Test – Feed Ze Troll

Quatre Trolls ont l’idée malicieuse d’aller piller les demeures de leurs voisins, histoire de leur chourer un peu de nourriture. Seul souci : lorsqu’un Troll est en vadrouille, il ne protège plus son propre garde-manger. Chacun a donc décidé de mettre des écriteaux dissuasifs et de piéger sa caverne. Celui qui s’en approchera d’un peu trop près aura droit à un coup de gourdin. Enfin peut-être. Faut-il vraiment croire les mises en garde ?

Feed Ze Troll est un jeu de bluff et de prise de risques signé Jonathan Favre Godal et Julien Seisson. Jouable de 2 à 4 joueurs, il est édité par Yoka By Tsume.

Souviens-toi, Jonathan…

Vous avez vu ? On parle beaucoup de Jonathan Favre Godal, en ce moment. Nominé à l’As d’Or 2019 avec Kikafé, encensé par nos soins sur Medieval Pong ou Kokomots, le bonhomme apparaît de plus en plus dans nos colonnes… Clairement un auteur à surveiller de très près. Quant à Julien Seisson, on ne l’avait pas encore croisé, mais nul doute qu’il gagne à être connu.

Des Trolls Trolololo tout beaux

Je vous avoue qu’à la lecture du pitch, j’ai eu du mal à me représenter le déroulement d’une partie de Feed Ze Troll. Du bluff, des victuailles, des pièges ? Mouif. Même à la lecture des règles, fort colorées, je me suis encore gratté la tête quelques minutes. Mais Feed Ze Troll est au final un jeu fort simple d’accès, limpide même, dès qu’on a franchi l’étape de la mise en place.

Avant même de vous faire une présentation sommaire du contenu du jeu, arrêtons-nous quelques secondes sur les incroyables bouilles de ces Trolls colorés. Ils réussissent l’exploit d’incarner la fusion entre les Trolls de Fantasy (verdâtres, cruels, pâbôs…) avec ceux des dessins animés (avec des chevelures arc-en-ciel). Visuellement, le jeu est un pur régal et les illustrations de l’inépuisable Régis Torrès (King of Tokyo, Trapwords, Forestia…) font énormément pour le plaisir de jeu et la mise en ambiance. C’est de l’excellent travail !

Dans la caverne du gobelin Troll

Le jeu, notons-le d’emblée, contient du matériel DÉJÀ prêt à l’emploi. Un truc de dingue ! Pas de planches de pions à puncher, pas de stickers à coller. Tout est déjà prêt et ne demande qu’à être joué. Merci à l’éditeur de prendre soin des parents fatigués que nous sommes tous !

Le jeu contient une série de tuiles correspondant à l’habitat des Trolls, c’est-à-dire une série de cavernes. Chaque caverne est composée de 3 tuiles, toutes identifiées par la même lettre. Les tuiles sont recto verso : il est possible d’en retourner tout ou partie pour corser la difficulté… et la fourberie.

Le jeu contient également des jetons de boustifaille (pommes, poissons et dindes rôties) correspondant aux points à scorer, des paravents, des Trolls, et 3 jetons recto verso qui rappellent furieusement les jetons de poker une fois qu’on les a en main. Si le recto des 3 jetons est identique, le verso diffère. Deux jetons ne sont que des leurres, le troisième est un gourdin.

Le matériel est fort réussi, très coloré, et donne tout de suite envie de jouer.

Une mise en place simple et rapide

Si j’avais été laissé perplexe lors de la mise en place, c’est sans doute à cause de la présence des mini-paravents, dont je ne comprenais point l’utilité. En fait, chaque joueur place un paravent devant lui non pas pour masquer ses plans tordus, mais pour délimiter la zone des points « sécurisés ». Ce qui est de votre côté du paravent ne pourra plus vous être pris, ce qui est de l’autre côté peut encore être perdu.

Outre les paravents, le jeu se met en place en construisant la zone de jeu. Les tuiles sont alignées 3 par 3 en suivant l’ordre alphabétique. Chaque lettre correspond à un « étage » de la caverne à piller, il faudra donc aller de A à E pour construire l’antre du Troll. En revanche, au sein d’un même étage, l’emplacement des 3 tuiles n’a aucune incidence sur le jeu : vous pouvez les placer comme elles viennent.

Devant chaque étage à partir du second, il conviendra de placer une tuile Tonneau. Si les joueurs décident d’aller sur cette tuile plutôt que sur l’une des trois autres, cela signifie qu’ils « banquent » et sécurisent les victuailles déjà collectées.

