Test – Stadium (Un jeu 8Bit Box)

Tout commença en 1983. C’est l’année où une épidémie de tendinites, luxations et autres entorses  déferla à travers le monde. Ce mal, d’un genre nouveau, était inexplicable. Les victimes étaient jeunes, souvent des adolescents. Aucun n’était connu pour ses exploits sportifs, mais tous évoquent de vives douleurs aux doigts ou aux poignets après des épreuves de 110 mètres haies ou de saut en longueur. Il y eut, en parallèle, une crise sans précédent sur le marché des manettes de jeux et autres joysticks, qui étaient de plus en plus retournés, fracassés, auprès des SAV. Le monde venait de découvrir Track & Field et les ados de tout poil secouaient leurs bâtons de joie dans tous les sens en poussant des beuglements cro-magnonesques jusqu’à la fracture du métacarpe. Le monde du jeu vidéo ne fut alors plus jamais tout à fait le même.

De fait, les jeux sportifs multi-épreuves avec mini jeux se succédèrent au fil des décennies, de California Games à Sonic et Mario aux Jeux Olympiques, et c’est aujourd’hui sur la toute nouvelle 8Bit Box que le genre fait son apparition.

Mais inutile d’appeler les urgences pour leur réserver un plâtre, car nous allons voir ici que le sport, cela peut être très tactique.

Stadium est un jeu de Franck Crittin et Grégoire Largey, édité par Iello dans son Bundle 8Bit Box. C’est un jeu par équipe qui réunit 4 ou 6 joueurs, à partir de 10 ans.

Les fous du stade

Stadium est, vous l’aurez compris, un jeu de sports multi-épreuves. Mais sortez-vous de la tête les références aux mini-jeux rigolos façon Mario Party, car il va ici être question de gestion et de tactique. Stadium est un jeu pour grands marmots, avec des parties de près de trois quarts d’heure. On est donc loin de la simplicité de Pixoid ou de l’explosivité d’Outspeed, chose qu’il faut avoir à l’esprit avant d’aborder ce test.

Car si Stadium fait la part belle aux épreuves diverses et variées, c’est votre score sur le long cours qu’il faudra prendre en considération. Et comme il s’agit obligatoirement d’un jeu d’équipe (il faut vraiment y jouer à 6 pour une expérience optimale), avoir confiance en ses partenaires sera forcément déterminant pour la victoire.

Quartier libre à Djib !

Si l’illustrateur n’avait sans doute pas pu s’exprimer autant qu’il l’aurait souhaité avec Pixoid, il aura clairement pu se faire plaisir avec Stadium. Le jeu est un régal pour les yeux, et les 16 épreuves sont illustrées avec beaucoup de talent et de second degré.

La boîte de jeu contient donc 16 tuiles épreuves, 2 tuiles de score et 6 tuiles “personnages”. Ces derniers, divisés en deux équipes, sont également croqués avec beaucoup d’humour. Ils rappellent volontiers la diversité de personnages et les “tronches” que l’on pouvait avoir sur la série Punch Out, par exemple.

La règle du jeu tient en deux livrets : le premier pour les principes de base, le second pour le détail de chaque épreuve. C’est pratique et bien vu.

“Tout cela ne nouus reugardeu pas”

La mise en place consiste essentiellement dans la pioche des épreuves qui seront disputées.

Les épreuves sont classées en 3 types :

  • les épreuves standard
  • les épreuves de repos (où l’on pourra récupérer de l’énergie)
  • les épreuves finales

6 épreuves standard, 2 épreuves de repos et 2 épreuves finales sont donc piochées puis disposées face cachée, de sorte à former une piste d’athlétisme. Chaque partie est donc différente des autres, car elle ne propose pas les mêmes épreuves, ni dans le même ordre, ce qui a une importance cruciale pour la gestion de l’effort.

Deux équipes sont ensuite formées, les bleus contre les rouges. La disposition des joueurs est importante, car on alternera volontairement les joueurs bleus et rouges autour de la table. Chaque athlète démarre avec 25 points d’énergie, et la guerre du stade peut commencer.

À vos marques, prêts…  gérez !

