Test – Sheep Hop !

Bon alors le truc, déjà, c’est que je ne vais vraiment pas être objectif, car j’adore les moutons. Bon, pas en vrai, hein ! Parce qu’en vrai on est d’accord que la brebis est quand même moins glamour que sa représentation typique du Petit Prince. Mais en bande dessinée, oui, je l’avoue : j’ai toujours aimé les moutons. Ne cherchez pas très loin : cela me vient d’une enfance bercée par F’murrrr et le Génie des Alpages. Et autant les courses d’escargots ont à la longue tendance à me gonfler, autant j’ai une relative bienveillance vis-à-vis des moutons, et les jeux qui utilisent ce paisible herbivore comme mascotte.

C’est pourquoi, quand j’ai vu que le nouveau Space Cow allait s’attacher au destin de ces bestioles, j’ai piaffé et regardé cela de près. Et quand j’ai appris qu’il allait s’agir un jeu coopératif mijoté par un papa et son fiston (comme Kraken Attack, par exemple), ma fibre paternelle m’a collé une poussière dans l’œil. Allez-vous m’aider à devenir un berger aussi émérite qu’Athanase Percevalve ? Une seule façon de le savoir : rejoignez-moi dans les prés ! Sheep Hop est un jeu de Maël et Florian Fay, pour 1 à 4 joueurs, à partir de 5 ans. C’est illustré par Pauline Berdal et c’est dispo chez Space Cow. 

[Ce jeu nous a été gratuitement mis à disposition par Space Cow, qui espère secrètement que l’on va en dire du bien. Et comme nous sommes nous aussi des moutons, on va probablement en dire du bien. Ou pas, si ça se trouve, si on veut marquer notre indépendance et jouer nos gros rebelles influenceurs badass. Mais le problème, c’est que le jeu est plutôt bien. C’est pénible.]

Colchique dans les prés

Posons le décor. La campagne. Des zoziaux. Des insectes qui zonzonnent. De l’herbe. Une clôture. Cocow qui mâchouille de la luzerne, dans un coin. Et voici le pré, juste là, avec des moutons, qui se promènent et qui se dirigent mollement vers un enclos où ils pourront vadrouiller tranquilles. Mais à bien y regarder, ils ont quand même l’air un peu nerveux. Pourquoi ? Parce qu’en fait, deux loups patrouillent dans les hautes herbes. Et votre travail, comme vous vous en doutez, consiste à déplacer les moutons vers la zone où ils seront en sécurité.

Une boîte qui déboîte (mais genre vraiment) !

Alors puisque l’on parle de décor, on va déjà vous parler de la boîte de ce jeu, qui est un pur modèle du genre, et probablement l’une des boites les plus malignes que l’on ait vues en plusieurs années de Plateau Marmots. Le couvercle, fermé par un aimant, se déplie intégralement pour former le plateau de jeu, ce qui est déjà fort sympathique. Mais ce qui est encore plus sympa, c’est que le fond de la boîte peut au choix être placé sur le plateau, ou à côté, en fonction de votre espace de jeu et de votre envie de confort de partie. Si vous voulez jouer uniquement sur le plateau, vous pouvez. Si vous voulez également utiliser la boîte pour placer les moutons et comme piste de dé, vous pouvez également, car le fond de la boîte reprend la même illustration que le plateau. C’est très ingénieux, et cela donne immédiatement envie de jouer.

La boîte contient 9 tuiles moutons (déclinées en 3 couleurs), deux jetons loups et un dé en bois, très agréables à manipuler, ainsi que des tuiles optionnelles que l’on pourra rajouter après quelques parties pour se compliquer la vie. Le tout est très bien conçu, et d’une solidité étonnante. Je vais vous faire un aveu, j’ai accidentellement renversé ma tasse de café sur le plateau, et j’ai pu l’éponger immédiatement sans qu’il ne subisse le moindre dommage. C’est vraiment top.

Zone de transhumance à haut risque

Entrons dans le pré et regardons ensemble le plateau en détail. On constate alors qu’il se compose en fait de 3 zones distinctes.

