Test – Qui l’a vu ?

De bien sinistres manigances se déroulent dans le château d’un royaume de conte de fées… La bague du roi, symbole de son illustre pouvoir, a été dérobée par l’un des habitants du château. Il s’agit évidemment d’un complot pour renverser le pouvoir en place, car si le roi ne peut reprendre possession de  l’anneau à six heures tapantes il devra céder le royaume au méchant sorcier du patelin. C’est donc une terrible course contre la montre qui s’engage pour identifier le voleur et retrouver l’anneau. Le roi n’est toutefois pas sans alliés : les animaux du château, doués de parole, pourront volontiers l’aider à démasquer le coupable… contre une juste rétribution bien entendu. Saletés de bestioles.

Ce résumé prometteur est donc le point de départ du légendaire, Qui l’a vu ?, un jeu certes vieux de 10 ans, mais qui poursuit une carrière flamboyante avec grand bruit. Et du bruit, Qui l’a vu ? en fait beaucoup, car c’est un jeu de plateau qui fonctionne avec des piles. Il faut en effet un sortilège de sorcier Duracell pour faire fonctionner le boîtier électronique qui gère la partie, depuis la voix des animaux aux gloussements de la fée en passant par les menaces du fantôme. Quoi ? Je ne vous avais pas dit qu’il y avait un fantôme ? Roooh. Ce ne serait pas drôle, sinon.

Une carrière bien remplie

Sorti en 2007 et vainqueur de l’illustre kinderpsiele des jahres en 2008, Qui l’a vu ? est un jeu dont vous avez forcément entendu parler ou vu en magasin, tant son solide marketing made in Ravensburger a su le rendre visible aux yeux de tous. Cela n’a toutefois rien de choquant : le jeu est à la fois un succès critique et commercial (pour preuve : on en parle encore 10 ans plus tard) et son auteur n’est nul autre que l’indéboulonnable Reiner Knizia, auteur ultra prolifique, ultra doué, ultra connu et ultra ultra.

Pour résumer la bestiole, on peut dire que Qui l’a vu ? est un jeu coopératif, qui se joue de 2 à 4 joueurs (on peut toutefois jouer solo en incarnant deux ou plusieurs personnages) et qui s’adresse aux joueurs de 6 ans environ.

Et puisque Qui l’a vu ? hante les spots de pub de Gulli et TFou depuis 10 ans, le moment est venu pour nous de plonger dans ce château hanté et de tenter de percer le mystère de ce terrible cambriolage.

Un matériel qui… ne me laisse pas indifférent.

Le matériel de Qui l’a vu ? est assez fourni, même si l’on réalise assez vite que la “grosse boîte” ne contient au final pas tant de choses que cela, et que le prix relativement élevé du jeu (aux alentours de 40 euros) est principalement justifié par le boîtier électronique qui va conduire la partie. Une fois armé de piles (fournies), le fameux boîtier fera alors entendre sa belle voix et une musique digitalisée un peu crachotante qui rappelle davantage le son hasardeux des bébés plureurs des années 1990 qu’un jeu produit en 2007. Honnêtement, le son de mon exemplaire sature et il est un peu désagréable aux oreilles. Certes le royaume est en crise et c’est un jeu pour marmots, mais on aurait pu revoir la qualité des digitalisations à la hausse, même sans avoir du Bose. Bon, on dira que je suis tombé sur un exemplaire fatigué, alors passons.

Le son fatigué du coffret est d’ailleurs tout à fait en adéquation avec le plateau de jeu lui-même, qui fleure bon le vintage. Son parti pris graphique au style naïf et pastel était déjà classé hors d’âge en 2007. Oui je sais ce que vous allez me dire : au moins le plateau est lisible et les goûts et les couleurs patati patata. Et vous ajouterez avec perfidie que les jeux Ravensburger brillent rarement par leur avant-gardisme débridé. Je vous dirai certes, mais il y a des limites quand même. Attrap’ fantôme par exemple, autre jeu électronique de Ravensburger, propose un plateau de jeu aussi joli que bien pensé, alors que Qui l’a vu ? me donne l’impression de redécouvrir un jeu qu’on aurait oublié dans le grenier, à côté d’une Dictée magique et d’un Dix de Chute.

L’ensemble est cohérent cela dit, et c’est ce que l’on retiendra en découvrant le matériel : jouer à Qui l’a vu ? déclenche une expérience hors du temps, ce qui était peut-être l’effet recherché par les designers. Pari réussi, je n’ai jamais eu autant l’impression d’être en 1988 qu’en ouvrant la boîte de ce jeu estampillé 2007.

