Test – Outspeed (Un jeu 8Bit Box)

En 1990, trois ans avant la sortie de Mario Kart, Nintendo sort un jeu vidéo de course futuriste qui va devenir un modèle du genre : F-Zero. L’idée, c’est de piloter un véhicule antigrav, flottant à quelques centimètres du sol, et d’atteindre des vitesses inimaginables pour des courses très disputées. Le succès fut phénoménal et les suites nombreuses. En 1995, les anglais de Psygnosis s’amusèrent à reprendre ce concept, mais en dotant alors les bolides d’un arsenal offensif et défensif. Ce fut Wipeout, l’un des premiers jeux phares de la génération Playstation, connu pour sa fluidité démoniaque, ses circuits tortueux et sa bande-son signée par les (encore méconnus) Chemical Brothers, Orbital, Prodigy et consorts.

En 2018, la 8Bit Box accueille Outspeed, l’un des 3 jeux fournis avec la console de jeux de société by Iello. C’est un véritable hommage à F-Zero et WipeOut, mais aussi à de nombreux autres, comme Star Wars Racer ou Hi-Octane, typiques des années 1990. 

Est-ce qu’un jeu aussi speedé que F-Zéro peut être transformé en jeu de société ? C’est la cruelle question à laquelle nous allons devoir répondre de ce pas.

Outspeed est un jeu de Franck Crittin et Grégoire Largey, inclus dans le coffret 8Bit Box. Il permet de 3 à 6 joueurs de se défier à la course, à partir de 8 ans. 

Back to Mute City

La boîte d’Outspeed est sans doute celle qui contient le plus de matériel sur les 3 jeux de lancement. Vous y trouverez notamment 6 petits véhicules en carton, une quinzaine de tuiles de course, des jetons « bonus » qui vous permettront d’attaquer ou de vous défendre, et 3 plateaux de jeux qui sont utilisés pour indiquer votre position relative.

C’est sans doute le point qui déstabilisera le plus vos marmots lors de la première partie : on ne fait pas la course sur le plateau de jeu, mais sur les tuiles qui déterminent le chemin que vous choisirez de prendre. Le plateau de jeu est uniquement là pour vous permettre de voir où vous vous trouvez par rapport à vos adversaires. Les éléments de décor qui y figurent (tremplins, obstacles…) n’ont en effet aucune incidence sur la course, ce qui est un peu déconcertant pour les jeunes joueurs.

Un petit mot quand même pour vous dire que les illustrations de Djib sont très réussies et évoquent immédiatement Star Wars Racer avec sa course dans le canyon de Tatooine. Les bolides en carton, quant à eux, sont tout simplement magnifiques et totalement dans l’esprit des jeux auxquels ils rendent hommage. Dommage en revanche que l’ensemble soit assez fragile à dépuncher, comme pour les autres jeux de cette première fournée. Les vaisseaux ont l’air un peu « fragiles » une fois montés, et on veillera bien à les protéger dans un petit sachet plastique, hélas non fourni.

La notice, typique du look jeu vidéo, est un modèle de lisibilité et de clarté. Pas de souci pour savoir jouer dès la première lecture.

Chemical Beats

La mise en place du jeu est assez simple, mais demande un peu de méthode. Il faut en effet assembler le plateau de jeu en 3 parties et y placer tous les véhicules sur la même ligne. Il faut ensuite mélanger les 12 tuiles de course et les placer dans un ordre aléatoire. Ce sera le tracé pour cette course. La dernière tuile, quant à elle, est piochée au hasard. Il y a en effet quatre finishs possibles : on se gardera bien de regarder en détail celui qui nous attend pour la fin de course.

Lors de la mise en place, on prendra également garde à ce que les tuiles de jeu soient toutes placées sur leur face correspondant au nombre de joueurs (3-4 ou 5-6). Pour une première partie, on peut également découvrir un tracé « équilibré » en plaçant les tuiles de course dans leur ordre chronologique. Cela permet de découvrir certaines subtilités de manière progressive, et ça n’est pas plus mal.

Chaque joueur prend ensuite une manette de jeu, sa réserve de fuel, les bonus sont placés face cachée à proximité du jeu… et c’est parti !

« Par là il y a trop de rochers, ici c’est plus facile ! »

Pour piloter son engin et laisser les autres dans la poussière, chaque joueur regarde la tuile course qui se trouve au sommet de la pile. Chaque tuile contient 2 ou 3 chemins possibles, tous identifiés par une icône. Cette icône, vous l’aurez deviné, fait partie de celles que l’on retrouve sur la manette.

Dans le plus grand secret, donc, chaque joueur choisit donc son chemin en sélectionnant l’icône correspondante sur la manette. Une fois que chacun a programmé son déplacement, les manettes sont retournées simultanément et les actions révélées.

Sur chaque route choisie, il y a 3 lignes à prendre en compte : les conditions, le coût et le gain.