Le tour de jeu consiste à retourner la prochaine épreuve du parcours et à se conformer à ses instructions. Si les épreuves sont variées, leur principe est souvent similaire : mettre en jeu des points d’énergie pour remporter des médailles. Plus les joueurs vont miser de points d’énergie, plus ils gagneront d’épreuves. Mais ils risquent fort de se retrouver à sec et de ne plus pouvoir participer aux épreuves finales en cas de surrégime. Chaque joueur va donc devoir évaluer, un peu comme au poker, s’il est utile ou non de participer à l’épreuve, et surtout combien d’énergie y dépenser.

Pour chaque épreuve, en effet, les joueurs doivent décider de s’engager ou de laisser les autres bosser et de faire la sieste. En cas d’impasse, aucune énergie n’est dépensée (se faire un rail de coke sur l’une des haies du 110 mètres ne demande pas trop d’effort). Sur les tuiles “de repos”, ne pas participer ramènera même quelques points d’énergie au joueur fatigué. Mais cela suppose aussi laisser un boulevard à l’adversaire qui peut du coup faire le plein de médailles.

Faire l’impasse totale sur les épreuves peut donc coûter parfois très cher. Il faudra donc jouer la stratégie… et la gestion.

L’épique équipe

C’est bien pour cette raison que Stadium est avant tout un jeu d’équipe, dans lequel il faudra bien entendu gérer vos propres ressources, mais aussi celles de vos coéquipiers, quitte à aller se sacrifier de temps en temps pour empêcher un adversaire de faire le carton plein.

Mais la cerise sur le gâteau, c’est que certaines épreuves proscrivent toute communication entre équipiers. Et puisque vous êtes forcément assis à côté d’un adversaire, il sera difficile de faire des signes. Vous devrez donc deviner ce que vos coéquipiers ont en tête et savoir agir en votre âme et conscience. Il y aura des succès flamboyants et des échecs lamentables… Et les épreuves sont suffisamment nombreuses pour qu’il soit impossible de vous souvenir de votre stratégie d’équipe, savamment mise en place une heure plus tôt.  

Même sans pouvoir communiquer, un regard vers le niveau d’énergie des uns et des autres vous donnera toutefois un bon aperçu de leur capacité à s’investir dans l’épreuve en cours, sachant qu’il est interdit de mettre en jeu de l’énergie que l’on ne possède déjà plus.

Bref, si vos adversaires sont exsangues, vous savez qu’il est inutile de miser trop haut pour emporter la médaille. Niark niark niark.

Des épreuves variées

On apprécie tout particulièrement Stadium pour l’effort qui a été fait sur la variété des épreuves et de leur résolution. La plupart, évidemment, se jouent à la manette, où l’on décide en secret de sa mise en points d’énergie. Comme pour les autres jeux 8Bit Box, les manettes sont ensuite révélées simultanément entre les joueurs, pour des résultats souvent cocasses, surtout entre coéquipiers. “Mais on avait dit que c’est moi qui faisais le saut à la perche”, est une phrase typique que vous risquez d’entendre souvent.

D’autres épreuves fonctionnent sans manette, sur la base d’enchères individuelles ou pour l’équipe entière. Il s’agira alors d’avoir la valeur d’énergie la plus haute possible, sans trop puiser dans les réserves collectives.

Les épreuves les plus amusantes sont toutefois celles où le fait de dépenser un point d’énergie permet d’effectuer une action, comme une relance de dé. Il y a là un côté “stop ou encore” très amusant, mais une fois encore il faut savoir s’arrêter à temps pour ne pas finir sur les rotules.

Comme dans tout jeu de ce type, certaines épreuves sortent du lot là où d’autres sont plus anecdotiques. Difficile de faire fun et varié sur 16 épreuves différentes. Un gros coup de coeur, néanmoins, pour l’épreuve de dopage, aussi amusante que maligne.

And the winner is

Le système d’attribution des points est assez simple, mais réserve quelques subtilités que je vais vous épargner ici. Certaines épreuves vont directement distribuer des médailles d’or à l’équipe qui l’emporte, tandis que d’autres vont décliner les médailles (or, argent, bronze)  en fonction des résultats individuels.

À la fin de la partie, chaque équipe convertit ses médailles en points et fait le total. L’équipe qui a le plus haut score gagne les Jeux olympiques de la table basse, et peut prétendre à la dernière part de pizza. Ce qui sera, somme toute, bien mérité.

Dans quel état gère ?

