Test – Wazabi

aaaah, c’est bon, il ne me reste plus qu’un dé ! Vite vite, je vais gagn… Nooon !
Voilà. Voilà dans les faits comment on joue à Wazabi. Jusqu’à la dernière seconde, on croit qu’on va gagner, sauf qu’en fait non. Il ne vous reste plus qu’un dé alors que vos adversaires en ont plein. Vous avez la carte qui va bien en main. Tous les signaux sont au vert. Mais non. Un blaireau va jouer une carte et vous refiler tous ses dés moisis alors que la victoire était en vue. Il ne vous restera plus qu’à mettre en place une cellule psychologique pour accepter l’évidence. Vous détestez ce jeu. Sauf que vous l’aimez d’amour. Et que vous adorez le détester !
Wazabi est un jeu qui mixe dés et cartes pour des parties nerveuses (et parfois poignantes) qui oscillent entre 10 et 20 minutes. Ça va vite comme un jeu de dés, c’est parfois posé comme un jeu de cartes. Et ça pique, parfois. Ça pique, mais c’est bon. Comme de la moutarde, oui.

Wazabi est un jeu de dés de Guilhem Debricon, pour 2 à 6 joueurs, à partir de 8 ans. 

If you wazabi my lover (The Spize Galz)

En dépit de son ancienneté légendaire et de cette introduction bouleversante, je ne sais honnêtement pas pourquoi Wazabi s’appelle Wazabi. Rien dans ce jeu n’évoque spécifiquement ce succulent condiment qui repeint votre gorge à l’acide sulfurique. Wazabi roule pourtant sur nos tapis de jeux depuis plus d’une dizaine d’années et il y reste bien volontiers, signe de qualité au vu du rythme effréné de la production actuelle. Peut-être tire-t-il son épingle du jeu d’une rafraîchissante originalité ? Car contrairement à bon nombre de ses petits camarades, Wazabi est un jeu de dés, certes, mais également un jeu de cartes. Le but du jeu est d’être le premier à se débarrasser de l’ensemble de ses dés, soit en obtenant directement les faces de dés permettant de les défausser, soit en jouant astucieusement des cartes vous permettant de les refourguer à vos voisins. Prodigieusement subtil. Outrageusement fourbe.

Ouvrons le pot le tube la boîte !

À l’ouverture de la boîte de cette dernière édition en date, vous trouverez un contenu simple, mais très bien conçu. Vous trouverez 24 dés à 6 faces, tous identiques, un deck de 32 cartes, et un sac de rangement.

Les cartes sont jolies, claires, et la très bonne idée, c’est qu’elles rappellent leur effet de jeu dans un petit encadré sur la carte. Plus besoin d’aller voir la règle (fort claire au demeurant) : il suffit de lire le petit texte directement sur la carte pour comprendre immédiatement comment elle se joue. C’est pratique, car après quelques parties, on connaît toutes les cartes par cœur, ce qui est très malin.

Pour jouer, chaque joueur (de deux à six) se saisit de quatre dés qu’il place devant lui, et pioche trois cartes, qu’il place dans sa main.

Le premier joueur lance alors ses quatre dés. Chaque dé propose trois résultats possibles.

  • Wazabi ! – Il s’agit d’une face qui peut être comptabilisée pour jouer les effets d’une carte.
  • Passe à ton voizin – Les dés présentant cette face doivent être refilés aux adversaires de votre choix. (pour leur plus grande joie, évidemment)
  • Pioche ! – Chaque dé avec cette face vous permet de piocher une carte.

La face la plus intéressante est évidemment celle qui permet de refourguer un dé, mais elle n’existe que sur une seule des 6 faces. Tomber dessus sera donc plus dur que les faces « Wazabi ».

Une fois l’effet des dés appliqués, le joueur peut jouer une (et une seule) carte de sa main. Mais attention, pour pouvoir être jouée, il faut que le joueur ait totalisé, pendant son tour, assez de faces « Wazabi » pour payer le coût de la carte, indiqué en haut à gauche.

Une fois celle-ci jouée, son effet s’applique immédiatement (et impitoyablement).

« Appelez les raiforts ! »

Si Wazabi est un jeu de dés, c’est tout autant un jeu de cartes, tant les effets de ces dernières sont puissants et vont bien souvent permettre de vous mener à la victoire.

Le jeu contient 36 cartes, fort agréables en main, mais il n’y en a en fait que 10 différentes. Les effets sont assez classiques, mais fort efficaces :

  • Éliminer un ou deux dés du jeu
  • Demander à un joueur de passer son tou
  • Refiler un dé à un adversaire
  • Rejouer et changer le sens du jeu
  • Prendre une carte à un adversaire…

Chaque carte posée modifie souvent la configuration de jeu et vous aurez parfois des choix cornéliens à effectuer quant à savoir quelle carte conserver quand on exigera que vous défaussiez toutes les autres.