  • Les conditions : elles représentent le nombre maximum de joueurs qui peut emprunter cette voie. Si, au moment de la révélation des actions, plus de joueurs s’y engagent, ils se gênent mutuellement et perdent leur tour.
  • Le coût : c’est la dépense en fuel nécessaire pour emprunter cette voie. Chaque joueur qui a choisi cette route doit se défausser du nombre de jetons fuel correspondant.
  • Le gain : il sera le plus souvent représenté par le nombre de cases gagnées et/ou le bonus amassé en chemin. Il est en effet possible (et fort recommandé) de ramasser en chemin des armes offensives et défensives, ainsi que du fuel. Vous constaterez que ce dernier a tendance à s’épuiser très rapidement dès que vous vous engagez sur des chemins qui vous permettent de gagner beaucoup de cases. Si vous enfoncez la pédale des gaz, vous cramez du carburant : logique.

Jeremy Clarkson’s style

Coûts et gains seront toujours très variables d’une tuile à l’autre, certains seront parfois aléatoires (avec un lancer de dé), si vous acceptez de courir un tel risque. Mais ce sera toujours optionnel, puisque d’autres chemins existent.

Dès que les joueurs ont révélé leurs actions pour le tour, ils résolvent simultanément la ligne « condition », puis la ligne « coût », puis la ligne « gain ».

Les joueurs peuvent alors déplacer leurs bolides sur la piste d’autant de cases que la ligne gain ne les y autorise. Dès qu’un joueur ne peut plus avancer faute de place disponible devant lui, on prend alors le plateau de jeu le plus éloigné de la tête de la course et on le place devant le joueur pour qu’il puisse finir son mouvement.

Et s’il se trouvait encore des véhicules sur ce plateau…, ils sont purement et simplement éliminés de la course.

« Survivant, toujours plus loin droit devant »

Eh oui, car il ne suffit pas d’arriver premier, encore faut-il arriver tout court ! À ceux qui envisageaient déjà de rouler pépère et d’emmagasiner le fuel pour lâcher un turbo de la mort en mode fury, le risque est grand de se retrouver distancé dès le premier tiers de la course.

Mais il est tout aussi vrai que le fait de foncer à bride abattue sans se soucier du carburant peut s’avérer tout aussi fatal. Si c’est la panne sèche, c’est aussi l’élimination directe. Et si le hasard du tracé aléatoire a mis la prochaine station-service en fin de course, vous risquez d’en être pour vos frais.

Pour arranger les choses, vos ennemis risquent fort de vous compliquer la vie en vous… tirant dessus. De nombreux bonus offensifs peuvent en effet être récoltés sur la piste (canon à ions, lance-flammes, électro-aimant, etc.). Ces derniers, une fois utilisés, peuvent vous permettre de faire reculer vos adversaires sur la piste, de détruire une partie de leur fuel, d’empêcher tout dépassement, etc.

Les bonus sont joués juste avant les mouvements, et peuvent donc modifier totalement la physionomie de la course s’ils sont joués au bon moment. Tout gamer connaît la redoutable puissance d’une carapace de tortue envoyée au moment opportun.

Rendez-vous au dernier virage

Quand les joueurs arrivent sur la dernière tuile, ils pourront alors souvent donner un bon coup de boost pour emporter la victoire. C’est en effet le joueur qui sera le plus haut sur le plateau de jeu qui l’emporte, une fois cette tuile terminée. Les ex aequo seront départagés par le fuel et les bonus restants.

Il sera alors le temps de souffler et de se remettre de cette course, aussi éprouvante qu’intense. Et de vite préparer la prochaine !

« Si ça passe, c’est beau ! »

Bon, n’y allons pas par quatre chemins : Outspeed justifie à lui seul l’achat d’une 8Bit Box. C’est un jeu de course rapide et fun qui allie finesse et fourberie. Le choix du « bon tracé » est un délicieux dilemme qui va se répéter à 12 reprises. Beaucoup d’éléments seront à prendre en compte à chaque tour :

  • la position des adversaires
  • votre niveau de fuel
  • le coût et le gain de chaque option
  • le risque d’être éliminé si vous êtes trop proche du bord de la carte

À cela, il faut ajouter les conditions, présentes sur la plupart des cartes. Si vous êtes trop nombreux sur la même route, les mouvements s’annulent d’eux-mêmes. Vous ne dépensez rien, mais vous n’avancez pas. Ce qui est toujours dangereux quand la sortie du plateau de jeu est éliminatoire. Il faut donc constamment faire le pari du choix des adversaires pour tirer son épingle du jeu.

Donc ça bluffe. Ça discute. Ça pleure, évidemment, à chaque révélation des choix des uns et des autres. Mais c’est surtout fendard et grisant, en particulier quand on peut rattraper le pilote de tête au moyen d’un tir de lance-flammes vicieusement placé.

