Test – Roundforest

Dans la forêt lointaiiiiiiiiiine, on entend le coucouuuuuu… Oui, c’est vrai chers parents, mais il n’en est pas le seul habitant… Les forêts ont toujours nourri l’imaginaire à travers leurs légendes, mythes et contes. Beaucoup de nos marmots rêvent de s’aventurer dans des bois peuplés de créatures bienveillantes et douées de parole, de rencontrer des fées et des dryades, de découvrir le village des Schtroumpfs ou encore d’être élevés par des loups ou des gorilles (« plutôt des licornes » me glisse Emy dans l’oreillette). Pourtant, tel un rite initiatique incontournable, la forêt est souvent d’abord présentée aux marmots comme un lieu dangereux où le Petit Poucet se perd, où habite la sorcière de Hansel et Gretel et où Blanche-Neige affronte des arbres griffus. Et puis cela continue à tous les âges, tellement il est facile de disparaître dévoré par les araignées géantes cachées dans les bois de Harry Potter ou du Seigneur des Anneaux, voire de disparaitre tout court dans la sinistre forêt du Projet Blair Witch.

Alors chers parents, si votre famille a réussi jusqu’à présent à se méfier des loups fourbes et des vieilles inconnues, à refuser les pommes et les nuits offertes dans des chaumières en pain d’épices, si elle a toujours pensé à semer des cailloux plutôt que des morceaux de pain, écartez-vous cette fois-ci du chemin balisé pour entrer dans la forêt mi-merveilleuse, mi-maléfique, mais surtout ludique de Roundforest !

Dans Roundforest, les joueurs incarnent des explorateurs partis à l’aventure dans la fameuse Forêt Ronde. Leur objectif : récolter trois pommes d’or pour les remettre au grand Esprit de la Forêt, gardien du légendaire Anneau d’Emeraude. Mais tout ne sera pas aussi simple que prévu…

Roundforest est un jeu familial de Pierrot, illustré par Sandor Zubalv et édité par la maison autrichienne Piatnik. C’est un jeu compétitif pour 2 à 4 joueurs à partir de 8 ans pour des parties d’environ 45 minutes – 1 heure.

 

 

« Séquoia ce jeu ? Approche si t’es un orme ! »   

Dans Roundforest, les joueurs partent à la découverte d’une forêt enchantée pleine de surprises ! Ils doivent réussir à se repérer dans cette forêt, une forêt vivante qui se transforme après chaque pas effectué… Pas simple de trouver où se cache l’Esprit de la Forêt… De quoi même faire pâlir l’épreuve d’orientation de Koh Lanta ! Au détour des chemins sinueux, ils vont rencontrer des personnages plus ou moins amicaux qui peuvent donner des quêtes à accomplir ou encore offrir des capacités spéciales afin de récolter les très recherchées pommes d’or.

Comment tout ceci se met en place ?

  • la forêt est construite au hasard à l’aide de tuiles octogonales qui sont placées alignées en ligne et en colonne. La taille de la forêt dépend du nombre de joueurs : 32 tuiles à 3 ou 4 joueurs, 21 tuiles à 2 joueurs. Il faut placer sur chaque tuile « forêt » un jeton rond de couleur (bleu, rouge ou jaune) tiré aléatoirement dans un sac en tissu noir.
  • chaque joueur choisit un personnage (une belle figurine en couleur) et place une tuile « sac à dos » dans un des quatre coins de la forêt. Cette tuile permet de ranger les jetons collectés pendant l’aventure (objets, pièces).
  • autour de la forêt, il faut également placer :
    • un sac bleu contenant des jetons « objets ». Il s’agit des différents objets à collecter au cours de la partie. Il y a de tout, cela va du champignon à l’enclume !
    • un plateau « fée » qui permet de faire du troc d’objets avec la gentille (mais vénale) fée du coin. On positionne au hasard neuf jetons « objets » sur ce plateau en début de partie.
    • des jetons et cartes « personnages ». Les jetons permettent de placer les personnages dans la forêt au fil des rencontres. Et les cartes donnent les indications sur les quêtes à effectuer.
    • des jetons représentant des pièces d’argent et de cuivre, ainsi que les précieux : les jetons « pomme d’or » et LE jeton « anneau d’émeraude ».
    • chaque joueur reçoit également deux jetons « boussoles », qui comme vous pouvez le deviner, donnent un petit coup de pouce aux joueurs dans leur déplacement.

