Test – Les Gratounets

A Gratouncity, c’est l’effervescence. La ville est devenue trop petite, les Gratounets s’entassent et on a fait appel à toi (oui, toi…), Camarade Gratounouvrier pour bâtir le Gratouncity de demain.

Le problème, c’est que chez les Gratounets, les chefs de chantier ne donnent pas leurs ordres en parlant, en hurlant, en gesticulant, en postillonnant… comme tout bon chef de chantier. Non… Chez les Gratounets, on donne ses ordres en grattant. Et même équipé d’un Grattophone flambant neuf, tout peut rapidement virer à l’incompréhension.

Et là, Camarade gratteur, je te sens intrigué. Oui ? Alors allons-y !

Gratounets est un jeu de Wolfgang Lehman, illustré par Raimund Fray, pour 3 ou 4 joueurs, à partir de 5 ans. 

Les Gratou… Qui ?

Avec ses petits bonhommes en forme de Gremlins colorés et son univers complètement déjanté, la couverture attire l’œil et suffit pour amener les Marmots autour de la table. Bon, y’a rarement besoin de menacer un marmot pour venir le faire jouer à un jeu, faut avouer. Mais disons que pour le coup, ils étaient particulièrement intéressés. 

D’autant que le contenu de la boîte est à cet image : foisonnant, nonsensique et coloré.

Vous aimez les tuiles ? Il y a des tuiles…
Vous aimez les paravents ? Il y a des paravents…
Vous aimez les stylets en bois ? Je vous assure, il y en a…
Vous aimez les licornes multicolores qui pètent des paillettes ? Bon, non, il n’y en a pas, c’est vrai. Mais vous ne perdez rien au change… 

Car surtout, il y a dans cette boîte le must du must de la technologie gratounesque : le Grattophone !

Le Gratto… Quoi ?

Pas de panique, ça va bien se passer. Déjà, chacun leur tour, les joueurs prennent le rôle du Chef de chantier. Caché derrière un paravent, celui-ci reçoit 25 cartes missions et en pioche une au hasard. Sur chacune d’elle, un dessin très simple. Son but : faire deviner ce dessin aux autres joueurs en le grattant sur le susdit grattophone.

Mais c’est quoi donc ce fameux grattophone ? Et bien, c’est à la fois décevant et surprenant.

Décevant puisqu’il consiste en une petite plaque de PVC, tapissée d’une surface en velcro, sur laquelle on dessine à l’aide d’un stylet en bois.

Voilà, oui. 

Pour ceux qui visualisaient dans leur tête un truc massif façon Gaffophone de Gaston Lagaffe, il risque d’y avoir des déçus. 

Mais c’est aussi surprenant, puisque passé le scepticisme face au matériel, on finit par admettre que ça fonctionne. Les courbes font « Scroutch », les droites font « Criiiitch », les points font « Poc » et, grâce à une fiche qui récapitule l’ensemble des dessins, les autres joueurs tentent de deviner celui qu’est en train de gribouiller gratter le Chef de chantier.

Chaque joueur qui réussit à deviner ou faire deviner un dessin, choisit au hasard une tuile bâtiment et la place devant lui pour agrandir son quartier.

Le premier joueur à construire 4 bâtiments de couleurs différentes gagne la partie.

Gratte neurone…

J’avoue avoir été sceptique à la lecture des règles. En mode “Gnéééé ?” Je l’avoue, je m’attendais un peu  à une énième variation du « Dessiner c’est gagné » comme il en sort une pelletée chaque année. Avec le Grattophone comme élément farfelu, vecteur d’ambiance, certes, mais réchauffé tout de même. 

Mais il ne faut que quelques minutes pour que le jeu dévoile son vrai visage. Autour de la table, les enfants autant que les adultes sont tour à tour concentrés et appliqués.

  • Concentrés pour tenter de discerner le nombre de droites, de courbes et de points qui composent le dessin qu’on essaie de nous faire deviner. Car on comprend bien vite que ce jeu est avant tout un jeu de déduction.
  • Appliqués quand il s’agit de gratter son dessin, parce que l’ordre dans lequel on trace les courbes, droites et points, ainsi que les temps de pause qu’on y intercale, peuvent orienter vers un dessin plutôt que vers un autre.

Et si les choses deviennent trop simples après quelques parties à « gratter » les mêmes dessins, le jeu prévoit un deuxième niveau de difficulté composé d’une nouvelle série de 25 dessins plus complexes.

…ou poil à gratter ?

S’il est un bémol à trouver à ce jeu, c’est son système de scoring. Lorsqu’un joueur devine ou fait deviner un dessin, il pioche une tuile parmi les 30 placées face cachée au centre de la table, en une grille de 6×5. Une configuration qui fait immédiatement penser au Memory (et fera hérisser le poil à bon nombre de parents, humiliés par leurs enfants à ce jeu…)

  • Si le joueur pioche un bâtiment d’une couleur qu’il ne possède pas encore, il le place devant lui comme récompense.
  • S’il pioche par contre un bâtiment d’une couleur qu’il possède déjà, il garde celui où figurent le plus de Gratounets (ce qui servira à départager les égalités) et replace l’autre, face cachée.
  • Enfin, s’il pioche (comble de malchance) une tuile « Pause », il ne gagne rien et la replace face cachée. Et croyez-moi, on prend pas mal de GratounRTT sur les chantiers de Gratouncity.

Alors bof. 

Certes, le hasard de la pioche se lisse au fil des tours puisqu’on finit par connaître l’emplacement des tuiles « pause » et parce que les tuiles replacées par certains feront le bonheur des autres.
Certes le système de couleurs permet de freiner les joueurs qui ont de l’avance, en diminuant la probabilité pour eux de piocher une tuile qui les arrange.

Mais quand vous piochez LA tuile qui vous manquait et que votre Marmot pioche sa troisième tuile « Pause » de la partie, il est difficile de ne pas admettre qu’il y a quelque-chose de profondément injuste à Gratouncity. Cette surcouche ludique sur le scoring est aussi inutile que maladroite, et donne plutôt envie d’être zappée. 

L’avis de Plateau Marmots

C’est à une véritable expérience sensorielle que nous invite « Les Gratounets ». Beaucoup de jeux se basent sur le son, que ce soit par la communication verbale ou par l’imitation sonore (les cris d’animaux, par exemple), mais aucun à ma connaissance ne joue sur le son en tant qu’abstraction.

Ici, enfants et adultes se retrouvent sur un pied d’égalité quand, passé une phase de déduction, il faut traduire des grattements en image.

Alors on commence le jeu déboussolés, déconcentrés à rire de nos erreurs d’interprétation. Mais au fil des tours, les sens s’affinent et il se passe quelque chose d’incroyablement magique et gratifiant, que l’on soit petit ou grand, quand on arrive enfin à transformer le son en image.

Dommage alors de rajouter à cette expérience de jeu originale, un système de points qui vient l’alourdir et rendre la victoire hasardeuse.

Le trouver

Chez Philibert
Chez Magic Bazar
Chez Ludum

Fiche technique

  • Un jeu de Wolfgang Lehmann
  • Illustré par Raimund Frey
  • Edité par Haba
  • Pour 3 ou 4 joueurs
  • A partir de 5 ans

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