La première, la plus à gauche sur l’illustration, c’est la zone de départ des moutons. En plein milieu se trouve un rocher, qui est un obstacle infranchissable pour les bestioles.

On arrive ensuite à une zone de 5×5 cases, que les moutons vont devoir traverser. Sur cette zone, on découvre deux parcours qui se croisent. Un pour le P’ti Loup, un pour le Grand Méchant Loup. Ces deux parcours fléchés indiquent le trajet des deux loups, et on se doute assez vite qu’il ne faudra pas trop y traîner. À l’extrémité de cette zone, la sortie nous attend. À bien y regarder, on constate qu’une seule case permet de l’atteindre.

La troisième et dernière zone, est divisée en deux parties : l’enclos (où les moutons sont en sécurité) et le garde-manger du loup, un endroit où les moutons n’auront également plus de souci à se faire, mais pour d’autres raisons.

Pour lancer la partie, il suffira de placer les moutons dans l’ordre de notre choix sur leur zone de départ, et les deux jetons Grand et P’ti Loup sur une case au choix de leurs trajets respectifs.

Une mécanique bondissante

Mais justement, comment les moutons, sagement parqués dans leur zone de départ, peuvent atteindre la sécurité de l’enclos ? Eh bien, le tour de chaque joueur débute en lançant le dé. Je vous rappellerai au passage qu’il s’agit d’un jeu coopératif, et qu’à ce titre, peu importe qui commence. 

 Le dé peut indiquer :
– une face colorée correspondant à une couleur de moutons
– une face multicolore
– une face Grand Loup et P’ti Loup
– Une face Grand Loup

Si vous obtenez une face colorée, vous devrez alors déplacer l’un des trois moutons correspondants. En fin de partie, quand tous les moutons de cette couleur auront été sauvés ou croqués, vous pourrez alors déplacer n’importe quel mouton de votre choix.

Pour déplacer un mouton, ce n’est pas compliqué : il peut se déplacer d’une case dans la direction de votre choix, mais jamais en diagonale. Mais attention : s’il commence son tour alors qu’un autre jeton (mouton ou loup) est directement sur une case à côté de la sienne, il peut alors sauter par-dessus, à condition que ce mouvement l’amène sur une case libre. Et si, à l’atterrissage, il se retrouve à nouveau avec un voisin immédiat, il pourra alors à nouveau sauter par-dessus, autant de fois que cela lui sera possible. Vous aurez donc reconnu le célèbre mouvement de prise des pions au jeu de dames, qui consiste à enchaîner les sauts, et qui fait ici tout le sel de Sheep Hop.

Si vous obtenez une face multicolore, c’est la même chose, sauf que vous choisissez le mouton que vous voulez pour le déplacement.

Si vous obtenez une face P’ti Loup et Grand Loup, alors vous avancez les deux pions Loups d’une case, en suivant leur trajet. Si au cours de ce déplacement un pion Loup atteint une case où se trouve un mouton, croc croc croc, ce dernier est sorti du plateau et atteint le garde-manger.

Et si vous obtenez une face Grand Loup, vous ne bougerez alors pas le P’ti loup, MAIS vous déplacerez deux fois le Grand Loup, qui avancera soudain bien vite. Idem que pour la face précédente, tout mouton croisé est croqué.

La partie s’achève lorsque le dernier mouton quitte le plateau, soit parce qu’il a atteint la sortie, soit parce qu’il a été attrapé par le loup. On fera alors les comptes des moutons sauvés : s’ils sont plus nombreux que ceux qui ont été croqués, ce sera une victoire éclatante. Sinon, ce sera juste un méchoui.

Un barème final vous donnera votre niveau de berger en fonction du nombre de moutons sauvés : si vous réussissez un perfect, vous gagnerez un aller simple pour l’Aveyron.

Et du coup, en jeu, ça donne quoi ?

