Test – Soviet Kitchen – Second service

Changement de décor. Début 1946, la seconde guerre mondiale vient tout juste de s’achever. Dans les paysages hostiles de Sibérie, du côté de Sourgout, il fait froid, très froid, et le quotidien est rude pour tout le monde. Heureusement, une brigade d’apprentis cuisiniers débrouillards s’est mis en tête de nourrir de son mieux quiconque osera goûter leurs mixtures. Voulez-vous rejoindre la brigade et devenir vous aussi un membre de la Soviet Kitchen ? Alors à vos marmites !

Soviet Kitchen est un jeu édité sous nos contrées par Igiari, qui nous ramène décidément nombre de petites pépites. Je pense notamment à Mondrian ou Onitama que la sémillante équipe à la fleur orange avait précédemment localisés. Il s’agit ici d’un jeu coopératif d’Andreas Wilde où chaque joueur dispose d’une main de cartes ingrédients à rentrer dans un gros mixeur sous la forme d’une application gratuite pour smartphone ou tablette. Le jeu est proposé pour 1 à 6 joueurs, contrairement à ce qui est indiqué sur la boîte car il y a eu une mise à jour de l’application, pour des parties de 25 minutes, à partir de 14 ans. Nous reviendrons sur ce dernier point, car vous vous en doutez, si c’était vrai, votre blog préféré n’en parlerait pas et j’aurais subi les foudres de notre rédac’chef adoré en proposant ce test. Et rien qu’à cette idée, je tremble dans mes chaussons nounours.

 

Revenons au jeu : qu’est-ce qu’on trouve dans cette petit boîte flashy qui tient dans la poche ?

Plusieurs paquets de cartes avec des mentions qui font peur : « KGB, n’ouvrez pas ce paquet tant que l’application ne vous dit pas de le faire sinon je vous fais avaler un écureuil radioactif à 18 pattes ». Un livret de règles abondamment illustré qui peut contenir des traces de déchets nucléaires et dont la rédaction est très décalée et en parfait accord avec le thème absolument déjanté du jeu. Les cartes représentent chacune un ingrédient de couleur : des pneus, des clous rouillés, des patates qui ont l’air d’avoir connu l’ère napoléonienne, etc etc. Je ne veux pas trop vous spoiler car découvrir les ingrédients est déjà un plaisir en soi. Au dos des cartes, un QR code qui va leur permettre d’être lues par l’application.

Un petit point sur les illustrations des cartes, réalisées par l’auteur lui-même : elles sont plutôt très simples, voire pour certaines relativement moches, mais elles servent parfaitement le but du jeu et on reconnait plutôt bien les ingrédients évoqués. Et je défie quiconque de rendre jolie une pile de rognures d’ongles.

Sinon, c’est dans l’application que tout se passe, et que vous allez devoir remplir différents défis en scannant et mélangeant les ingrédients de couleur pour réaliser des plats aux délicieuses couleurs fluos. Et en fait, le principe du jeu est tellement simple qu’on confine au génie ludique : en mélangeant les ingrédients dans le mixeur, vous allez mélanger leur couleur, et la couleur finale devra s’approcher le plus possible de celle de l’aliment cible. Chaque assiette contient plusieurs aliments à réaliser et il faudra scanner un ingrédient par joueur pour chacun des aliments. Plus votre mélange de couleurs est proche de la couleur cible, plus vous gagnez de roubles. Certains défis demandent d’ailleurs de réaliser un certain nombre de roubles après X plats.

Mais attention ! Ce n’est pas si simple. Car on ne mélange pas impunément des pneus et des vieux pantalons pour nourrir la populace. Et vos expérimentations débridées ont un prix : un niveau de toxicité qui augmente et qui peut conduire au décès prématuré de vos clients-cobayes. Heureusement, une bonne lampée de vodka (car oui, il y en a dans le jeu) vous permet de rendre le mélange un peu moins corrosif. Si si.

Vous aurez donc un certain crédit de vies pour chaque défi. Heureusement, entre chaque plat, une bonne digestion permet de réduire un peu le niveau de toxines dans l’organisme. Je vous engage d’ailleurs à mettre le son dans l’app, je vous laisse deviner ce que vous pourrez entendre à cette occasion.

Les défis s’enchainent, certains ingrédients ayant d’ailleurs des capacités spéciales, comme la faucille et le marteau, qui ensemble permettent de réaliser la bonne couleur quels que soient les ingrédients mélangés, le tout étant géré par l’app de façon très intuitive. Puis on vient à bout de la première campagne et on peut changer de lieu. On a alors le droit d’ouvrir un nouveau paquet, avec de nouveaux ingrédients. Ce petit côté évolutif est vraiment très sympathique, d’ailleurs, et absolument nécessaire pour prévenir une certaine lassitude à force de trop de répétition dans les actions.

