Test – Slide Quest

Alors que le navire sombrait, le courageux chevalier parvint à atteindre le pont supérieur. Se cramponnant au mât, il prit son élan pour atteindre un radeau de fortune qui dérivait non loin. Hélas, une peau de banane abandonnée par un marin était sur la trajectoire ! Le chevalier ne put l’éviter, il posa le pied dessus, glissa, glissa, glissa, glissaaaaaaaaaah…

Et il vécut bien des aventures !

Slide Quest est un jeu d’adresse de Jean-François Rochas et Nicolas Bourgoin, illustré par Stéphane  Escapa. Jouable d’un à quatre joueurs à partir de 7 ans, il est édité par Blue Orange.

La sensation du salon de Cannes 2019

Nous avions déjà fait part de notre impatience vis-à-vis de Slide Quest lorsque nous avions eu l’occasion de présenter les nouveautés Blue Orange. Une fois le jeu sous les yeux au salon des jeux de Cannes 2019, c’était devenu une évidence. Oui, Slide Quest a réellement de nombreux atouts pour s’imposer comme nouvelle référence du jeu d’adresse, rien de moins. Mais est-ce que l’excitation initiale perdure après plusieurs dizaines de parties ? Nous sommes repartis avec une boîte. Nous avons joué, joué, joué. Et voici nos conclusions…

Un chevalier à roulette mobile

Commençons par le commencement. Slide Quest est un jeu d’adresse, qui invite les joueurs à coopérer pour permettre à un petit chevalier monté sur une bille de traverser des niveaux semés d’embûches. Sur le fond, cela rappelle forcément les vieux labyrinthes en bois de notre enfance. Sur la forme, et de manière plus récente, on retrouve volontiers le principe de Perlatette, un excellent jeu Gigamic nominé à l’As d’Or 2018, excusez du peu. Mais Slide Quest commence justement là où Perlatette s’arrête, insufflant un rafraichissant souffle épique et vidéoludique sur le plateau de jeu.

Car outre Perlatette, l’inspiration (fortuite ou non) vient d’un autre jeu distingué à l’As d’or : Loony Quest. Le but de ce jeu consiste à traverser une succession de niveaux en effectuant des tracés à main levée sur un papier calque, chaque joueur tentant individuellement de suivre un chemin imprimé sur une feuille commune, au centre de l’aire de jeu. A la fin de chaque round, tous les joueurs placent leur feuille calque sur le niveau, et celui dont le tracé se rapproche le plus du chemin à suivre remporte le round. Non, sans déc’, jouez à Loony Quest, il est vraiment excellent !

Bref, pour résumer Slide Quest est une sorte de fusion de ces deux jeux : il reprend le principe de déplacement de Perlatette dans lequel on incline les bords du plateau de jeu pour déplacer un personnage, et la variété de Loony Quest, dans lequel on va d’un niveau à l’autre en modifiant le plateau de jeu au fur et à mesure de notre progression.

Un plateau de jeu magnifique

Slide Quest repose donc (littéralement) sur un plateau de jeu mobile, maintenu en équilibre par quatre petits supports en plastique. Appuyer sur l’un d’entre eux incline le plateau et permet à la gravité de faire son travail : le Chevalier roule ensuite dans la direction indiquée. Si les premiers essais sont timides, on peut réellement le manipuler à sa guise après quelques secondes de rodage. Chouette. Alors oui, j’en entends déjà râler sur l’imprécision de l’ensemble au vu de la simplicité des supports (les supports en plastique qui reposent sur des encoches en carton n’ont certes pas la précision au laser d’un ensemble bois et métal) mais pas de quoi crier au scandale non plus : le chevalier va bel et bien là où on lui dit d’aller si chacun fait un peu gaffe à l’intensité  de ses mouvements.

La surface, parsemée de trous qui seront autant de pièges, sera recouverte d’une feuille cartonnée différente pour chaque niveau. Ces derniers sont, en outre, complétés de quelques éléments supplémentaires (arches, rochers, barrières, dynamite, ennemis…) rendant l’ensemble totalement magnifique.

