Test – Forestia

Si l’on connaissait volontiers les jeux Legacy qui ont tendance à s’autodétruire au fil des parties, le concept de jeu qui, au contraire, se construit au fil des années est plus rare. Dans ce domaine, Forestia s’annonce particulièrement prometteur car il propose d’accompagner les marmots pour les premières années d’apprentissage du monde ludique. L’enfant sait différencier les couleurs ? Hop, il peut commencer à jouer. Il commence à entrevoir l’intérêt de jouer une carte plutôt qu’une autre ? Hop, on rajoute une règle et quelques cartes. Le concept est particulièrement séduisant… Est-ce que les sensations sont au rendez-vous une fois le jeu en mains ? Allons faire un tour en forêt pour nous en rendre compte. 

Forestia est un jeu de Pierre Lesieutre et illustré par Régis Torres, édité par Ludomix. Il réunit de 2 à 6 joueurs, à partir de 3 ans.

Entrons dans les sous-bois

Présenté dans une petite boîte bien sympathique, Forestia est un jeu d’une quarantaine de cartes, qui se décline en animaux de la forêt. Chaque carte peut-être de différente couleur (rouge, jaune, bleue, verte, noire, bicolore ou brillante) et présente plusieurs informations : 

  • Un animal (Lapin, hérisson, grenouille, cerf…)
  • Une couleur de fond, que l’on retrouve dans un pictogramme (soleil pour le jaune, fraise pour le rouge…)
  • Un chiffre (entre 0 et 3)
  • Des bougies d’anniversaire (qui correspondent au chiffre). 

L’idée, bien évidemment, c’est de permettre au marmot d’associer le “signe 2” avec les deux bougies. D’une part cela permet d’apprendre à reconnaître les chiffres, et de l’autre cela permet aux daltoniens de jouer sans souci. La volonté pédagogique ne nous semble pas forcément justifiée ici, mais admettons. Le souci, c’est que cette volonté pédagogique a tendance à surcharger les cartes. Et si les dessins des animaux sont plutôt sympathiques, la composition des cartes est parfois plus discutable. Les cartes noires, par exemple, sont un peu trop foncées, et l’effet “brillant” sur les cartes de jokers est un peu raté. On notera en outre que l’épaisseur de ces dernières les rend immédiatement reconnaissables au moment de la distribution des cartes. Dommage. 

Outre les cartes, vous trouverez une poignée de jetons, et la règle du jeu. Cette dernière est lisible et claire : vous saurez jouer dès votre première partie. On notera d’ailleurs l’effort mis en place pour accompagner les parents dans la mise en place des premières minutes de jeu, ce que l’on apprécie tout particulièrement. 

Comme un air de déjà vu ? 

On va immédiatement entrer dans le vif du sujet : Forestia est un jeu qui rappelle fortement le “Uno” de Mattel, lui même étant une simple adaptation du “huit américain”, jouable avec n’importe quel jeu de cartes classique de 54 cartes. Comme dans le “Uno”, Forestia propose de partir d’une carte de base (couleur + animal) qu’il faudra recouvrir d’une autre carte qui peut être : 

  •  un autre animal de la même couleur
  • le même animal dans une autre couleur
  • un joker

Quand le joueur ne peut pas poser de carte, il en pioche une, qu’il peut poser immédiatement si c’est possible. Donc oui, oui oui, ça ressemble au Uno, mettez vous ça dans le crâne dès à présent. Et maintenant qu’on a pu évacuer cet aspect du jeu, on va donc justement pouvoir avancer et expliquer en quoi Forestia est bien meilleur que le Uno. 

Oui, carrément. 

Un jeu qui grandit avec vos marmots

Forestia est annoncé jouable dès trois ans. Et nous avons pu vérifier que c’était tout à fait le cas. Trois ans, c’est clairement le point de départ de l’aventure de votre marmot avec Forestia. A cet âge, vous allez jouer avec un nombre très réduit de cartes, et la main de chaque joueur sera composée de trois cartes. Vous verrez que pour certains, à trois ans, tenir trois cartes sans les faire tomber et sans les montrer à l’adversaire, c’est déjà parfois de la haute voltige. Mais avec patience et bienveillance, ils y arriveront, n’ayez crainte.

Une fois que votre bout de chou saura tenir ses cartes, ce sera donc le moment d’attaquer de vraies parties avec lui, avec 3 couleurs de cartes. Il découvrira donc que les cartes peuvent s’empiler par couleur ou par type d’animal.

