Test – Pyramid of Pengqueen

L’année dernière, on signalait que des jeunes pingouins particulièrement zazous semaient la panique dans leur lycée. Pire encore, leurs méfaits étaient récompensés par le prestigieux prix du Kinderpsiel, le meilleur jeu de l’année selon nos bizarres voisins allemands. On aurait pu penser que la folie pingouinnesque des Estoniens de Brain Games se serait arrêtée là. Mais nous sommes loin du compte ! Alors qu’un très prometteur Ice Cool 2 est en train de chausser ses patins à glace, voici que les Pingouins nous font la surprise de revenir dans Pyramid of Pengqueen, un nouveau jeu d’exploration indianajonesque… exhumé d’un autre temps.

Exhumé, c’est le mot, car, Pyramid of Pengqueen est en fait le relooking de Pyramid, un jeu Ravensburger sorti en 2008, et épuisé depuis un bon moment. Les deux versions sont très proches, tant sur le fond que sur la forme, donc si vous possédez déjà la version “Egyptienne”, cette nouvelle version Pingouinesque sera probablement dispensable.

Pour les autres, prenez votre torche, votre fouet, et votre sac à dos, et en route pour l’aventure.

Pyramid of Pengqueen est un jeu de Marcel-André Casasola Merkle, édité par Brain Games. Il permet de partir en exploration pour 2 à 5 joueurs, à partir de 8 ans.

Le retour de la momie des pingouins

Certains s’agaceront peut-être de cette mode actuelle du revival dans les jeux de société. Alors que Restoration Games a récemment cartonné avec son kickstarter de Fireball Island (et son relooking très réussi de TopSpeed), voilà que Pyramid nous revient du fond des âges dans une version ice ice baby sans doute un peu opportuniste.

A ceux-là, j’aurais envie de répondre que ces petits revivals ont toujours existé, mais surtout que j’ai pour ma part un grand plaisir à retrouver les sympathiques petits pingouins d’Ice Cool dans de nouvelles aventures. Certes, le risque n’est pas écarté de les retrouver ensuite à la recherche du meurtrier du Dr Lenoir ou partir à l’abordage des pirates de Canon Noir, mais on jugera volontiers en temps et en heure.

Dans la pyramide… 

A l‘ouverture de la boîte, on ne peut qu’être globalement satisfait du matériel, à une (dramatique) exception près, mais j’y reviendrai plus bas.

Le jeu contient un tableau magnétique recto verso, disposé entre les deux équipes, une série de pions (également magnétiques), des jetons, des cartes représentant des artefacts, et 6 dés spéciaux à 6 faces.

Une fois mis en place, l’ensemble a vraiment de l’allure et invite immédiatement au jeu. Le plateau magnétique qui sépare les joueurs est très joliment illustré et les artefacts à récupérer sont immédiatement reconnaissables.

La cerise sur le gâteau, ce sont les casiers de rangements disponibles à même le jeu, ce qui permet de le sortir / de le ranger rapidement. On joue dans la boîte, on range le tout en quelques secondes, c’est agréable et franchement bien vu.

La règle est agréable à lire mais pas super claire sur un point. On ne comprend pas bien, à la première lecture, si la momie intervient après chaque joueur, ou après que tous aient joué leur tour. La règle anglaise est heureusement plus précise que la française sur ce point. On y reviendra aussi plus bas.

Tiny Tiny Epic Pyramid

Pyramid, l”original !

Chose surprenante pour ceux qui ont pris l’habitude de lire mes posts, mon petit quart d’heure râlage intervient dès le déballage du matériel, et non juste avant la conclusion, comme j’en ai pris l’habitude. Mais c’est le bon moment, je le pense, pour évoquer ce qui me semble être le plus gros souci de cette nouvelle édition du jeu : son absence totale d’ambition.

Je m’explique : quitte à faire une rethématisation du jeu, autant améliorer les choses, non ? On prend l’original, on garde le meilleur et on change ce qui fonctionnait moins bien. Mon gros souci ici concerne la taille du matériel. Je pense que, quitte à faire une refonte du jeu original, le moment aurait été bien choisi pour refaire un plateau de jeu plus grand, avec des pions plus gros et plus simples à manipuler pour les marmots. Cela pourrait sembler anecdotique, mais ça ne l’est pas. Comme les pions sont posés sur un plateau vertical, la moindre erreur de manipulation les fait tomber et il est alors difficile de se souvenir de la dernière case atteinte.

Or, et c’est là que ça devient drôle : les pions des joueurs sont ENCORE PLUS PETITS que ceux de la version originale (qui n’étaient pas bien gros). Pourquoi ?! Pourquoi avoir augmenté la taille du pion momie de manière démesurée si c’est pour réduire la taille des autres ? Pourquoi conserver une marge aussi énorme autour du plateau de jeu au lieu d’utiliser cet espace inutile pour gonfler un peu la taille des couloirs ? Il y avait un beau travail d’édition à effectuer sur ce jeu, et on a l’impression qu’il est totalement passé à l’as. Quel dommage !