De fait, le jeu se compose de 4 mondes, découpés en 5 niveaux. Faites le calcul, cela vous fait donc 20 niveaux à traverser au total. Chacun d’entre eux est un régal visuel, à commencer par le fond de boîte, coloré et rempli de petits détails très réussis. On sent que Stéphane Escapa s’est donné à fond pour coller au thème et cela fonctionne fort bien.

Honnêtement le jeu est de ceux qui déclenchent un effet wahouu une fois sur la table, et Blue Orange ne s’y était pas trompé en mettant à dispo un modèle géant sur son stand Cannois. Le jeu en impose immédiatement et attire à lui tous les regards.

Un mini bémol sur la règle toutefois, qui aurait du coup pu profiter d’un traitement plus classieux. Prisonnière de sa logique multi-langues, la règle est clairement quichée en une page recto-verso. Rien qui ne gêne à la compréhension, je vous rassure, mais on aurait apprécié qu’un jeu de cette envergure prenne davantage ses aises dans la présentation. Chipotage, j’en conviens.

Choisis ton aventure, chevalier !

Une partie commence par le choix de la difficulté et du mode de jeu. En effet, vous pourrez jouer à Slide Quest sur un monde unique de 5 cartes, ou bien tenter de vous embarquer pour une campagne de plusieurs mondes. Et pas de panique si l’heure du repas arrive sans que vous ayez fini l’aventure : une fonction de sauvegarde sur une petite réglette en carton vous permet de quitter le jeu à presque n’importe quel moment sans rien perdre de votre progression.

La difficulté, quant à elle, peut prendre deux formes. D’une part en choisissant le nombre de points de vie dont vous disposez au départ, et d’autre part en décidant ou non de jouer en temps limité, histoire de vous stresser les réflexes. L’idée est d’avoir un temps limité pour chaque carte, et vous perdez une vie si vous n’atteignez pas la sortie avant la fin du temps imparti. Pas de sablier dans la boîte cela dit : c’est une appli Blue orange qui vous servira de timer. J’aurais adoré la tester, mais elle n’était pas encore dispo (sur Android en tout cas) au moment où j’écris ces lignes.

On jette de la caillasse pour brouiller ?

Le but du jeu consiste donc à coopérer pour accomplir les objectifs propres à chaque niveau. On notera que ces derniers racontent une petite histoire, puisque notre pauvre chevalier commence son aventure sur un navire en train de sombrer. Le but du jeu, ici, consiste à lui faire éviter les obstacles pour atteindre une chaloupe non loin de là. Une fois ce niveau achevé, hop, on retrouve le chevalier sur une plage, prêt à explorer les environs. Il y a donc une suite logique dans tout cela, une certaine scénarisation implicite et silencieuse, ce qui est vraiment agréable à jouer.

Pour traverser les niveaux, vous l’aurez compris, chaque joueur va donc devoir incliner plus ou moins fortement le plateau pour permettre au chevalier de suivre le chemin en évitant les pièges disséminés devant lui, à commencer par les trous. Mais ce n’est bien évidemment pas tout…

Des actions variées

Comme on le disait en intro, Slide Quest se distingue de la plupart des jeux d’adresse du même type en introduisant une bosse dose de variété dans son gameplay.

Les niveaux sont généralement de trois types :

  • Parcours à effectuer de l’entrée vers la sortie
  • Parcours à effectuer en évitant de renverser les bâtons de dynamite situés sur le chemin
  • Parcours à effectuer en poussant les gardes et/ou le boss dans un trou

Si la base du jeu reste bien évidemment la même, on apprécie vraiment les efforts effectués pour que l’on n’ait pas l’impression de faire toujours la même chose. Les niveaux avec les gardes sont souvent les plus amusants, puisqu’il faut pousser chaque garde numéroté dans le trou correspondant à son numéro… sans faire tomber le courageux chevalier au passage. Plus facile à dire qu’à faire, surtout en temps limité.