Comme vous l’aurez compris, les dés changent de main, partent et reviennent en fonction des lancers et des cartes posées. Le jeu s’achève dès qu’un joueur parvient à défausser (ou refourguer) son dernier dé. Il sera alors sacré champion du Wazabi et aura droit à la première cuillère de moutarde. Les parties sont courtes, ce qui permet d’en enquiller quelques-unes, voire de jouer en plusieurs manches. Une fois qu’un joueur l’aura emporté, vous pourrez soit redémarrer une nouvelle partie ou laisser les autres joueurs s’expliquer entre eux. 

Il n’y a pas loin du Capitole à la Roche Tarpéïenne

La grande force de Wazabi, son génie pourrait-on dire, c’est que plus vous êtes proche de la victoire, plus vous êtes faible. En effet, pour jouer des cartes puissantes, il faut en payer le coût au moyen de deux ou 3 faces de dés « Wazabi », chose impossible quand vous n’avez plus qu’un seul dé en main.

Wazabi fait donc partie de ces jeux où plus vous êtes proche de la victoire, plus les choses se compliquent, faute de ressources suffisantes. Il vous faudra donc guetter le dé libérateur vous permettant de refourguer votre ultime dé à un voisin innocent, ou la carte vous permettant de défausser un dé. C’est frustrant parfois, sans doute, mais tous vos adversaires sont dans le même cas que vous et risquent à tout instant de s’approcher de la victoire… sans pouvoir l’atteindre. Pervers, mais génial !

Notez que le jeu propose plusieurs variantes pour allonger la durée de la partie ou la rendre (un peu) plus longue et stratégique. Avec des marmots de 8 – 9 ans, les règles de base vous suffiront amplement, soyez-en assurés.

Les enfants du Colonel Moutarde

Aha ! C’est toute la question ! La boîte indique un âge requis de 8 ans, et cela nous semble plutôt bien vu. On peut bien sûr y jouer avant, c’est-à-dire dès que l’on maîtrise la lecture, ou dès que quelqu’un sera dans le coin pour vous rappeler l’effet de telle ou telle carte. Mais dans les faits, wazabi est un jeu plein de mouvement, où il n’est pas rare de voir une victoire presque acquise vous échapper à la faveur d’une carte assassine jouée au bon moment. L’interaction entre joueurs est excellente, mais elle suppose que les marmots aient déjà acquis un certain recul sur la notion de défaite profondément injuste. Après, les parties vont assez vite, donc il sera toujours facile de relancer la machine. Mais soyez avertis : il y a des parties qui feront « mal », car le jeu est conçu pour jouer avec vos nerfs. Un peu comme le Uno, quand il ne vous reste plus qu’une seule carte, impossible à poser. Nous savons d’expérience que ce sera parfois problématique pour les marmots les plus jeunes… même si c’est totalement jubilatoire à jouer !

L’avis de Plateau Marmots

Wazabi est un bon petit  jeu qui mixe avec bonheur cartes et dés pour tenter de juguler l’aléatoire des lancers par des cartes astucieusement jouées. Mais attention : encore faut-il avoir les moyens de payer la carte que vous souhaitez poser ! Et vous touchez là au génie de Wazabi : réduire vos ressources alors que vous vous approchez de la victoire, pour quelques derniers tours de franche vacherie et d’intense rigolade. Wazabi est fort réussi car il est vraiment un peu méchant. Il pique. Comme de la moutarde, on va dire. Donc pour les marmots et leurs nerfs à fleur de peau, c’est parfois compliqué. Mais pour les plus grands, dès 8 ou 9 ans, quel bonheur que de jouer à ce petit jeu plein de fourberie ! On aime, gagner, on aime détester, on aime vite rejouer… Wazabi est taillé pour les grandes tablées de goûter d’anniversaire ou de fin de repas, avec marmots de toutes générations confondues, chargés au Champomy, à la Clairette de Dié ou au petit digestif à la couleur bizarre retrouvé par hasard sous un escalier. Bref, un jeu qui permet de s’amuser tous ensemble, et de faire durer le dessert du dimanche midi jusqu’à l’apéro du soir. Ça sent le vécu ? 

On aime

  • Le combo dés et cartes
  • Un rythme de jeu très dynamique
  • Le concept – génial – de rendre le jeu plus difficile alors qu’on approche de la victoire
  • Des rebondissements permanents
  • Un excellent jeu familial

On aime moins

  • Parfois frustrant pour des marmots
  • Ca reste basé sur de la chance
  • Moins sympa à 2 ou 3 joueurs
  • Certaines parties trop rapides, certaines trop longues… le caprice des dés

Le trouver

Fiche Technique

Un jeu de Guilhem Debricon
Illustré par Jonathan Aucomte
Edité par Gigamic
Pour 2 à 6 joueurs
A partir de 8 ans

Pour aller plus loin

 

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.