Je précise que je décris ici le mode Campagne. Un mode Challenge existe, que nous n’avons pas essayé, où il s’agit de faire les plus gros scores pour les défis.

Ah, et je précise encore, à toutes fins utiles : vue la nature du jeu, il n’est clairement pas pour les daltoniens. Là, il n’y a vraiment pas moyen de faire quoi que ce soit, à moins de mettre l’équivalent pantone des couleurs sur les cartes et de fournir un tableau pour mélanger les couleurs. La pénibilité absolue. Je vous conseille donc vivement de ne pas vous lancer là-dedans.

 

Mais du coup, tu as aimé Soviet Kitchen, ô cantinière de l’apocalypse ?

Alors oui, vraiment, peut-être parce que j’y ai joué à petites doses sur un coin de table de restaurant en attendant les plats pour faire patienter les enfants ou en prélude d’un apéritif. Le jeu ne prend pas beaucoup de place, on se marre comme des bossus à mixer des bottes avec des déchets de n’importe quelle nature. Ce qui donne d’ailleurs des dialogues un peu suspects à écouter pour les convives environnants, qui ont vraiment dû se demander ce que nous faisions.

Mais le plaisir régressif de faire des choses qui n’ont pas de sens est là, fort, pour les enfants comme pour les plus grands, malgré la simplicité du jeu.

L’écueil, qu’à mon avis le jeu a su éviter, c’est la répétition, grâce à son côté évolutif. On ne joue pas trop longtemps avec les mêmes cartes, de nouvelles cartes avec de nouveaux pouvoirs arrivent relativement rapidement pour donner un nouveau souffle épique au jeu (ah les champignons… j’aimerais tellement vous parler des champignons ! mais pas de spoil, on a dit). Nous n’avons pas fini le jeu, je ne sais pas ce qu’il en est quand toutes les cartes sont intégrées, par contre. Mais d’ici là, on a le temps de voir venir.

Mais alors, quid de l’âge ?

L’éditeur se fendait récemment sur les réseaux sociaux d’une explication du 14 ans sur les boîtes. Si je résume drastiquement le propos, 14 ans, c’est pour éviter de payer de coûteux tests d’homologation. A 14 ans, on est hors du jouet, donc c’est plus simple d’obtenir les autorisations. C’est un choix pragmatique, rationnel, qui permet à l’éditeur d’éviter un process lourd, mais qui nous laisse deviner tous seuls à quel public leurs jeux peuvent bien s’adresser.

Heureusement, j’ai élaboré un petit guide pratique pour déterminer si vos marmots peuvent jouer à Soviet Kitchen :

  • 1/ Est-ce que votre enfant sait lire ?

Oui : passez en 2.

Non : il ne va pas vraiment profiter de la nature des ingrédients sans votre aide et on n’est pas censés voir les mains des autres.

  • 2/ Est-ce que votre enfant a le sens de l’humour ? Voire la notion de second degré ?

Oui : félicitations passez en 3

Non : ouch, je suis désolée pour vous. J’espère que c’est parce qu’il est trop petit.

  • 3/ Votre enfant a-t-il une vague idée de ce qu’est le nucléaire ?

Oui : parfait, vous pouvez le décréter cuisinier de l’année

Non : ce n’est pas grave, il va moins apprécier l’humour de certaines cartes, mais vous pouvez quand même jouer avec lui à Soviet Kitchen.

Tout ça pour dire que je pense que le jeu peut se jouer vers 8-9 ans. 7 ans si votre loupiot coche oui à toutes les questions.

L’avis de Plateau Marmots

Un jeu simple, au prix contenu, addictif, rapide à mettre en place sur un coin de table, avec une application smartphone, et qui évite habilement le problème de la lassitude en proposant un renouvellement régulier du jeu. Si vous n’êtes pas réfractaire à l’utilisation d’une application pour vos activités ludiques et si vous avez envie de jouer avec vos enfants à touiller virtuellement de la boue et des graviers pour en faire un gâteau de roi (enfin, ici, plus précisément, de la saucisse et la purée, je vous rappelle qu’on est en Union Soviétique), foncez.

On aime :

  • La facilité de mise en place et pouvoir y jouer à peu près n’importe où
  • Mélanger des trucs horribles avec des trucs encore pires
  • Essayer de deviner à l’avance quelle couleur va sortir du mixeur

On aime moins :

  • Anticiper la fin des cartes à découvrir et il faudrait qu’il y ait déjà des extensions au cas où
  • Pas fait pour les allergiques aux smartphones et cie

Fiche technique

Un jeu de Andreas Wilde

Illustré par Andreas Wilde

Edité par Igiari

A partir de 14 ans (mais en vrai 8 ans)

Pour 2 à 6 joueurs

Pour aller plus loin

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