Fouyouyouye, c’est compliqué ! En vrai il y a plein de choses à dire sur Sheep Hop, des sympas et d’autres plus mitigées. Déjà, pour poser les bases, on va indiquer que le jeu est presque meilleur en solo qu’à plusieurs. Ou, en tout cas, que les sensations sont totalement identiques en solo qu’à plusieurs. Ce n’est pas un reproche, hein, mais ce n’est pas vraiment un jeu coop’ dans lequel chacun à un rôle précis à jouer ou une identité à incarner. Là, quand vient son tour de jouer, on fait un peu en fonction des possibilités offertes par le dé, et elles ne sont pas toujours très étendues. Car Sheep Hop, mine de rien parvient à associer jeu de plateau, jeu abstrait et puzzle game dans un même élan, ce qui est très intéressant.

Pour partir sur les points positifs, le jeu est très agréable à jouer. Le tour de jeu est d’une extrême simplicité (on lance un dé, on bouge un truc), et le jeu est suffisamment ouvert pour vous laisser le choix du mouvement, sans jamais être bloqué. Car, et c’est là l’une des caractéristiques inattendues du jeu, il faut justement profiter de cette liberté de mouvement pour prendre son temps. Lors des premières parties, on se sent obligés d’avancer, de rusher globalement vers l’avant. Mais c’est oublier que le jeu propose toute liberté pour se déplacer latéralement et même reculer.

Et c’est là l’une des conditions de victoire : savoir se montrer tranquille et patient plutôt que de se ruer à l’assaut. Pour chercher une image un peu osée, on serait bien plus proches d’un Splinter Cell que d’un Call of Duty. Il faut savoir composer avec la position des loups qui patrouillent inlassablement pour parvenir à se faufiler derrière eux, voire leur sauter par-dessus la tête à la première occasion. Et cette patience, que dis-je, cette prudence, sera indispensable après quelques défaites un peu rageuses, dues au caractère impitoyable du dé.

Dé je t’aime, dé je te hais

Car oui, dans ce jeu le dé est une vacherie, un comble pour un jeu Space Cow. Évidemment, on n’est pas au niveau d’un « Négociateur Prise d’Otages », mais on s’approche tout de même d’une mécanique bien punitive, surtout pour des enfants. Pour rappel il y a deux faces loup. Une qui fait avancer les deux loups d’une case, une qui fait avancer le grand loup de deux cases. Et il est très facile d’enchaîner ces faces plusieurs fois de suite, faisant d’une lointaine menace une réalité à grandes dents qui se précipite vers vos innocents moutons.

Et si le dé ne vous a pas à la bonne, ben autant être cash : vous allez morfler. Car il faudra tôt ou tard se risquer sur le trajet des loups, et même à bonne distance, les loups peuvent parfois arriver vite. À la première partie nous avons fait 4 lancers loups successifs, et clairement le troupeau a été décimé en 2 tours de jeu. Pour un adulte, cela ajoute du piquant, pour un enfant de 5 ans, c’est juste de la frustration et de l’injustice, devant ce qu’il estimait être un plan sans accrocs (mais avec des crocs, finalement).

Car dans les faits, à moins d’être un incroyable stratège de l’espacement de cases, on gagne finalement plus facilement à Sheep Hop en déployant ses moutons un par un plutôt que par vagues de moutons qui se sautent joyeusement les uns par-dessus les autres, ce que laissait pourtant entrevoir le titre. C’est davantage un jeu de patience, de calcul et d’optimisation, ce qui sera diversement accepté par le public visé. Et il faut faire sans doute le deuil du parcours flamboyant du mouton qui saute 4 cases pour arriver à dame pour se concentrer sur la gestion de l’avancée, du recul (tellement important, ce recul !) et de « on attend que le loup passe et on se cache derrière », ce qui fait du coup des fins de parties un peu longuettes.

Cette stratégie de laisser les moutons jouer en solo est d’autant plus payante que si vous parvenez à sauver (ou à faire dévorer) tous les moutons d’une même couleur, vous pourrez ensuite déplacer qui bon vous semble quand le dé indiquera cette même couleur. Une bonne idée consistera donc à envoyer 3 moutons identiques au front, et de vous en débarrasser le plus vite possible pour vous offrir plus de latitude avec les autres. C’est efficace, mais là encore c’est un peu frustrant, car ce n’est pas l’image que l’on se faisait du jeu.