 

 

« C’est encore loin Grand Schtroumpf ? »  

Comment se déroule une partie ?

Chaque joueur débute avec son personnage placé sur son sac à dos, dans un des quatre coins de la Forêt Ronde (NDL : oui oui Krinie, il peut y avoir des angles droits dans un cercle, ne chipote pas). A chaque tour, un joueur peut déplacer son pion ou bien rester sur la tuile « forêt » qu’il occupe pour se reposer. Sur chaque tuile « forêt », il y a deux symboles / cercles pour chaque point cardinal (nord, sud, est, ouest), soit, si vous suivez, huit symboles. Le cercle intérieur indique la tuile « forêt » adjacente et le cercle à l’extrémité la tuile voisine suivante. Ces symboles indiquent la manière dont le joueur peut se déplacer : un symbole plein indique qu’il peut avancer dans la direction indiquée, un symbole vide rend impossible le déplacement. Si, par exemple, le symbole intérieur est vide mais l’extérieur plein, pour la direction au nord, le joueur peut ainsi « sauter » la tuile « forêt » adjacente pour arriver sur la tuile d’après au nord. D’où l’utilité des jetons « boussoles », attribués à chaque joueur, qui peuvent permettre de se déplacer quand même sur une tuile à priori interdite (mais deux fois seulement dans la partie). Il est donc possible dès le début de la partie de visualiser toute la forêt et de programmer son parcours. MAIS il y a un hic… Je vous avais prévenu : la forêt bouge ! Et cela se traduit remarquablement bien dans la mécanique du jeu, car, à chaque tour, après avoir fait un déplacement ou après s’être reposé, il faut tourner la tuile « forêt » de 90 degrés, ce qui va pour le prochain tour complètement changer les possibilités de déplacement ! Mouhaha c’est démoniaque !

 

 

« Une balade dans la Forêt Ronde, c’est comme une boite de chocolats … »  

Maintenant que vous avez appris à marcher, il faut apprendre à chercher ! Sur chaque tuile « forêt » se trouve donc un jeton de couleur bleu, jaune ou rouge. Une fois arrivé sur une tuile « forêt », le joueur a les possibilités suivantes :

  • jeton bleu :

Le joueur trouve un objet qu’il tire aléatoirement dans le sac bleu. Cet objet peut être gardé et placé dans le sac à dos. Il y a des objets lourds (une enclume) et légers (un champignon) : chaque joueur ne peut avoir qu’un seul objet lourd et chaque sac à dos est limité à trois objets maximum (tout le monde n’a pas le sac à main extensible de notre flamboyante Soffy). Cet objet peut aussi être laissé dans la nature sur la tuile « forêt » avec l’espoir de trouver un jour un heureux propriétaire.

Avec ces objets, il est aussi possible de faire du troc avec la fée des bois : cette vaniteuse fée permet ainsi d’échanger l’objet récupéré contre un des neuf autres objets présentés sur le plateau « fée » et éventuellement une à deux pièces de cuivre supplémentaires selon l’objet souhaité.

  • jeton jaune :

Le joueur tire un objet aléatoirement dans le sac bleu et le place sur une autre tuile « forêt » à la place d’un autre jeton jaune.

  • jeton rouge :

Le joueur rencontre un personnage de la forêt. Il tire au hasard une carte personnage. Ce personnage est alors représenté sur la tuile « forêt » par son jeton personnage. Les personnages peuvent être amicaux (comme l’aubergiste), altruistes (comme la licorne c’est bien connu) ou hostiles (comme le démon).

Les personnages amicaux donnent des missions à accomplir. Il y a deux quêtes par carte :

  • une quête d’échange d’objets : elle consiste à rapporter au personnage un objet demandé (un tonneau de bière par exemple) pour que celui-ci produise un autre objet (une potion magique par exemple).
  • La seconde consiste à donner deux objets au personnage contre une pomme d’or.

Et tout se complique pour nos pauvres aventuriers ! La première mission représente en effet une « dette » à solder auprès du personnage. Tant qu’elle ne sera pas réglée, la partie ne pourra PAS être gagnée par le joueur. Il existe cependant un autre moyen de solder sa dette : en donnant immédiatement une pomme d’or au personnage, si par exemple la mission apparait trop compliquée à réaliser. A noter que les quêtes, une fois tirées, deviennent ouvertes à tous les joueurs. Néanmoins, la dette reste attachée au joueur qui a tiré la carte personnage. Ainsi, un joueur peut valider la quête lancée par un joueur adverse et donc lui voler la récompense promise, mais il lui permet ainsi d’effacer son ardoise et éventuellement de gagner ultérieurement la partie ! C’est plutôt malin !

