Test – La course des tortues (bluff et salades)

5 tortues affamées se lancent dans un rush pour aller dévorer une salade, à l’autre bout du jardin. Mais seule la plus rapide des cinq pourra grignoter… à moins que ce ne soit la plus maligne ? La course des tortues est un jeu de Reiner Knizia qui, sous des apparences de jeu pour enfants un peu simpliste, dissimule un trésor de tactique et de fourberie…

“Aaaargh, j’aurais juré que tu étais la rouge !”

La course des tortues est donc, comme son nom le suggère subtilement, un jeu de course plutôt lent. Ce qu’il ne suggère pas, en revanche, c’est qu’il s’agit également d’un trésor de fourberie et de tactique. La raison la plus évidente à cela, c’est que les joueurs ne dévoilent l’identité de leur tortue qu’une fois la ligne d’arrivée franchie. Chaque joueur va en effet tirer une tortue au sort, sans jamais en révéler la couleur à ses adversaires. Cela fait penser au très réussi Minuscule, qui lui aussi n’est pas le dernier venu en matière de bluff. A ce jeu de dupes où l’on fait avancer la tortue verte pour détourner l’attention de la tortue rouge, difficile d’y voir clair et de ne pas se faire avoir… Mais nous en parlerons en détail un peu plus loin.

Des tortues plutôt mignonnes

Coloré et agréable à l’oeil, La course des tortues trompe l’ennemi avec un design très enfantin pour un jeu bien retors. Au premier coup d’oeil, on s’attendrait presque à jouer à My little Circuit (Djeco) dans lequel il suffit de lancer un dé coloré pour faire bouger un animal. Il n’en est évidemment rien ici, et il serait suicidaire de vous laisser abuser par ces sympathiques animaux en bois. Outre le plateau de jeu et les pions, la boîte contient également un deck de cartes et quelques tuiles de tortues et de salades. Le matériel, simple mais très réussi, vous permet de vous projeter immédiatement dans le potager.

La règle manque certes d’illustrations mais tient en une page (recto simple), taillée dans un format prévu pour tenir dans le fond de la boîte, ce qui est plutôt malin. On sait jouer dès la première lecture, et une variante pour les marmots les plus jeunes est également proposée. Rien à redire : c’est parfait.

Hâte toi lentement !

Une partie de La Course des Tortues commence inévitablement par la pioche de la tortue que vous allez incarner pendant la manche. Chaque prend sa tuile tortue et la conserve devant lui après l’avoir consultée, mais bien évidemment sans jamais la montrer.

Il y a ensuite une distribution de 5 cartes par joueur, le restant étant consacré à la pioche. Chaque carte permet de faire avancer (ou reculer) l’une des 5 tortues en jeu (car oui, toutes les tortues vont participer à la course, indépendamment du nombre de joueurs). Il vous faudra donc, à votre tour de jeu, jouer une carte qui va déplacer une tortue qui ne sera pas forcément la vôtre. Une fois jouée, la carte est défaussée et remplacée par une nouvelle carte prise dans la pioche. A vous de gérer vos cartes intelligemment pour ne pas vous retrouver contraint de faire gagner un adversaire, faute d’autre carte jouable.

Le but de chaque tortue est d’atteindre le bout du plateau de jeu et de pouvoir manger une salade. Si la tortue qui arrive la première n’est gérée par aucun joueur, on regardera alors quelle est la tortue suivante la mieux placée. La partie se joue en plusieurs manches : le joueur qui parvient à gagner 3 salades a gagné.

J’en ai plein le dos !

Vous vous en doutez, le fait de ne pas savoir qui joue quoi n’est pas la seule fourberie du jeu. En effet, la subtilité principale de La course des tortues se cache dans le déplacement de nos paisibles bestioles. Car lorsqu’une tortue atterrit sur la case d’une autre tortue (ce qui est d’ailleurs le cas dès le départ), elle grimpe sur le dos de la première. Et lorsque la tortue située en dessous sera appelée à se déplacer, la seconde la suivra donc dans son déplacement.

Cet effet étant cumulatif, il devient étonnament facile de se retrouver avec une tortue qui porte toutes les autres. Ce mode de transport en commun, qui rappelle un peu l’arrivée au sprint d’un peloton cycliste, va donc servir les objectifs de votre tortue dans un premier temps, à condition de pouvoir rapidement l’extraire du groupe avant la ligne d’arrivée. Et pour cela, toutes les stratégies sont possibles, quitte à faire reculer tout le groupe pour inciter les autres joueurs à vous lâcher la grappe. Bref, derrière ce concept simple se dissimule un trésor d’ingéniosité, typique de Reiner Knizia.

En cas d’égalité et d’arrivée à plusieurs, c’est la tortue du bas qui mangera la salade : juste récompense pour avoir porté les autres joueurs, mais aussi cohérent niveau logique puisque c’est la seule tortue à être au niveau du sol. Désolé les filles, fallait descendre avant !

Adultes et Marmots

Si le jeu présente clairement un aspect enfantin et est effectivement jouable dès 5 ans, la fourberie parfois nécessaire pour la gagne place les plus jeunes en position désavantageuse devant des adultes rompus à l’exercice du bluff et de l’embrouille. Il faudra souvent attendre 7 ans pour que les marmots soient en mesure de gagner à la loyale, une fois qu’ils auront compris l’intérêt de certaines feintes de jeu. Les courses, en effet, se gagnent parfois autant à l’intox qu’au tirage des bonnes cartes. Il est donc conseillé de ne pas trop mélanger enfants de moins de 7-8 ans et adultes sur ce genre de jeu si l’on souhaite conserver des parties équilibrées (à moins que vos marmots n’aient en général de la chance au tirage des cartes, évidemment).

La variante qui permet de jouer à partir de 4 ans propose aux joueurs de choisir leur tortue et de faire défiler la pioche sans plus sélectionner les cartes jouées. Cela s’apparents évidemment plus à un jeu de parcours où le hasard décide de tout, mais cela permet de comprendre le mode de déplacement des tortues, ce qui sera toujours utile pour plus tard.

L’avis de Plateau Marmots

Au final, La Course des tortues est une excellente surprise qui impressionne par ses possibilités tactiques sur un aussi petit terrain de jeu. Le matériel, simple et agréable à manipuler, permet de plonger dans une ambiance de jeu pour enfants et de laisser sa méfiance au vestiaire. Mais quelle erreur ! Car La course des tortues est un jeu retors et plein de rebondissements, qui va en permanence forcer les joueurs à cogiter un maximum pour se débarrasser des tortues trimbalées sur leur dos, sans trop dévoiler leur propre identité. Intense et souvent serré, c’est donc un jeu que l’on réservera aux plus fourbes des joueurs.

C’est d’ailleurs le seul reproche que l’on puisse lui faire : difficile d’y jouer avec des marmots sans prendre facilement l’avantage du bluff. Mais il n’y a pas d’âge pour apprendre, n’est-ce pas ?

Ca fait plaisir

  • Un jeu aussi tactique qu’amusant
  • Une parfaite découverte du bluff
  • Un matériel mignon et agréable à manipuler

Ca fait pas plaisir

  • Peut-être un peu de déséquilibre entre enfants et adultes

Fiche technique

Un jeu de Reiner Knizia
Edité par Oya (voir la page dédiée au jeu)
Date de sortie 2006, puis réédité en 2017
Un jeu pour 2 à 5 joueurs
A partir de 5 ans
Durée d’une partie : 20 mn

La Course des tortues est disponible chez Philibert 

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