Le but du jeu est simple : être le premier à défausser sa main de cartes. Le gagnant empoche un jeton. Au bout de 2 jetons, la partie est gagnée. 

Quand il deviendra à l’aise avec ce système, après quelques dizaines de parties, vous pourrez commencer à incorporer des cartes “joker clairière”. Ce sont les cartes brillantes qui se jouent sur n’importe quelle autre carte. Et ce sera alors le début d’une nouvelle ère de jeu, celle où les marmots commencent à élaborer des stratégies. Car si le marmot parvient à conserver un joker en guise de dernière carte, il est assuré de la victoire. Une fois qu’il aura maîtrisé ce point, il pourra alors intégrer de nouvelles cartes.

Level up !

Votre marmot a désormais 4 ans ? Il se sent à l’aise avec le jeu ? Alors célébrez cet anniversaire en jouant désormais avec des mains de 4 cartes au lieu de 3. Oh, et si vous ajoutiez ensuite les cartes bicolores, pouvant indifféremment être jouées sur les deux couleurs qui y figurent ? Jouez un petit moment ainsi, quelques semaines, et zou, ajoutez ensuite les cartes vertes. Ces dernières ont pour effet de permettre au joueur de jouer deux cartes supplémentaires après une carte verte posée.  Largement de quoi compliquer les parties… mais aussi de les rendre plus stratégiques.

Les dernières cartes à ajouter, ce seront les cartes noires, qui génèrent un malus pour le joueur suivant, sauf s’il peut également jouer une carte noire. Dans ce cas le malus (doublé) sera reporté au joueur suivant, et ainsi de suite. L’effet s’annule évidemment dès que la carte noire est recouverte.

Entre 3 et 6 ans, donc, les marmots vont grandir avec le jeu et incorporer peu à peu de nouvelles cartes qui vont leur permettre de repenser leur manière de jouer. Car Forestia, le “petit jeu tout simple” des débuts devient un jeu de défausse tout à fait respectable. Proche du “Uno”, certes, mais avec bien plus d’affect.  

Grandir ensemble

Le principe de Forestia est donc celui de l’accompagnement, de l’évolution. Le marmot voit le jeu grandir avec lui, s’enrichir de nouvelles possibilités alors même que lui même développe de nouvelles capacités. C’est un concept qui nous séduit énormément et qui fait de Forestia l’un de nos jeux favoris pour les marmots de 3 ans. Car, là est la contrainte : il faut prendre le jeu au début pour en savourer l’expérience. Forestia s’apprécie dans son évolution, dans le miroir qu’il tend aux enfants pour les regarder grandir. Proposez-le “complet” à un enfant de 6 ans, et il n’y verra probablement qu’un “Uno” de plus. Il n’aura pu déployer de l’affect autour des cartes, et donc le jeu lui semblera sympatoche, sans plus.

Il faut donc y jouer avant. Souvent, mais pas trop. Le jeu doit aussi se reposer, grandir de son côté. Ce n’est pas un doudou que l’on porte à bout de bras, c’est une “histoire du soir” que l’on écoute en boucle pendant une semaine avant de l’oublier pour quelques semaines… et on la retrouve ensuite un peu grandie, un peu transformée, avec la ferveur du premier soir.

Il faut jouer le jeu, vraiment. Être patient. Incorporer les éléments petit à petit. Prendre quelques photos, peut-être, pour montrer l’évolution du marmot entre chaque nouvel ajout. Car oui, Forestia est de cette trempe là, de ces jeux qui sont un peu plus que cela. Il n’est pas exempt de défauts, loin de là, mais il mérite clairement de faire partie de votre ludothèque.

Un design en dessous ?

Nos plus gros griefs, finalement, sont purement cosmétiques. Pour des raisons bien compréhensibles, l’auteur a voulu donner à ses cartes un aspect pédagogique en doublant chaque information : le “2” est signifié au moyen de deux bougies, la couleur est rappelée par un élément associé. Si dans les premières minutes du jeu, on trouve ça sympatoche, ça devient franchement lourdingue après quelques parties.

Dans la mesure où le jeu repose intégralement sur le duo couleur/animal, l’ajout des chiffres est superflu. Je comprends que l’on fasse mention d’une indication pour les marmots qui ont du mal avec les couleurs, mais le combo animal + couleur + chiffre + bougies + symbole est un peu too much. 