Les personnages hostiles vous rançonnent et demandent des pièces de cuivre ou d’argent. Il est possible de les vaincre si le joueur a un objet spécial avec lui (la croix contre la sorcière par exemple) ainsi que la somme d’argent requise. Il gagne alors en bonus une pomme d’or.

Les personnages altruistes offrent certaines capacités spéciales. Il y a parmi eux notre but ultime : l’Esprit de la Forêt. Mais il y a aussi la licorne, qui peut amener le joueur sur la tuile « forêt » de son choix. Et plein d’autres personnages offrant des capacités uniques que je ne spoilerai pas ici.

Pour obtenir les pommes d’or, il est également possible d’utiliser les tuiles « puits » : il y en a quatre dans la forêt, et elles permettent aux joueurs d’échanger des objets contre des pièces, et des pièces contre des pommes d’or.

Les joueurs explorent ainsi cette mystérieuse forêt en se déplaçant de tuile en tuile tout en collectant des objets  et en effectuant des quêtes auprès des hôtes de la forêt. A chaque fois qu’ils quittent une tuile « forêt », si celle-ci n’a ni jeton, ni objet, ni personnage, un nouveau jeton de couleur doit être tiré au sort dans le sac noir. La partie se termine dès qu’un joueur a récolté trois pommes d’or, qu’il s’est acquitté de toutes ses dettes envers les personnages et qu’il a atteint la tuile «forêt » où se trouve l’Esprit de la Forêt. Il reçoit en échange des pommes d’or l’Anneau d’Emeraude et gagne la partie !

 

« Ohhhh la belle verte ! » 

Côté matériel, nous sommes en présence d’un contenu qualitatif et quantitatif. La boîte de jeu contient pas moins qu’un total de 32 tuiles octogonales, 4 figurines en plastique de la couleur du joueur, 12 cartes de personnages, 52 jetons de couleur en plastique translucide, 36 pièces en plastique et diverses autres tuiles en carton.

Graphiquement, l’ensemble est bien illustré et colle à la thématique de la forêt mystérieuse. Le dessin est assez sérieux, les couleurs très sombres et vertes, pour donner un ensemble pas du tout enfantin, mais rien d’effrayant par-contre. Les graphismes permettent de reconnaitre rapidement toutes les informations nécessaires pour les quêtes et les phases d’échanges. Le matériel est de qualité et diversifié.  Plusieurs sachets sont proposés pour trier et ranger l’ensemble du contenu. Les cartes des personnages sont à mon goût trop fines, presque comme du papier, et vos marmots vont les froisser assez vite. A contrario, les éléments en carton, bien épais, sont de bonne qualité, tout comme les deux sacs en tissu. Les figurines en plastique sont plutôt réussies et bien détaillées.

Les règles du jeu ne sont pas d’une extrême clarté. Ce n’est pas que le jeu est complexe, ou la traduction moisie, mais vous venez de le lire plus haut, il y a finalement pas mal de règles et leur agencement dans la notice n’est pas très bien pensé. Un petit résumé des principales actions et des informations importantes aurait été très utile. Notez bien par exemple, car je l’ai loupé les premières parties, que l’Esprit de la Forêt apparait automatiquement dès qu’un joueur a trouvé trois pommes d’or, ce qui permet d’éviter qu’une partie s’éternise.

« J’ai la tête qui tourneuuuuuu » 

Malgré le thème du conte de fées, Roundforest demande de la réflexion et de stratégie. C’est avant tout un jeu d’observation et de programmation : les pommes dorées ne se trouvent pas dans la forêt mais doivent être récoltées après une série d’actions : planification des itinéraires, déplacement, collecte d’objets, échanges avec les personnages, conversion avec les puits magiques. Les joueurs en cours de partie ont accès à beaucoup d’informations sur le plateau de jeu et il n’est pas du tout impossible de prévoir ses actions plusieurs tours à l’avance.

Bien entendu, le hasard est extrêmement présent et d’une partie à l’autre les joueurs ne vont pas toujours trouver les bons objets et faire les bonnes rencontres au bon moment. Ce hasard peut être pondéré par une programmation des actions aux petits oignons, mais il reste un élément de gameplay important à prendre en compte.