Je ne rêve pourtant pas d’une version géante, sans doute difficile à transporter et à jouer, mais d’une version confortable, avec des pions plus proches de la pile lithium que de la tête d’épingle.

Bon, Mister Freeze on arrête de râler et on joue ?

Oui, vous avez raison.

Pyramid of Pengqueen est un jeu asymétrique, qui oppose de 1 à 4 aventuriers d’un côté à un joueur solitaire de l’autre. Comme on l’aura compris, c’est lui qui va incarner la terrifiante môôôôômie.     

Pour les aventuriers, le but du jeu consiste à collecter des trésors disséminés dans la pyramide. La momie, elle, doit choper les aventuriers. Ces derniers ont heureusement quelques points de vie (en fonction du nombre de joueurs) et pourront survivre aux premiers contacts.

Les pions de chaque joueur sont placés de part et d’autre du plateau magnétique, mais avec une subtilité qui fait tout le sel du jeu. Car si la momie est aveugle et ne sait pas où sont les aventuriers, ces derniers savent, eux, très exactement où la momie se trouve (au moyen d’un pion placé en vis à vis de celui manipulé par le joueur momie). Ils pourront alors déambuler dans les couloirs en toute connaissance de cause. Mais ne vous inquiétez pas trop pour notre copine à bandelettes, elle a néanmoins plus d’un tour dans son sac.

Raiders of the frosty ark

Pour gagner, un joueur aventurier doit ramasser cinq trésors, astucieusement dispersés pour s’assurer que le joueur soit obligé de visiter tout le plateau de jeu pour les trouver. Le premier joueur qui ramasse son cinquième trésor est le vainqueur. Oui mais voilà : à chaque fois qu’un joueur ramasse un trésor, il est obligé de montrer la carte correspondante au joueur momie, qui peut alors immédiatement identifier sa position sur son côté du plateau. C’est là, vous l’aurez compris, tout le sel de ce jeu de cache-cache en aveugle, qui génère un stress totalement jubilatoire.

Pour se déplacer, les aventuriers bénéficient d’un pool de 5 dés. Lorsque le premier joueur les lance, il devra d’emblée écarter les éventuels résultats “momie” obtenus. Il peut alors se contenter du résultat des dés restants ou les relancer autant de fois qu’il le souhaite.

Une fois qu’il est satisfait du résultat obtenu, il prend le dé de son choix et l’écarte.

  • Si c’est un chiffre, il se déplace (obligatoirement) d’autant de cases qu’indiqué
  • Si c’est une flèche, il glisse sur la glace et se dirige en ligne droite jusqu’à ce qu’il soit arrêté par un obstacle quelconque.

Mais attention ! Le joueur suivant, lui, ne peut relancer les dés qui ont été écartés. Il devra donc se contenter de ce que les joueurs précédents lui laissent. Et s’il obtient également des résultats “Momie” il devra ajouter les dés à ceux déjà bloqués. Bref : les possibilités de déplacement des aventuriers se réduisent très rapidement, à l’opposé de celles de la momie.
Si les aventuriers souhaitent récupérer les dés bloqués par la momie, ils doivent lui accorder un déplacement immédiat, dont la valeur correspond au nombre de dés bloqués. D’où l’intérêt de ne pas forcément attendre que tous dés soient immobilisés avant de les récupérer.

I want my mummy ! 

La momie, quant à elle, effectue son mouvement “normal” après que chaque aventurier se soit déplacé. C’est sur ce point que la règle française est assez opaque, mais une recherche sur Internet nous a vite rassurés sur ce point : la momie ne se déplace que lorsque tous les aventuriers ont joué leur tour.

Pour se déplacer, le joueur momie jette son dé noir. Au résultat obtenu (1, 2  ou 3), il ajoute le nombre de faces momies des dés aventuriers “bloqués”. Eh oui ! Plus les aventuriers obtiennent de face momies, plus la bestiole va aller vite. C’est diabolique… et totalement génial.

Si la momie se déplace sur une case où se trouve un aventurier, les aimants vont s’attirer et “clac”, l’aventurier sera illico renvoyé à la case départ, un point de vie en moins. La victoire de la momie sera alors effective si elle parvient à obtenir un certain nombre de points de vie, selon le nombre de joueurs. 