J’entends des voaaaaaaaaahhhh

Si nous insistons aussi lourdement sur le matériel et la qualité sonore, c’est que cette dernière fait intégralement partie du jeu. Qui l’a vu ? est en effet construit sur l’ambiance immersive des voix et bruitages qui guident le joueur dans son investigation. Si le son est insuffisant, l’immersion est moins bonne, tout bêtement. Et il suffit par exemple de jouer en extérieur pour réaliser que l’on entend pas grand-chose. Ravensburger, conscient du souci, a mis en place permettant de réécouter à loisir la dernière phrase entendue si elle n’était pas assez audible, preuve s’il en faut qu’il y a largement moyen d’améliorer la qualité du boîtier.

Mais en plus d’une qualité sonore insuffisante, la qualité des voix françaises est également plus que douteuse. Si, en cours de partie, j’ai autant hésité à faire appel à la magie, c’est par exemple pour ne pas avoir à attendre l’insupportable voix suraiguë de la fée me proposer de rejouer.

Il est à noter également que le jeu existe en version digitale sur iOs et Android, et propose un mode “coffre” pour associer votre smartphone / tablette avec le jeu physique. Vous y gagnerez en qualité sonore, mais vous y perdrez en plaisir de manipuler le coffre magique, donc on ne peut pas vraiment vous conseiller cet achat, qui rajoute 2.99 euros à la facture, mine de rien.

Plein de choses à faire !

Une fois digéré le matériel, intéressons-nous au jeu à proprement parler. Difficile de résumer Qui l’a vu ? en quelques lignes, tant il semble complexe de prime abord. Le joueur va en effet devoir enquêter et identifier un coupable, et l’éventail des actions disponibles peut effrayer lors de la première partie. Pas facile en effet de se dire que l’on va pouvoir : se déplacer, collecter des objets, parler à des animaux, ouvrir des portes secrètes, trouver des clefs, ouvrir des coffres, déclencher des effets magiques, identifier des suspects, gérer les objets trouvés et éviter les allées et venues d’un fantôme grognon. Rien que ça !

Et pourtant la magie opère : tout est fluide dès la première seconde de jeu, notamment grâce à une règle très bien rédigée, mais aussi grâce à l’appui de cette boîte électronique qui va assister le joueur tout au long de la partie, lui autorisant ou interdisant certaines actions en fonction de sa position sur le plateau de jeu.

L’accessoire est amusant à manipuler et très simple à comprendre, même avant 6 ans. Lorsque l’on se trouve dans la salle où se trouve le cheval, on appuie sur le bouton du cheval, et ensuite sur le bouton de ce que l’on souhaite faire : chercher, discuter, ou s’essayer à la magie. C’est simple, instinctif, et vraiment bien vu.

Husky les bons tuyaux

Un tour de jeu consiste à se déplacer au moyen d’un dé à 6 faces et de visiter l’une des salles du château. Une fois dans la salle, le joueur va déclencher son action via le boîtier. En général, cela va consister à fouiller les yeux ou parler à l’animal présent dans la salle. Ce dernier ne manquera jamais l’occasion de demander quelque chose à manger au joueur, comme un pot-de-vin obligatoire pour obtenir une info sur l’auteur du vol. Évidemment, chaque animal veut manger une chose très précise, qui change de partie en partie. À vous de la localiser et de lui apporter, sinon vous n’obtiendrez pas l’indice.

Mais vous y parvenez, l’animal vous glissera une info utile, genre “le voleur porte un chapeau”. Vous pourrez alors éliminer l’ensemble des suspects qui se baladent tête nue, un peu comme pour Qui est-ce ? ou Nom d’un Renard. L’animal peut également vous balancer une info sur l’endroit où vous pourrez ouvrir une porte ou trouver une clé. Pratique.

Attention Jérémy derrière toi c’est affreux.

Mais ce qui fait véritablement le sel et qui crée de la tension dans Qui l’a vu ?, c’est la notion de temps limité. L’infâme sorcier va venir sonner à la porte du château à six heures pétantes, ce qui signifie que chacune de vos actions coûte du temps. C’est ici qu’intervient le fantôme qui se promène sans relâche dans le château, et dont la présence va vous poser souci en cours de partie car il renverra à la case départ tout joueur qu’il croise sur sa route. Et s’il est relativement facile d’anticiper les déplacements qu’il pourra faire avec le dé, il arrive que le jeu génère via le boîtier des déplacements supplémentaires, qui viendront tout compliquer.