La mécanique de jeu ne prévoit pas trop d’interactions entre les joueurs à part le « vol » de quêtes et d’objets. C’est dommage. Rien n’empêche de rajouter un peu de roleplay autour de la table et de prévoir des alliances et du troc entre joueurs. Il existe aussi une règle additionnelle, qui permet de bloquer le passage sur certaines tuiles aux autres joueurs, que je recommande vivement car elle peut engendrer quelques débats animés autour de la table entre les joueurs.

Roundforest propose en effet de bonnes idées. Outre le système de troc et la possibilité de bloquer l’accès à des tuiles, le concept clef est bien sûr l’évolution permanente des possibilités de déplacement. Rappelant le principe de « Labyrinthe », Roundforest propose une mécanique plus poussée, car la rotation des tuiles nécessite une dimension différente de planification, et les quêtes et effets supplémentaires apportent de la variété dans le jeu.

 

« Et le marmot dans tout ça ? »

Round Forest est annoncé à partir de 8 ans. Je ne le conseille pas avant et je recommande même d’y jouer en famille.

La durée de jeu annoncée d’une heure est une réalité et même un minimum. Et des enfants de 8 ans ou moins restent rarement concentrés aussi longtemps. J’ai participé une seule fois à une partie de 45 minutes, et je n’évoquerai pas par pudeur la chance isolante du marmot qui a gagné la partie. La patience est de mise car les chemins ne sont pas toujours aussi praticables qu’on l’imaginait et bien sûr le hasard joue aussi un rôle dans la distribution des objets. Il peut même arriver que la partie s’éternise et que le jeu devienne trop répétitif. Pour raccourcir la durée de jeu, je recommande donc de commencer la partie avec un objet déjà dans le sac à dos de tous les joueurs. Il est aussi possible de considérer que deux pommes d’or au lieu de trois suffiront en guise de monnaie d’échange pour l’Anneau d’Emeraude.

Un autre élément à prendre en compte est la planification des actions. Ce n’est pas forcément facile à 8 ans, mais des marmots un poil aguerris aux jeux de sociétés arriveront à intégrer cet élément après une première partie d’essai. Le problème est que toute planification peut être anéantie par  un autre joueur (blocage d’accès à une tuile « forêt », rotation des tuiles « forêt » venant perturber les déplacements, vol de quêtes), ce qui peut conduire à une certaine frustration chez nos marmots.

Roundforest est donc un excellent jeu d’apprentissage à la planification. Au-delà de la mécanique, le jeu est immersif :  il se passe quelque chose et les marmots vivent à fond leur aventure dans une forêt magique. Et encore plus si les parents les aident à les plonger dans l’univers. La dimension « course à la récompense » donne aussi un côté compétitif qui plait souvent aux marmots.

L’avis de Plateau Marmots

Roundforest est un jeu d’exploration de forêt magique fort sympathique. Grâce à des mécaniques de jeux intéressantes, il constitue un excellent apprentissage à la planification pour des familles qui recherchent un jeu avec un peu de profondeur, mais sans se perdre dans des règles trop complexes.

Avec beaucoup de contenu et un matériel d’excellente qualité, l’immersion dans l’univers proposé est rapide et efficace, même si l’édition est un peu trop sérieuse et sombre pour un jeu familial. Le jeu présente quelques défauts comme la durée un peu longuette de certaines parties et la répétitivité des actions, mais en aucun cas au point de ne pas laisser sa chance à celui-ci.

 Ca fait plaisir 

  • Un excellent jeu de parcours et d’initiation à la planification pour les marmots
  • Des mécaniques de jeu intéressantes et originales
  • Un univers très bien réussi et immersif
  • Un bon rapport qualité – prix, avec une édition qui propose beaucoup de contenu qualitatif

Ca fait moins plaisir

  • Des parties parfois un peu longues et répétitives
  • L’absence d’un résumé des règles : on se perd dans la notice alors que le jeu demeure accessible dès 8 ans

 Vos marmots risquent d’aimer ce jeu si …

  • Ils aiment les balades en forêts et les univers magiques

Le trouver

Fiche technique

  • Roundforest est un jeu de Pierrot
  • illustré par Sandor Zubalv
  • Edité par Piatnik
  • Pour 2 à 4 joueurs
  • A partir de 8 ans

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