Pour autant, ne vous y trompez pas, Sheep Hop est très agréable à jouer et possède la même addiction qu’un puzzle game, vous demandant combien de moutons vous parviendrez à sauver à chaque partie, en visant un perfect plutôt compliqué à avoir. Une grosse durée de vie, donc, avec ce bémol de prendre conscience que vos victoires les plus flamboyantes seront parfois celles où les dés ont été les plus cléments.

Mais que le jeu soit plaisant ne fait aucun doute, le frisson qui nous parcourt l’échine à chaque lancer justifie à lui seul la présence de ce dé que l’on aime tant détester.

On donne un peu plus de corps au jeu ?

Si vous trouvez que le sauvetage de moutons est un peu trop répétitif, sachez que Space Cow vous a préparé une série de tuiles optionnelles à rajouter sur le plateau. Elles ont toutes des effets variés (condamner une case, déplacer plusieurs moutons en même temps, inversion du sens de circulation des loups, etc.). Chaque tuile permet d’aborder des stratégies différentes et intéressantes à jouer pour ajouter de la profondeur, mais surtout de la variété. Il est possible de les disposer comme bon nous semble sur le plateau, d’en ajouter un, plusieurs voire toutes, pour ceux qui sont en recherche d’un  gros challenge. Un excellent point !

Est-ce pour mon enfant, alors ?

Que voilà une belle question ! Et il n’y a pas de réponse évidente.

Sheep Hop peut être une chouette incursion dans le domaine des jeux semi-abstraits (si tant est que le terme existe) où la mécanique de jeu, très simple, permet de déployer de multiples stratégies de victoire. L’environnement est ici très sain, car il est coopératif, et c’est un vrai plaisir que de balader nos moutons de part et d’autre du plateau.

Si votre enfant est déjà un routier du jeu abstrait, il trouvera alors peut-être le dé un peu trop versatile pour lui épargner certaines frustrations. Et pourtant ce serait dommage, car c’est aussi ce même dé qui apporte toute la tension et l’énergie au titre ; et c’est d’ailleurs lui qui nous incite à poser notre stratégie et à prendre le temps de ne pas foncer tête baissée. Il est donc difficile de cerner avec certitude si le jeu vous plaira ou non, ce qui est un peu frustrant pour moi en tant que rédacteur, mais le jeu est au final si addictif que je ne peux que vous recommander de l’essayer.

L’avis de Plateau Marmots (Olivier)

En premier lieu, Sheep Hop est une petite merveille d’édition, particulièrement bien réalisée et facile à trimbaler partout pour des parties aussi rapides qu’intenses. Ce petit jeu de stratégie, particulièrement accrocheur, fait peser son Drama sur un dé qui saura vous galvaniser tout en vous donnant des cauchemars. La mécanique, implacable d’efficacité, est tellement intuitive qu’on pourra y jouer à tout âge, avec des parties qui seront aussi captivantes que frustrantes, selon votre capacité à composer avec la chance et à vous calmer sur la prise de risques.

En un mot, cette revisite des dames en mode coop’ est un jeu un peu à part, presque plus palpitant en solo qu’en multi, que l’on se garde pour des petits moments de plaisir perso avec ses enfants, où l’on s’étonne de leur capacité à prendre des risques et où l’on est heureux de voir que le dé, clément, les laisse passer entre les loups affamés. Sheep Hop est un jeu que l’on recommande d’avoir dans sa ludothèque, pour des instants précieux de nouage de cerveau en famille, avec son lot de stress, de suspense, de défaites implacables et de victoires éclatantes. Et que peut-on attendre de plus d’un jeu, finalement ?

Ca fait plaisir

  • Une mécanique simple et addictive
  • Une marge de progression kilométrique
  • A la fois fun, galvanisant, addictif et frustrant
  • Une merveille d’édition
  • Les loups, imprévisibles
  • Y’a des moutons !
  • Des tuiles pour développer le gameplay
  • Un plateau de jeu qui résiste au café 
  • Pas cher ! 

Ca fait moins plaisir

  • Parfois injuste et punitif
  • Encore complexe à 5 ans

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