Si Stadium est un jeu intéressant pour les grands, les marmots ont forcément vite trouvé le temps long devant un jeu entièrement basé sur la gestion et la stratégie. L’âge indiqué de 10 ans est tout à fait réaliste, et je serais même tenté de dire que même à cet âge, il vaut mieux qu’il y ait un adulte dans l’équipe, pour aider à doser la prise de risques. N’allez pas en déduire que Stadium est un jeu ennuyeux, loin de là. Mais il faut clairement appréhender chaque partie en dosant subtilement son effort et en observant l’adversaire. Dans quelle épreuve va-t-il mettre le paquet ? Faut-il lui laisser ou tenter de le contrer ? Combien d’énergie mettre dans chaque épreuve ? Est-ce que mes coéquipiers vont comprendre que je fais l’impasse sur la natation ? Autant de questions fondamentales qui demandent d’avoir une vision globale de la partie et des ressources disponibles.

On regrettera toutefois qu’un peu de personnalisation n’ait pu être apporté au jeu. Peut-être que les marmots auraient pu se sentir plus concernés si chaque personnage avait eu accès à un bonus, déclenchable sur une épreuve précise ? On aurait également apprécié qu’un peu plus d’épreuves soient en décalage avec le sport, comme celle du dopage. Chasse aux sponsors, conduite en état d’ivresse ou danse de victoire ridicule pourraient être des épreuves sympathiques. 

All in ?

Plus j’y repense, et plus je trouve que mon analogie avec le poker est assez pertinente. On part avec un capital de départ que l’on doit gérer tout en essayant de le convertir en médailles. À chaque manche, l’idée est de faire en sorte que les adversaires dépensent le plus possible… sans pour autant gagner. Et on doit de surcroît gérer notre capital énergie avec deux autres joueurs, sans forcément pouvoir communiquer avec eux. Pas simple. Cela demande de savoir lire l’adversaire, et de prendre le risque de se tromper en montant les enchères.

C’est captivant à jouer entre adultes, mais je ne suis pas persuadé que des enfants de moins de douze ans y trouveront leur compte. Bien sûr, rien dans les règles ne les empêche de prendre plaisir à chaque épreuve, sur un plan individuel. À voir donc avec vos marmots si leur goût de la gestion sportive est assez développé pour qu’ils y prennent du plaisir. S’ils préfèrent Football Manager à Fifa 19, vous avez déjà la réponse.

L’avis de Plateau Marmots

Avec Stadium, la 8Bit Box s’enrichit d’un jeu de gestion tactique aux illustrations particulièrement accrocheuses. On prend un vrai plaisir à empiler les médailles d’or, et on pleure sincèrement en constatant que ceux d’en face nous on laissé nous remporter l’escrime pour mieux nous dépasser sur les épreuves finales.

On ne pourra toutefois que constater qu’il s’agit d’un jeu pour les grands marmots, qui ne s’y intéresseront probablement guère avant 10 – 12 ans. Il faudra qu’ils aient acquis suffisamment de patience et d’esprit collectif pour jouer la gagne sur le long terme, ce qui suppose une certaine maturité.

Stadium prend donc totalement le contrepied des jeux 100 % arcade type Track & Field ou Winter Games pour dérouler un marathon de bluff et de sournoiserie. Jouez-y de préférence à six joueurs pour un plaisir complet, et sachez vous économiser en jetant les dés : une entorse est si vite arrivée. 

On aime

  • Gestion tactique accessible et amusante
  • Des illustrations très réussies
  • Du bluff

On aime moins

  • Un jeu destiné aux “grands”
  • Parfois répétitif
  • Pas de pouvoirs dédiés aux athlètes

Fiche Technique

Un jeu de Franck Crittin et Grégoire Largey
Illustré par Djib
Edité par Iello
Pour 4 ou 6 joueurs (prévu pour 6)
A partir de 10 ans
Date de sortie : octobre 2018
Le trouver chez Philibert

Ce jeu est inclus dans le coffret “8 Bit Box”, qui contient 3 jeux : https://www.8bit-box.com/fr/

Pour aller plus loin…  

2 pensées sur “Test – Stadium (Un jeu 8Bit Box)

  • 19 septembre 2018 à 9 h 30 min
    Permalink

    Merci beaucoup pour ce test, et je suis ravi que les illustrations vous aient plues !

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    • 19 septembre 2018 à 9 h 39 min
      Permalink

      Elles sont géniales et pleines de petits détails amusants. Elles contribuent énormément au plaisir de jeu : c’est un magnifique travail.

      Répondre

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