Ajoutez à cela que plusieurs salles sont fermées au début du jeu (il va falloir trouver comment les ouvrir en cours de partie), et vous constaterez que vous n’allez pas vous ennuyer dans le château.

Ceci est d’autant plus vrai qu’un certain nombre d’événements aléatoires sont prévus pour couper la répétition des parties. La plupart des salles, par exemple, ont une “zone magique” que vous pouvez activer, pour voir ce qu’il se passe. Vous pourrez ainsi gagner une clé ou rejouer. Mais d’autres événements sont susceptibles de se déclencher à tout moment, comme glisser sur du savon noir et tomber dans le puits, ou bien se retrouver enfermé dans les oubliettes.

Bref, vous n’êtes pas sorti de l’auberge, et la présence de plusieurs niveaux de difficulté ne sera pas de trop pour jouer avec les plus jeunes et supprimer un peu du stress de l’heure qui tourne.

C’est le Colonel Moutarde dans la forge avec la corde à sauter !

Qui l’a vu ? repose en fait sur un cocktail réussi de chance, de mémoire et d’optimisation de placement. Il faut essayer d’avoir le bol de trouver assez vite quelles sont les denrées attendues par les animaux pour pouvoir leur apporter assez rapidement en esquivant la ronde de surveillance du fantôme.

Dans les faits cela n’a rien d’impossible, mais il faudra coordonner les actions au maximum avec vos coéquipiers afin de perdre le moins de temps possible. Plus vite vous éliminerez des suspects ensemble, plus vous aurez de chance de n’en avoir plus qu’un avant l’heure fatidique et de pouvoir le confondre avec l’air assuré d’Hercule Poirot faisant sa démonstration finale. Qui l’a vu ? est donc un jeu 100 % coopératif / collaboratif, où la mémoire des autres sera mise à contribution sur votre propre tour. Parce qu’au final, le sanglier, il voulait du raisin ou des champignons ?

L’avis de Plateau Mamrots

Sous des dehors un peu naïfs, voire carrément austères, Qui l’a vu ? se montre finalement largement à hauteur des attentes ! Le stress est présent et l’envie de démasquer le voleur saura galvaniser petits et grands marmots, unis dans cette enquête contre la montre. Actions variées, événements aléatoires… tout est mis en place pour éviter la monotonie des parties et la répétitivité ronflante de la sempiternelle quête à l’objet. Ajoutez à cela la nécessité de gérer ses ressources (car vous ne pouvez porter que deux aliments) et celle de garder à l’oeil la position du fantôme pour éviter de se retrouver coincé, et vous aurez réuni les éléments d’un excellent jeu.

Il est à noter également que parents et enfants s’amusent autant les uns que les autres, même si c’est pour des raisons différentes. Les plus grands se prendront pour Columbo et tenteront avant tout d’élucider le mystère du vol de l’anneau, là où les marmots seront souvent ravis de donner à manger aux animaux, ouvrir les portes secrètes et déclencher les pouvoirs magiques… quitte à perdre de vue le but de la mission en cours.

Pour conclure, on allumera volontiers un cierge dans la chapelle avec l’espoir que Ravensburger nous propose un jour une nouvelle édition de ce jeu mythique, avec un design moins moche daté, mais surtout avec un boitier incluant davantage d’éléments aléatoires et autres surprises, ainsi qu’une qualité sonore revue à la hausse. Le plaisir de jeu n’en sera alors que décuplé.

Ça fait plaisir

  • Plein de choses à faire
  • Un concept porteur
  • Une mécanique astucieuse
  • Des portes secrètes, des événements aléatoires
  • Le temps limité qui donne du nerf à la partie
  • Un jeu où la collaboration entre joueurs est essentielle

Ça fait pas plaisir

  • Un look général qui a pris un méchant coup de vieux
  • Qualité sonore vraiment insuffisante
  • La voix française de la fée me donne envie de se mettre un coup de perceuse dans les tympans

Fiche Technique

Un jeu de Reiner Knizia
Edité par Ravensburger
Date de sortie : 2007
Pour 2 à 4 joueurs
A partir de 6 ans
Durée d’une partie : 25 minutes

Acheter ce jeu chez Philibert

Pour aller plus loin

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.