Des trésors inestimables… mais très voyants

Le joueur aventurier peut à tout moment choisir quel trésor aller chercher en fonction des cartes qui lui restent en main, mais il est tenu de montrer le dos de ses cartes à la momie. Pourquoi ? C’est très simple. Les trésors sont répartis dans la pyramide dans des zones de couleur. Si vous avez un trésor “rouge” à aller chercher, la momie peut volontiers se rendre dans la zone rouge pour vous y attendre de bandelette ferme. C’est de bonne guerre, et plutôt stressant.

Les aventuriers ont donc intérêt à aller chercher les trésors dans une zone où la momie n’est pas présente, tout en gardant à l’esprit qu’elle peut toutefois se déplacer plus rapidement qu’on ne l’imagine. Un peu de coopération entre joueurs peut alors être utile, même si, à la fin, il n’y en aura qu’un qui gagne.

Un cache-cache vraiment réussi

Les sensations de jeu sont tout simplement excellentes, et on s’amuse beaucoup d’un côté comme de l’autre. Pour les aventuriers, suivre les déplacements de la momie constitue une bonne dose de stress, surtout quand son pion arrive à une case de la vôtre. Va-t-elle vous choper ou tourner et s’éloigner ? C’est très agréable à jouer, vraiment.

Côté momie, le fun est également au rendez-vous, car il est toujours amusant de guetter un “clac” à chaque déplacement. Si les premières parties sont parfois hasardeuses, les stratégies viennent vite à l’esprit, qu’il s’agisse de repérer les trésors encore non attrapés ou de guetter les chuchotements et les regards des adversaires. Les aventuriers ont souvent tendance à se trahir et à surveiller leurs pions d’un peu trop près. Largement assez pour vous permettre de vous en approcher suffisamment pour les faire transpirer à grosses gouttes.

Une fin de jeu souvent tendue

Pour gagner, les aventuriers doivent récupérer les cinq trésors qu’ils ont pioché au départ. Cela semble très facile au début, mais plus les trésors sont défaussés, moins il en reste dans la main des joueurs… et plus la momie sait dans quelle zone elle devra se rendre pour avoir une chance de vous croiser.

Quant à la momie, il lui faut récolter des points de vie pour l’emporter, dont le nombre varie en fonction du nombre de joueurs. Et la pyramide, bien que grande, ne permet pas de se cacher aussi facilement qu’on le souhaiterait. Tout le monde est obligé de se déplacer à chaque tour, et il est interdit de se mettre sur la même case qu’un autre aventurier. Vous l’aurez compris : les éléments sont réunis pour que le risque soit grand de croiser une momie furax au détour d’un couloir.

L’avis de Plateau Marmots

Si l’on juge Pyramid of Pengqueen en tant que remake, on aura certainement l’impression d’un rendez-vous manqué. Le matériel est certes agréable mais ne gomme pas les défauts de son modèle, et il en aggrave certains. Là où les aimants étaient autrefois protégés et encapsulés, ils sont ici laissés à nu. Quant aux pions, ils sont ridiculement petits, et compliqués à manipuler par les petites mains pressées de marmots excités. Bref, si vous possédez l’ancienne version, il n’y a pas vraiment de raison de troquer Égypte contre Penguiland, hélas.

Cela étant dit, le jeu est bon, très bon, pour ne pas dire excellent. Les sensations de jeu entre marmots et adultes sont vraiment bonnes, et le jeu sort souvent. Il est vrai que la mise en place très rapide contribue sans doute à l’envie de repartir à l’aventure. Mais le plaisir est là, clairement là, et cette réédition est donc une excellente idée. On l’aurait voulu plus ambitieuse, certes, mais elle a le mérite d’exister et de remettre sur le devant de la scène un jeu qui le mérite totalement. C’est stressant, fun, malin et parfaitement huilé, et l’envie de jouer à cache cache est toujours bien ancrée chez les petits et les grands. La gestion des dés est une merveille à elle toute seule, car elle invite les aventuriers à se poser à chaque tour la question du risque d’une relance. Il faudra également bien calculer le moment ou débloquer les dés momifiés, pour éviter le déplacement indésirable d’une momie trop proche d’eux.   

Plein, plein de bonnes choses, donc, dans un jeu dépoussiéré et sorti du fond des âges, qui saura volontiers vous captiver pendant de longues chasses aux trésors. On aime d’amour… mais on attend quand même une version géante… et en 3D !

On aime

  • C’est plutôt joli
  • Très pratique à mettre en place
  • Des parties tendues
  • Le système de déplacement
  • Le jeu asymétrique
  • L’univers Ice Cool
  • Être une momie

On aime moins

  • Une réédition paresseuse
  • Des pions toupitipiti
  • Des points de règles un peu douteux

Fiche Technique

Pyramid of Pengqueen
Un jeu de Marcel-André Casasola Merkle
Illustré par Reinis Pētersons
Edité par Brain Games
Distribué par Atalia
Pour 2 à 5 joueurs
A partir de 8 ans

Dispo chez Philibert

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