Outspeed est un jeu très, très réussi, qui permet de se tirer la bourre en toute méchanceté et avec la jubilation qui va de bon aloi. L’idée de programmer sa trajectoire individuelle sur des tuiles communes est vraiment excellente et donne un côté très immersif aux parties. Alors certes, parfois prendre des risques paie, et parfois un dé vicieux viendra vous pourrir la partie. Mais chaque utilisation du dé étant optionnelle, vous n’aurez alors qu’à vous en prendre à vous même. Ce qui ne vous consolera guère, certes. 

Outspeed est un jeu qui transcende la 8Bit Box et qui serait parfaitement légitime s’il était vendu indépendamment du bundle. Du fun en boîte pour de longues soirées en perspective, que l’on aime l’esprit racing ou non. Comment résister ?

C’est un jeu parfait alors ?

Bien sûr que non, voyons. Vous nous connaissez assez maintenant pour savoir qu’il y a toujours quelque chose qui nous chagrine !

En l’occurrence, l’excellence d’Outspeed est presque limitée par son support. Ce jeu pourrait sortir demain en version grosse boîte et il raflerait la mise. Il suffirait de tuiles de courses plus nombreuses et variées (météo, environnement…), d’un matériel plus conséquent et d’encore meilleure qualité pour réaliser un grand, grand jeu. Cela ne veut pas dire que vous n’allez pas vous amuser avec Outspeed, bien au contraire… Mais après les premières parties, on prend vite un stylo pour rédiger vite fait des variantes et ajouts qui feraient tellement de bien à ce jeu, comme un mode par équipe, un mode championnat, la possibilité d’avoir un équipement défaillant, voire des points de vie sur le véhicule…

Et là vous me dites : « du calme gamin, tu sors totalement du cadre du petit jeu d’arcade vite joué, vite amusé ». Et je vous répondrai que vous avez indubitablement raison. Mais ce jeu en a le potentiel, clairement. Vous aurez un sourire blasé si je vous glisse qu’Outspeed en a encore largement sous la pédale, mais c’est terriblement vrai.

On arrête les parties après plusieurs heures, non pas parce qu’on se lasse du système, mais parce qu’on se lasse peu à peu de l’environnement de jeu. Il suffirait de 12 tuiles dans un monde de glace, 12 tuiles dans une cité high-tech, 12 autres dans des tunnels, et bim, voilà un championnat tout fait qui entraînera les racers de tout poil dans des courses grisantes jusqu’au bout de la nuit.

La vérité, c’est qu’Outspeed ne nous laisse pas sur votre faim… mais il nous ouvre certainement l’appétit.

L’avis de Plateau Marmots

Que dire d’Outspeed sans multiplier les superlatifs ? C’est un jeu particulièrement réussi pour tout fan de jeu de course un peu vicelard, mais qui saura également plaire à la grande majorité des joueurs. Sa mécanique, aussi amusante qu’intelligente, permet de jouer au grand tacticien de la piste ou au bourrin absolu et d’y trouver un même plaisir de jeu.

Les marmots, quant à eux, devront effectivement avoir un peu de bouteille (entre 7 et 9 ans) pour choper les mécanismes du jeu et se les approprier en douceur. Une fois que ce sera fait, en revanche, ils deviendront de farouches adversaires, bien décidés à vous prouver que la génération Switch n’a rien à envier à la génération Super Nes.

Si on ne manquera pas de couiner sur le manque d’ambition du jeu, qui serait totalement légitime pour devenir un gros kickstarter avec figurines, appli dédiée et stretch goals à rallonge, ce n’est que pour souligner un énorme plaisir de jeu qui nous occupera de longs après-midis.      

On l’a dit plus haut, on le répète bien volontiers : Outspeed justifie à lui seul l’achat d’une 8Bit Box. On ne peut désormais que piaffer dans l’attente d’un Outspeed 2 Turbo Championship Ultra Racer Edition Alpha Brocolis Prime’, qui viendra définitivement enfoncer le clou et imposer la griffe Outspeed dans le monde des jeux de société de course… comme F-Zero a su le faire en son temps. 

On aime

  • C’est beau
  • C’est malin
  • C’est immersif
  • C’est sournois
  • C’est fun
  • C’est tactique
  • C’est cruel
  • C’est un coup de coeur

On aime moins

  • Matériel un peu fragile
  • Des possibilités énormes à développer
  • A quand la suite ? 

Fiche Technique

Un jeu de Franck Crittin et Grégoire Largey
Illustré par Djib
Edité par Iello
Pour 3 à 6 joueurs
A partir de 8 ans
Date de sortie : octobre 2018
Le trouver chez Philibert

 

Ce jeu est inclus dans le coffret “8 Bit Box”, qui contient 3 jeux : https://www.8bit-box.com/fr/

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