Pillages et boustifailles

Le jeu se joue en autant de manches qu’il n’y a de joueurs. À chaque manche, l’un des joueurs va incarner le défenseur, tous les autres seront les attaquants.

Le jeu commence au premier étage de l’antre du défenseur. Chaque tuile indique le nombre de victuailles qu’elle contient, en général de 1 à 5 pommes, et éventuellement un effet de jeu qui se déclenchera pour tout personnage qui s’y trouve.

Bon, à partir de maintenant, soyez attentifs et goûtez au génie diabolique de ce jeu…

À chaque tour, le Troll défenseur place, recto visible, 1 jeton de poker sur chacune des 3 tuiles de l’étage. Comme vous le savez, les rectos sont identiques, mais pas les versos. Donc le joueur place les 3 jetons, et annonce avec une voix perfide aux autres joueurs quel est celui des trois qui est piégé.

Bien évidemment, il peut dire la vérité ou mentir effrontément. À vous de déterminer s’il bluffe ou non.

Compte tenu de l’information qu’il a donnée, chaque joueur place sa figurine de Troll sur l’une des 3 cases, chacune ayant bien évidemment un gain potentiel différent. Plusieurs Trolls peuvent se trouver sur la même case, sans le moindre souci.

Et ensuite, chacun retient son souffle…

Martoni’s game

Une fois que chacun a placé son Troll, le défenseur révèle sur quelle case se trouvait le gourdin. Cette case était donc piégée.

  • Tous les Trolls qui se trouvaient sur une autre case remportent la valeur de la case, qu’ils placent DEVANT leur paravent.
  • Tous les Trolls qui se trouvaient sur la case piégée ne remportent rien, et PERDENT l’ensemble des gains amassés au cours des tours précédents qui n’avaient pas été sécurisés. La grosse lose.
  • Quant au défenseur, il gagne 1 butin pour chaque Troll piégé, et s’offre même le luxe de DOUBLER ce score si les Trolls piégés se trouvaient sur la case qu’il avait effectivement signalée piégée. Bah oui. Il avait bien prévenu, y’avait qu’à l’écouter, m’enfin !

À partir du second étage de la caverne, une case tonneau est accessible. Tout Troll qui se rend dessus ne pourra pas gagner de butin pour le tour, MAIS il sécurise l’ensemble du butin amassé jusque lors.

Une fois tous les étages franchis, le rôle du défenseur est donné à un autre joueur, et ainsi de suite jusqu’à ce que chacun ait incarné ce rôle une fois.

Une référence de fourberie !

On l’aura compris, le jeu repose essentiellement sur une information déclarative : « le piège est ici, tralalalalèreu », qu’il faudra choisir de suivre ou d’ignorer… et d’en assumer les conséquences. Les joueurs ont bien évidemment toute latitude pour tenter de s’influencer les uns les autres, histoire de pousser (amicalement) la concurrence dans le fossé.

Feed Ze Troll est donc une foire à la fourberie, mesquine, gratuite, et bien évidemment jubilatoire. Entre le Défenseur en mode Poker Face qui vous jure la main sur le cœur que le piège est bien là où il l’indique, et vos adversaires qui vous chauffent en vous disant que c’est trop tôt pour banquer, que vous n’avez pas d’ambition, qu’il faut savoir prendre des risques, chaque décision prise le sera de haute lutte, après beaucoup, beaucoup de transpiration.

Fourberie au carré

Une fois les bases bien posées, vous pourrez alors vous risquer à monter en gamme en retournant les tuiles caverne. Eh oui, comme on l’a dit en intro, Feed Ze Trôll permet de corser la difficulté et de générer des effets de jeu divers et variés qui ne manqueront pas d’influencer votre choix de pose.

Entre le double coup de massue, l’impossibilité de banquer au prochain round ou des tuiles carrément interdites pour les Trolls, il est facile de corser les parties et de les rendre encore plus tendues.

On attendra bien évidemment de bien maîtriser le jeu avant de déployer ces nouveaux éléments.

