : Fabulia : Ce conte “Fort”midable – Inspired Global Gaming (BE)

  • 23 mars 2020 à 20 h 47 min
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    Bonjour, suite à votre article je me suis empressé d’acquérir Fabulia. Mais…à deux il y a vraiment un souci car comme je ne peux pas voter pour ma carte et mon fils ne peut pas voter pour la sienne….sauf pioche chanceuse d’un animal qui semble convenir pour le rôle on a très peu de votes en commun. On a souvent (3 parties) voter chacun pour la carte de l’autre…Mais il adore c’est le plus important. Moi j’y prends pas autant plaisir que j’espérais… (je pense que je vais changer la règle – on peu chacun voter pour sa propre carte et voir ce que ça donne)

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    • 24 mars 2020 à 17 h 19 min
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      Bonjour,

      Si j’analyse correctement votre message, il me semble que vous essayez de jouer au mode compétitif à deux joueurs, ce qui n’est pas prévu par le jeu.

      Lorsque vous jouez à deux joueurs, vous devez en effet jouer avec la règle spécifique “2 joueurs” présente sur la dernière page. Or, dans cette variante du mode coopératif, vous jouez avec vos deux cartes + 2 cartes piochées.

      Mais à aucun moment il n’est dit que vous n’avez pas le droit de voter pour votre propre carte, tant que vous ne communiquez pas dessus. En effet, dans ce mode, peu importe l’origine du personnage gagnant puisqu’on ne gagne contre le jeu qu’en cas de victoire d’un personnage. Vous devez simplement voter pour le personnage qui risque d’emporter le plus de suffrages, selon vous.

      En revanche, il n’est effectivement pas prévu par la règle de jouer en “compétitif” à deux joueurs.

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      • 28 mars 2020 à 1 h 06 min
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        Merci pour votre réponse. On jouait bien à la version coopérative. Je viens de voir à l’instant, en vous écrivant, l’encadré qui indique qu’on peut voter pour sa propre carte. Comme c’était pas “dans” les règles mais dans un encadré je l’avais raté 2 x!;-) Je me disais bien qu’on avait raté quelque-chose. Désolé j’aurais du relire une 3ème fois avant de vous déranger 😉

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