Test – Lucky Numbers

Ah, les trèfles à quatre feuilles ! Vous vous souvenez peut-être d’en avoir recherchés, du haut de vos 6-10 ans, à genoux dans la pelouse, l’oeil rivé sur le tapis verdoyant, avançant méthodiquement de mètre en mètre. Vous vous souvenez peut-être aussi d’être rentré triomphant pour le goûter, brandissant vos deux précieux vers vos parents, pour vous entendre sermonner : “Et ton pantalon est tout sale maintenant ! File te changer, on prend le thé !”

Cette injustice va enfin pouvoir être réparée, car aujourd’hui, Lucky Numbers vous propose rien de moins que de collecter les trèfles à 4 feuilles pour en garnir votre jardin. 

Imaginé par Michael Schacht, Lucky Numbers est édité par Tiki Editions et illustré par Christine Alcouffe. Jouable de 1 à 4 jardiniers en herbe à partir de 8 ans, il propose des parties de 20 minutes.

 

Ok, mais est-ce qu’il y a des vrais trèfles à quatre feuilles dans la boîte ?

Hum, alors… non, désolée. Pas de trèfle séché ou frais dans la boîte. Et d’ailleurs, comme on a tout de même besoin qu’ils affichent des numéros, ce ne serait sûrement pas pratique. Et ça ferait très probablement grimper le prix de la boîte dans des proportions faramineuses. Donc non, mais en revanche de jolis trèfles en carton bien solide et épais, très agréable à manipuler, avec un côté vert et un côté coloré portant un numéro de 1 à 20. Quatre planches jardin avec des silhouettes de trèfles, une planche par joueur toujours en carton bien épais, la règle du jeu abondamment illustrée sur un format A4 plié en deux et un livret pour le jeu en solo complètent le matériel de la boîte. L’ensemble est clair, solide et remplit tout à fait ses fonctions. Il est à noter que les couleurs des trèfles ne servent qu’à faciliter la mise en place, donc aucun problème pour les daltoniens car l’important ce sont les numéros et ils se distinguent tout à fait sur le fond de couleur.

Petite interrogation cependant à la découverte du nom de l’illustratrice : pourquoi une aussi talentueuse artiste que Christine Alcouffe (tout de même Yokai, Pharaon, PaperTales, excusez du peu !) pour dessiner de ‘simples’ trèfles et une coccinelle ? Ca m’a un peu fait l’effet d’un Michelangelo à qui on demanderait de sculpter… un presse-papier, de prime abord. Puis j’ai réalisé que rendre attrayant un jeu purement abstrait ne devait pas forcément être une mince affaire, je pense notamment à tous ces petits Roll & Write allemands excellents et moches comme pas possible et que, bien sûr, il ne s’agit pas forcément seulement de dessin mais aussi d’ergonomie. Donc, les trèfles sont de très jolis trèfles, aux couleurs pastel très sympatiques et aux numéros qui ressortent bien, les verts sont denses et la coccinelle… bon, la coccinelle est malheureusement toute petite dans un coin. Et je reste malgré tout un peu sur ma faim car de superbes œuvres sont sorties de la palette de Christine et j’en voudrais plus, forcément. Mais sinon oui, la direction artistique fait le job et c’est ça qui est important. On me souffle d’ailleurs dans l’oreillette que Lucky Numbers est une réédition d’un jeu de 2012 pour lequel cet effort d’habillage n’a pas été fait. Donc prenez la version aux trèfles. Vraiment.

Et zou dans ta binette !

S’il est effectivement question de jardin et de pioche de trèfles dans Lucky Numbers, vous allez constater bien vite que le thème est absolument plaqué. Donc si vous recherchez une belle histoire dans ce jeu, passez plutôt votre chemin. Il s’agit ici d’un jeu de type “puzzle-game” à l’habillage végétal et du remplissage d’une grille avec des numéros tirés au hasard.