L’âge du bluff

Après ce déluge de louanges, qu’allons-nous bien pouvoir trouver pour noircir quelque peu le tableau, comme à notre funeste habitude ? Eh bien pas grand-chose, finalement. Si ce n’est qu’il ne sera peut-être pas pour tous les marmots. L’éditeur a prudemment annoncé l’âge de 7 ans en minimum requis pour savourer les joies de la fourberie. Cet âge, clairement, doit être considéré comme une moyenne. L’extrême simplicité des règles le rend compréhensible par tout enfant de 4 ou 5 ans. Mais y jouer « pour de vrai » est une autre affaire, car il faut maîtriser la prise de risque et l’énorme part de bluff qui fait tout le sel du jeu, surtout entre attaquants. Certains marmots trouveront cette possibilité de mentir « pour jouer », totalement défoulante. D’autres s’en offusqueront, explosant en larmes parce que le piège n’est pas là où vous aviez promis qu’il serait. Cette notion de bluff est si personnelle à chaque enfant qu’il est difficile de prévoir l’âge à laquelle leur fourberie va s’épanouir. Disons qu’à 7 ans, vous avez 9 chances sur 10 que votre marmot soit opérationnel (et déjà plus fort que vous), mais allez-y en douceur si vous sentez qu’il est un peu désemparé de voir ses parents lui mentir de façon éhontée.

L’avis de Plateau Marmots

Simple, accessible et doté d’un inépuisable potentiel de fourberie, Feed Ze Troll est l’excellente surprise de ce mois d’avril, qui permet de cultiver l’art de la torture persuasive auprès de marmots de moins en moins innocents. « Mais puisque je te dis que j’ai piégé CETTE tuile, écoute ton papa, voyons ! » Fort bien réalisé, simple à transporter comme à mettre en place, il assure de très jolis moments de rires et de stress. Feed Ze Troll se pose d’ailleurs en candidat tout désigné pour assurer le rôle du jeu hybride, celui qui se joue au goûter comme à l’apéro pour des sensations très différentes, mais toujours réjouissantes. On prendra toutefois la précaution de vérifier que les joueurs les plus jeunes soient sensibles au second degré typique du bluff avec quelques parties jouées « en douceur » avant d’élever le niveau de jeu. C’est la seule précaution à prendre avec ce jeu, accessible, nerveux, et terriblement accrocheur. Bravo ! 

On aime

  • Tout !
  • Prêt à l’emploi
  • Magnifiques illustrations
  • Un principe simple et imparable
  • Deux niveaux de difficulté
  • Les jetons de poker

On aime moins

  • Certains marmots auront du mal avec le concept, comme pour tout jeu de bluff

Le trouver

Chez Philibert

Fiche technique

Par Jonathan Favre-Godal et Julien Seisson
Illustré par Régis Torres
Édité par Yoka
Pour 2 à 4 joueurs (meilleur à 4)
A partir de 7 ans

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5 pensées sur “Test – Feed Ze Troll

  • 23 mai 2019 à 15 h 29 min
    Permalink

    Bonjour, rien dans la règle, enfin je l’ai pas trouvé, n’indique qu’en fin de manche le butin est automatiquement mis à l’abri, néanmoins chaque tuile E comporte le symbole tonneau, donc ok ça compense, mais avec le mode expert, aucune, donc je me dis on les conseve pour le tour suivant, en espérant que ce ne soit pas le dernier tour sinon elle sont simplement perdues. Étrange aussi, une des tuiles E comporte un tonneau barré, alors qu’a l’étage A il n’y a jamais de tonneau. Vous en pensez quoi?

    Répondre
    • 24 mai 2019 à 7 h 53 min
      Permalink

      Bonjour !
      Je ne pense pas que l’on banque automatiquement en fin de manche dans le mode expert. Au contraire. Je pense que tout le sel du jeu expert vient du choix de scorer de hautes valeurs (mais de devoir attendre deux tours pour banquer, vu qu’on ne peut le faire au lvl1) ou de banquer sagement et passer à côté d’une bonne dose de pommes.
      Pour le tonneau barré du dernier niveau, cela doit vouloir dire de ne pas pouvoir banquer au niveau 2, mais j’ai posé la question à l’éditeur. On verra la réponse.

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  • 24 mai 2019 à 11 h 51 min
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    Bonjour,
    En fait il s’agit d’une erreur de prod… on s’est en quelque sorte trollé nous-même…
    Mais des tuiles corrigées sont disponibles en boutiques afin de palier à cette erreur. Elles sont accompagnées d’un jeton bonus.

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    • 24 mai 2019 à 12 h 12 min
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      Merci !

      On pourrait avoir un visuel des tuiles rectifiées, du coup, pour ceux qui ont commandé en ligne et/ou qui n’iront pas chercher les tuiles rectifiées ?

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