Si les premiers niveaux sont une promenade de santé, les choses se corsent rapidement pour inviter les joueurs à planifier un peu leurs actions avant de les effectuer. Il faudra frôler les bâtons de dynamite, longer les trous et pousser sournoisement le garde dans la fosse, bim.

Des sensations de jeu incroyables

En jeu, c’est un régal de voir le personnage répondre aux sollicitations. Une pression légère vers vous, et hop, il déambule tranquillement à votre rencontre. Le jeu prend bien évidemment tout son intérêt à 4 joueurs, lorsque chacun est responsable d’une direction précise. Il faudra alors communiquer efficacement pour éviter de s’emmêler les pinceaux et de tomber dans l’un des trous, signe de perte de point de vie et de redémarrage du niveau au début.

En jeu, c’est animé, bruyant, et franchement rigolo. On s’encourage, on s’invective et on jubile à l’unisson lorsque le héros parvient à éviter le pire de justesse. Slide Quest, de ce point de vue, est presque autant un jeu d’ambiance que de dextérité, et le moins que l’on puisse dire, c’est que le fun est total.

Moi j’aurais préféré « chevaliérisation ! »

Une fois passé le frisson de la découverte, le jeu demeure plaisant mais lance clairement un appel à une suite ou une extension. Bien que sympatoches, les éléments de jeu sont tout de même limités et en dépit de quelques bonnes idées pour casser le rythme (comme le niveau où il faut dynamiter des portes) on retombe un peu toujours sur nos pattes. Peut-être aurait-il fallu un élément négatif supplémentaire, des bestioles elles aussi capables de rouler et dont le contact aurait été fatal ? Ou un second chevalier, avec des rounds de pousse-pousse compétitif pour savoir qui tombera dans le trou en premier ?

Le jeu, tout grisant qu’il soit, donne la sensation qu’il aurait été possible d’aller encore plus loin et de créer une véritable quête, avec des objets à ramasser, ou des mécanismes à activer dans un certain ordre pour permettre le passage dans la salle suivante.

Attention, que l’on ne s’y trompe pas. C’est la qualité du jeu qui  déclenche l’envie d’aller encore plus loin, et non la frustration d’un trop peu. On espère a minima que le jeu rencontrera le succès qu’il mérite, pour donner aux auteurs l’envie de le faire vivre encore et encore.

L’avis de Plateau Marmots

Posons les choses tranquillement. Si demain je devais apprendre que Slide Quest remporte le prochain Spiele ou le prochain As d’Or, je ne serais pas surpris, au vu de la qualité du jeu, qui associe fun et originalité. Prolongeant certes le concept de jeux existants, il casse les codes et ose mixer différents styles de jeu pour en créer un à lui tout seul, la dextaventure. Le jeu s’adresse aussi bien aux marmots de 7 ans qu’à leurs parents pour des parties familiales pleines de fun. Accessible, simple et prenant, il tient les joueurs en haleine tout du long grâce à des niveaux de plus en plus difficiles mais jamais injustes. Car les plantages (et il y en aura) seront le plus souvent du fait d’une maladresse de l’équipe, d’une pression un peu trop forte qui envoie ad patres le vaillant chevalier. On pourra blâmer la trop grande simplicité du matériel, évidemment, mais cela ne trompera pas grand monde. Beau, captivant, stressant et amusant, Slide Quest marque les esprits et met des étoiles dans les yeux. Un peu trop, presque, puisqu’il nous donne aussitôt fini l’envie d’aller encore plus loin et de prolonger sans cesse l’aventure. N’est-ce pas là le signe d’une incontestable réussite ? Le meilleur jeu pour enfants de ce début d’année, sans nul doute.

On aime

  • C’est original
  • C’est beau
  • C’est varié
  • C’est fun
  • C’est accessible
  • C’est stressant
  • C’est grisant
  • C’est malin

On aime moins

  • On veut des extensions
  • Un peu imprécis parfois

Le trouver

Chez Philibert

Fiche Technique

Un jeu de Jean-François Rochas, Nicolas Bourgoin
Illustrateur : Stéphane Escapa
Éditeur : Blue Orange
Pour 1 à 4 joueurs
A partir de 7 ans


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