Non, ne partez pas, ça ne veut pas dire que le jeu est mauvais ! Au contraire ! Mais il faut juste que vous sachiez à quoi vous attendre.

Pour la mise en place, mélangez face numérotée cachée autant de sets de couleurs de trèfles qu’il y a de joueurs. Cela permet d’avoir suffisamment de jetons pour tout le monde, avec la bonne répartition, et cela constitue un joli tapis de trèfles au milieu de la table. Puis oubliez résolument la notion de couleurs des trèfles, elle ne sert plus à rien. Chaque joueur en pioche 4 qu’il dispose dans la diagonale dorée de sa grille, petite coccinelle en bas à droite. Cela constitue votre disposition de départ. Il est de bon ton de les mettre en ordre croissant de haut en bas, vous allez comprendre pourquoi, mais pas absolument obligatoire.

A son tour, un joueur a la possibilité de piocher un jeton face ouverte ou cachée, de le disposer sur sa grille en remplacement d’un autre à remettre face ouverte dans la pioche, ou sur une case vide, ou de laisser le jeton qui ne lui plaît pas, toujours face ouverte dans la pioche. Le premier joueur à remplir sa grille remporte la partie.

Dit comme ça, ça parait vraiment trop simple, d’autant plus simple que nous n’avons pas encore parlé des contraintes de placement. Eh oui, il y avait un piège.

La contrainte est très simple à jouer mais difficile à expliquer : pour chaque jeton que vous placerez, il devra AU MOMENT DE LA POSE (je le dis en gros car on s’est trompés sur notre première partie, les boulets…) être strictement plus grand que tous les jetons avant lui en haut et à gauche et strictement plus petits que les jetons après lui en bas et à droite. Dit autrement, vous examinerez la ligne et la colonne où vous placez le jeton pour qu’elles soient bien rangées en ordre strictement croissant de haut en bas et de la gauche vers la droite.

Donc par exemple, si vous vous dites comme nous : “ah ben je mets le jeton ici et je corrigerai avant de finir”, c’est non.

Un jeu où on se prend des rateaux ?

Si le principe du puzzle-game pourrait faire croire qu’on va jouer solo dans son coin tranquille, en vérité, les intéractions entre les joueurs sont fortes et nombreuses, mais pas vraiment méchantes. Car on doit toujours avoir un oeil sur le plateau des voisins pour ne pas leur laisser les trèfles qui leur permettraient d’avancer trop vite vers la victoire. Donc, parfois, on se prive de coups superbes pour ne pas trop faciliter la vie des petits camarades. Et bien sûr on peste contre les autres et contre ce vilain hasard qui nous empêche de tomber sur le 14 dont on avait désespérément besoin.

Dans Lucky Numbers, la chance a une part considérable, mais elle ne fait pas tout. Et c’est une fille qui a perdu toutes ses parties qui vous le dit. Il faut se prévoir des plages de nombres suffisamment larges pour palier au tirage tout pourri qui ne manquera pas de vous frapper. Ne pas trop s’enfermer dans une quête d’un seul nombre, ce 2 dont il ne reste qu’un seul exemplaire parmi tous les jetons restants, les autres ayant été ignominieusement ‘volés’ par les autres joueurs. Du hasard, donc, mais gérable, dans ce sens que même un mauvais tirage de départ ou tout au long de la partie sera compensable par une gestion aux petits oignons de votre jardin. Attention, cela sera évidemment plus facile si vous avez la même chance insolente que Jean-Théodore, votre petit dernier.

Et les jeunes pousses dans tout ça ?

