Test – Les contraires

Les contraires est un jeu pour les plus petits (à partir de deux ans), qui les invite à trouver l’image opposée à celle proposée. Signé Ravensburger, ce jeu en est à sa seconde édition et s’ajoute à la vaste gamme de jeux éducatifs proposés par l’éditeur. En effet, Les contraires n’est qu’un jeu parmi d’autres sur une vaste gamme de plus de 20 titres, qui va accompagner les marmots dans leur quotidien, aussi bien pour leur apprendre à s’habiller, compter, écrire et, plus important que tout, savoir ce que mangent les animaux. Si on sent déjà pointer un fond d’ironie dans mes propos dès la deuxième phrase, c’est parce que le concept de jeu éducatif me semble à lui tout seul représenter le plus beau des “Contraires”. Mais j’y viens.  

Les “jeux éducatifs”

“Apprendre en s’amusant” reste l’un des plus grands fantasmes de l’histoire du jeu de société ou du jeu vidéo. Le concept existe depuis fort longtemps, et est exploité à mort par les petits génies du marketing pour vous vendre tout et n’importe quoi, de la Dictée Magique aux Cahiers de vacances en passant par Les incollables. Un jeu, c’est fait pour jouer. Ca ne veut pas idre qu’on apprendra pas des choses en y jouant, mais ce n’est certainement pas son objectif. Un jeu apporte du plaisir, de la détente et de l’amusement. Une leçon d’algèbre en apporte souvent moins : c’est comme ça, c’est la vie. On pourra sans doute éprouver une certaine satisfaction en résolvant du premier coup une équation à 4 inconnues, mais de là à dire qu’on va s’amuser, c’est y aller un peu fort. 

Bref.

Les jeux éducatifs ne sont rien d’autre qu’une trouvaille marketing pour vendre des produits très inégaux et pas toujours très aboutis, et de déculpabiliser immédiatement l’acheteur en lui garantissant un usage éducatif (et donc sain) du cadeau qu’il s’apprête à faire. En gros : 
– Et toi Sylvie, tu offres quoi à ton fils de deux ans, à Noël ? 
– Euh bah… un jeu… 
– Quoaaaaaa ????! Mais t’as pas honte ? Un jeuuuu !!!!? T’es vraiment une mauvaise mère !
– Ah oui mais un jeu éducatif !
– Aaaaaah ! Alors là ça va. Un jeu éducatif, c’est le top. Ton fils sera ingénieur à 12 ans, il épousera une femme qu’il détestera et il mangera avec appétit tous les petits plats que tu lui cuisineras le week-end. Il va réussir sa vie grâce à toi. Merci Ravensburger ! 

Oui, je sais : il y a probablement des exceptions. Mais la plupart de ces jeux sont faibles, pour ne pas dire autre chose. Parce qu’encore une fois, si la grammaire était le top du fun, ça se saurait. Donc, vous l’aurez compris : les jeux éducatifs me gavent. C’est une précision que je me devais de vous donner avant que vous n’alliez plus loin dans votre lecture. 

Le matériel

Les contraires, jeu éducatif signé Ravensburger, est donc un jeu basé sur 24 tuiles qui représentent des états ou des émotions (content, ouvert, jour, sale, mouillé… etc.). Ces tuiles peuvent s’emboîter deux par deux, mais chaque tuile ne peut ainsi être associée qu’avec son contraire.  La tuile “Allumé” sur laquelle figure un téléviseur allumé ne pourra donc être associée qu’à l’image sur laquelle figure un téléviseur éteint. C’est plutôt bien vu, car l’enfant ne pourra pas commettre d’erreur et associer deux images qui ne correspondent pas. 

Les dessins sont imprimés sur des tuiles en carton très solide, aisément manipulables par un enfant de deux ans. On appréciera la clarté et la parfaite lisibilité de chacune de ces images, dont on comprend très rapidement le sens. C’est sobre et efficace, comme peuvent l’être la plupart des imagiers disponibles pour les tout-petits. 

La règle des “Contraires”

Les Contraires propose 3 modes de jeux, deux multijoueurs (de 2 à 4) et un solo. Et c’est un peu là que les soucis commencent. Car on pourrait en effet s’attendre à ce que les règles d’un jeu éducatif soient claires et concises. Mais ici, plusieurs flous ou imprécisions viennent semer le doute sur le fait que le jeu ait été testé ou correctement traduit. Le premier mode de jeu, par exemple, est relativement proche d’un mémory. Chaque joueur part avec 4 tuiles en main, en pioche une, et voit s’il établit une paire. S’il ne peut le faire, il la repose. La partie s’arrête quand toutes les paires auront été trouvées. Mais si des joueurs différents ont en main les éléments d’une même paire, comment la compléter ? La règle est muette à ce sujet. 

Dans le second mode de jeux, rebelote. Un meneur de jeu annonce à haute voix un adjectif et les joueurs doivent trouver le contraire parmi les tuiles face visible. Mais là encore, la règle est totalement silencieuse sur la manière de procéder ? On fait comment : au plus rapide ? Chacun son tour ? Il manque clairement une phrase ou un paragraphe pour définir précisément comment les joueurs doivent associer les paires. 

Pour un jeu aussi simple d’accès, laisser passer de telles imprécisions dans la rédaction d’une règle qui tient sur deux pages est tout simplement impardonnable. Par ailleurs, ils ont su trouver de la place sur la règle pour faire la promo de tous les autres jeux de la gamme. Quel talent ! 

Petits et Grands Marmots

Comme tout imagier, le jeu fonctionnera bien avec un tout petit. On étalera les tuiles par terre, et on aura plaisir à décrire les images et à lui souffler des indices pour qu’il puisse reconnaître leur contraire. Quand ils y parviendront, on pourra alors s’incliner devant le génie du marmot “très en avance pour son âge”, et ranger la boîte. C’est un moment de découverte tout à fait touchant, mais qui ne va pas tellement au-delà de ce qu’il est possible de vivre avec n’importe quel imagier. La partie “jeu”, en effet, est assez inintéressante, surtout une fois que les petits auront intégré le visuel des 24 vignettes, et il ne s’agira dès lors plus qu’un jeu de rapidité ou de chance. Certains marmots contourneront même l’obstacle des tuiles face cachée en regardant attentivement les extrémités qui permettent de les emboîter : comme chaque tuile ne peut être associée qu’avec une seule autre, il est possible de détecter quelles sont les paires… sans même regarder les images.  

Les grands s’émerveilleront des progrès réalisés par leur boutchou en reconnaissance d’images… et passeront vite à autre chose.  

L’avis de Plateau Marmots

Si “Les Contraires” n’est pas un mauvais produit, difficile de le qualifier de “jeu”, tant il est perfectible sur le fond comme sur la forme. Les marmots auront certes plaisir à associer les paires, mais de là à dire qu’ils s’amuseront, c’est s’avancer un peu, voire beaucoup. On apprécie néanmoins qu’un jeu solo soit possible, de par l’association unique de chaque paire. Pas grand chose d’autre à en dire, hélas. 

Intérêt ludique : 2/10
Intérêt pédagogique : 7/10
Notre avis : Un jeu éducatif n’est pas un jeu, tout simplement. 

Fiche technique

  • Edité par Ravensburger
  • De 1 à 4 joueurs
  • A partir de 2 ans
  • Durée d’une partie : environ 10 minutes
  • Prix indicatif : 12 euros

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