Et ce que je trouve le plus dommage, c’est que ces indications ne vont pas dans le bon sens. Dans mon esprit, un jeu peut se permettre d’avoir une visée ouvertement pédagogique si les éléments que l’on veut transmettre à l’enfant peuvent lui permettre de mieux jouer au jeu. Mais ce n’est pas le cas ici, puisque le combo couleur/animal suffit pour jouer. En quoi est-ce important de savoir que cet animal a un an et celui-là deux si ça ne sert à rien dans la partie ? C’est un peu prétentieux pour pas grand chose. 

Vous allez me dire que le jeu peut aider les marmots à apprendre à compter, à reconnaître les chiffres. Mais la plupart des marmots qui entrent en maternelle à 3 ans savent la plupart du temps compter jusqu’à 10, aussi bien à force de lectures que de comptines Titounis. Et si le jeu leur permet uniquement de compter jusqu’à trois, on est pas très avancés. 

Aller plus loin, toujours

Si je râle, c’est parce que le concept de Forestia me séduit énormément. Cette idée de deckbuilding au ralenti, comme un Fabulosa Fructus que l’on étirerait sur des mois, des années, me semble particulièrement pertinente. 

Et je pense que Forestia doit aller plus loin encore dans sa démarche. Avec des cartes plus nombreuses, plus variées, qui seraient peu à peu ajoutées au jeu au gré des nouveautés survenues dans la vie de l’enfant. Un anniversaire, hop, une carte du jeu est glissée parmi les cadeaux. L’enfant l’ouvre, la rajoute au jeu. L’enfant part pour son premier jour à la grande école ? Hop, une carte est rajoutée au jeu pour la partie du soir. 

Les effets variés ne sont pas durs à trouver pour agrémenter les parties, et l’on pourrait très bien imaginer des cartes “événements” qui ne seraient pas placées sur les autres, mais jouées pour perturber la partie. Echanger des cartes avec les adversaires, les forcer à piocher, annuler la dernière carte jouée… les possibilités sont infinies.  

Ne serait-il également pas plus sympathique de proposer des dessins différents de chaque animal pour montrer son évolution physique au rythme des années qui passent, plutôt que de montrer des bougies ? Et pour les cartes bonus/malus, hop, le même animal heureux ou triste, et le tour est joué 🙂 

Attention, j’ai bien conscience que je pinaille et que je complexifie à loisir un jeu qui se veut avant tout simple et accessible, mais avouez qu’un jeu qui accompagnerait l’enfant très régulièrement, avec des cartes ajoutées ici ou là au gré des humeurs, des événements et des envies, bah moi ça me ferait carrément envie. 

L’avis de Plateau Marmots

Au final, Forestia est un jeu vraiment agréable qui ouvre des portes très intéressantes. Sous couvert d’un énième “Uno-like”, c’est un jeu réellement évolutif et accessible, qui accompagne le marmot entre 3 et 5 ans pour devenir son jeu de chevet, entre deux histoires du soir. Les parents que nous sommes prendront un plaisir rare à partager les parties de nos marmots, propulsés dans la clairière de cette forêt bienveillante. Le jeu grandit en même temps que l’enfant, ce qui crée un environnement de jeu vraiment intéressant. Et si l’on râle volontiers sur des cartes inutilement chargées ou un certain manque d’ambition, comment ne pas s’enthousiasmer pour cette fantastique porte ouverte sur des jeux “longue durée” qui s’enrichissent au fil des semaines, des mois, des ans ? Forestia a donc sa place dans toute ludothèque d’un marmot de 3 ans. Avant, c’est trop tôt, et 4 – 5 ans est déjà presque trop tard pour profiter de ce voyage ludique qu’il faut prendre en temps et en heure. Et si le jeu en lui-même ne vous sortira en effet pas beaucoup du cadre très balisé du jeu de défausse par couleur, il reste tout à fait plaisant et peut agglomérer du monde autour de la table en quelques secondes. Une très belle idée, donc, que l’on espère revoir encore et encore.

On aime

  • Le concept du jeu qui évolue avec l’âge de l’enfant
  • Facile à jouer
  • Sans prétention
  • Règles simples et universelles
  • Plutôt joli

On aime moins

  • Des cartes pas toujours très jolies
  • L’aspect “pédagogique”, inutile et encombrant

Le trouver

Chez Philibert


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Fiche technique

Un jeu de Pierre Lesieutre
Illustré par Régis Torres
Edité par Ludomix.
Pour 2 à 6 joueurs
A partir de 3 ans.

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