Test – Montmartre

Une petite boite qui a tout d’une grande ?

Avant-hier, notre rédac-chef bien aimé déboule dans mon bureau, tout énervé et échevelé : « Coco, on va faire un top des flops, c’est une idée de génie pour Plateau Marmots ! Normal, c’est moi qui l’ai eue ! ».

Outre le fait que je savais que ce n’était pas son idée, mais celle de la collègue du bureau d’à côté, j’étais un peu gênée par la demande. La production ludique actuelle est immense, il y a donc des bons et des vraiment moins bons jeux, mais c’est toujours un peu difficile de parler des jeux qui nous ont moins plu. Car il y a un travail parfois énorme derrière : de l’auteur, de l’éditeur, de l’illustrateur, un immense investissement de tous les maillons de la chaine. Et qui sommes-nous, pauvres petits rédacteurs pour juger que notre opinion est représentative de celle du monde ? Tout ceci défilait dans ma tête alors que le rédac’chef se tenait devant moi, visiblement impatient que j’acquiesce avec enthousiasme. Et c’est alors que je me suis rappelée notre mission, ce besoin impérieux d’être utile : aider les parents à faire le tri dans toute cette production.

Et puis c’est un peu aussi la marque de fabrique de Plateau Marmots : ne pas hésiter à dire ce qu’on pense, avec ce petit ton impertinent qui est parfois le nôtre. Enfin, surtout le chef, parce qu’il est super fort. Non, ce n’est pas lui qui m’a demandé d’écrire cela et il n’est absolument pas penché sur mon épaule à lire mon écran en ce moment. Non.

Mais bref, je te sens impatient, ami lecteur, de lire la suite, donc j’embraye.

Montmartre, donc. Et pourquoi je le mettrais dans mon top des flops.

Sorti en 2019 de l’imagination de Florian Sirieix et édité par Blam !, Montmartre est un petit jeu de cartes pour 2 à 5 joueurs à partir de 8 ans, donné pour une durée de 20 minutes. L’objectif du jeu est de collecter le plus de points en achetant les faveurs de collectionneur, et en récupérant des contrats et des sous.

Dans la boîte, on trouve de grandes et belles cartes illustrées par Jeanne Landart, représentant les collectionneurs, les contrats et surtout des toiles de muses plus ou moins achevées, à la manière de grands peintres qui ont fréquenté ou inspiré la célèbre butte au début du 20ème. Quelques francs en carton et un buste de barbu viennent compléter l’ensemble. Le contenu est vraiment joli et fait le boulot comme il faut.

En termes de mécanique de jeu, il s’agit de jouer une ou deux cartes de muses devant soi, de vider un peu son aire de jeu si nécessaire, de piocher pour compléter sa main, ou, si on a une majorité de toiles ou de valeurs de toiles, on peut céder son tableau à un collectionneur de la couleur de la toile. Il existe plusieurs collectionneurs de chaque couleur, de valeur croissante, ce qui permet d’introduire une des mini-tensions du jeu : dois-je vendre maintenant que j’ai la majorité dans cette couleur ou dois-je attendre un collectionneur de meilleure valeur au risque de perdre ma majorité ?

Le buste de barbu sert à marquer la dernière couleur vendue, et elle ne sera plus vendable à la prochaine vente.

La partie s’achève lorsqu’un joueur possède un certain montant de sous, ou que 2 piles de collectionneurs sont vides. Et il y a moyen de récupérer un contrat bonus qui rapporte des points un peu à la manière des réalisations d’Augustus : une fois par partie, dès lors qu’on atteint un certain nombre de toiles vendues. De la même manière que précédemment, une mini-notion de risque : prendre tout de suite un peu de points ou attendre plus longtemps pour en avoir plus au risque de se les faire siffler sous le nez.

On compte ensuite les points des collectionneurs, des contrats et des sous, et on peut ensuite souffler et passer à autre chose.

Pourquoi je n’ai pas aimé ?

D’une part parce que même si l’effort thématique est louable, on sent bien que la peinture n’est qu’un… vernis. Fort joli, certes, mais totalement plaqué. Je te vois venir, ami lecteur, c’est le cas pour énormément d’autres jeux. Oui, mais là, ça se voit vraiment fort que ç’aurait pu être des rutabagas à leurs différents stades de maturité avec des cochons de différentes couleurs qui les mangent et un fermier qui se charge de bien répartir la nourriture. On aurait aimé un petit twist mécanique qui nous rappelle qu’on est dans un jeu de peinture. Comment ? Là, par contre, en toute honnêteté, aucune idée, mais c’est bien pour ça que je ne conçois pas de jeu. Je me contente de livrer mes impressions dessus.

Ensuite, parce qu’on s’ennuie, tout simplement. Evidemment, c’est purement subjectif, mais je me vois mal donner autre chose que mon propre avis sur la question.

Hop je pose une carte, hop je la vends si j’ai la majorité, hop je repioche. C’est répétitif à s’endormir, le tensiomètre tombe en déprime. Alors oui, c’est un jeu de plis, mais il y en a plein d’autres plus tendus. Ici c’est juste mou, la magie ne prend pas. Je regarde d’un œil morne le tableau de mes voisins, et je me fiche un peu qu’il y ait des majorités sur le reste de la table. Je veux juste que ça s’arrête.

Et le jeu manque d’originalité, c’est fou. Evidemment, c’est un jeu de cartes, on est dans les contraintes de l’exercice, mais un jeu du type Claim, par exemple, a su trouver un twist pour se rendre original. Il y a bien une petite tentative de rendre le jeu un peu plus original, avec la possibilité de jouer une grosse ou deux petites cartes à son tour, pour viser la majorité en nombre de cartes ou en valeur. Mais que cela reste terriblement poussif !

Bien évidemment, cela reste absolument subjectif. Mais il faut croire que je manque moi aussi d’originalité, car j’ai entendu une bonne partie de ces arguments plusieurs fois. Y compris de personnes que je ne connaissais pas.

Le conseiller à un plus jeune public ? Non. Comme dit plus haut, la production est trop vaste pour s’attarder sur un titre aussi dispensable, sauf si vous voulez collectionner les belles illustrations. Heureusement, il n’est pas trop cher, ça reste un bel objet pour les amateurs du genre.

Du même auteur, j’ai beaucoup plus aimé « L’Ile de Pan », là aussi joliment édité et somptueusement illustré, et bien plus rigolo à jouer pour nous.

[Note du Chef : il y a aussi l’excellent Zoo Run, chez LOKI]

Du même éditeur, je n’ai déjà joué qu’à Chakra, qui m’avait aussi laissée sur ma faim à cause de son côté trop prononcé d’effet boule de neige. En d’autres termes, si je suis bien placé, on ne pourra plus me rattraper et pour les autres autant aller revérifier leur déclaration d’impôts, au moins ça c’est de la pénibilité utile.

Le jeu, c’est avant tout pour nous une question de plaisir.

Voilà pourquoi, cher lecteur, Montmartre rejoint mon « Top des Flops ».

On a aimé :

  • Le prix contenu
  • Les illustrations
  • La boite ne prend pas trop de place sur une étagère (oui, on en est là)

On n’a pas du tout aimé :

  • Le manque d’originalité
  • Le manque de dynamique
  • La thématique plaquée
  • Le manque d’intérêt, au final

Fiche technique

Un jeu de Florian Sirieix
Illustré par Jeanne Landart
Edité par Blam !
Pour 2 à 5 joueurs
A partir de 8 ans

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