Lucky Numbers s’adresse aux marmots à partir de 8 ans. Si le principe du jeu, pioche et pose de tuiles en ordre croissant sans interaction négative est tout à fait accessible plus tôt, ce n’est qu’avec une certaine maturité et un peu de recul que les marmots ont une petite chance de faire jeu égal avec les adultes. Nous l’avons dit plus haut, la chance a une place non négligeable mais ne dirige pas tout et s’accommoder des probabilités de tirage et de blocage est tout de même plutôt l’apanage des plus vieux. Reste l’incroyable chance de nos pious, qui fera possiblement basculer la partie en leur faveur sous vos petits yeux dégoûtés. Donc 8 ans quand même, du fait de l’importance de la tactique dans le jeu. Pour ce qui est de l’interaction entre les joueurs, à 8 ans, normalement, les marmots seront capables de comprendre que si vous leur sifflez ce petit 7 qu’ils convoitent alors que vous pourriez vous contenter d’un 9, ce n’est probablement pas parce que vous les détestez. Probablement pas.

Super Green ?

Je ne vous le cache pas, les réactions des joueurs qui ont essayé le jeu ont été assez contrastées. D’un “pfff, encore un jeu de chance” à un “oh, j’adore ce jeu, on rejoue ?”, en passant par un “quand même, le tirage de départ peut être injuste” de ma plus jeune marmotte. Qui a gagné la moitié de ses parties, au passage. Donc, une palette assez large de ressentis dans la famille. Si vous êtes des joueurs un peu habitués, votre première réaction sera peut-être de ne pas aimer le jeu car trop hasardeux à votre goût (“aaaaah ! Donnez moi des cubes et des meeples, viiiite”). Mais ce serait passer à côté de ce qui fait le sel du jeu, cette adaptation permanente aux tirages et aux possibilités de blocage. Ceci rend Lucky Numbers tout à fait fourbe, agréable et très rejouable.

Dans les prés en solo ?

Le livret solo vous propose 40 puzzles pour lesquels vous avez un certain nombre de coups pour réordonner les colonnes et lignes des grille de façon croissante, avec des mouvements d’échanges de trèfles. Nous n’avons pas joué ce module, nous ne pouvons donc pas en parler, mais d’autres puzzles sont disponibles sur le site de l’éditeur. Une initiative bienvenue, pour vous, Mamie Jeanine ou votre marmot s’il aime ce genre d’exercice.

L’avis de Plateau Marmots: faut-il lui jeter des fleurs ?

Au vu des premières réactions un peu contrastées de ma team émérites de testeurs, je ne savais pas trop quoi penser de Lucky Numbers. Mais nous avons poussé l’expérience un peu plus loin et finalement adopté le jeu, car son potentiel n’est pas de prime abord évident pour tout le monde.

Pour autant, avec ses règles très abordables, Lucky Numbers pourra facilement réunir autour de la table différentes générations pour des parties rapides et tendues. Une édition bien pensée et soignée et une direction artistique efficace et agréable transforment ce petit jeu aux abords sans prétention en un incontournable des après-midi détendues, où l’on pourra prendre son thé et ses biscuits et gentiment se taquiner en piquant les trèfles des autres.

On aime

  • Le matériel vraiment agréable
  • Piquer les trèfles des autres
  • Le prix tout doux

On aime moins

  • On ne peut pas gagner quand on est vraiment poissard poissard. Mais c’est heureusement rare

Votre marmot aimera si

  • Il aime les jeux de tirages de nombres
  • Le vert est sa couleur
  • Le hasard ne le rebute pas
  • Il s’en fiche de planifier 28 tours à l’avance

Le trouver

Fiche technique

  • Un jeu de Michael Schacht
  • Edité par Tiki Editions
  • Illustré par Christine Alcouffe
  • Pour 1 à 4 joueurs
  • Pour des parties de 20 minutes

Pour aller plus loin

Bruno Cathala et Tiki Editions vous proposent une variante qui sera incluse dans les prochaines éditions des boîtes, en goodie en boutique dès l’année prochaine et est d’ores et déjà disponible ici. Il s’agit de pouvoir rejouer plusieurs coups d’affilée. Intrigués ? Allez donc jeter un oeil !

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