Test – Rouleboule l’escargot

Lorsque l’on cultive des salades, l’escargot n’est pas un ami. Laitues, scaroles ou frisées : l’animal dévore tout sur son passage, même sans vinaigrette ! Jusqu’à présent, il y avait néanmoins le temps de le voir venir de loin et de l’intercepter avant qu’il n’atteigne sa cible. Mais patatras ! Il a désormais appris comment dévaler les collines dans sa coquille et traverse le potager à toute berzingue ! Sucrines et batavias innocentes sont paniquées et tremblent comme des feuilles. Le vaillant épouvantail saura-t-il arrêter la furie de Rouleboule l’escargot ?

Rouleboule l’escargot est un jeu d’adresse de Marco Teubner (L’âge de Pierre Junior, Flying Kiwis…) pour 2 à 4 joueurs, édité en France par Matagot et jouable à partir de 4 ans. C’est un jeu qui a déjà une jolie carrière, puisqu’il a été nominé pour le Kinderspiel en 2009, alors qu’il était à l’époque édité par Selecta.

Go go escargot !

Attention les yeux ! Rouleboule L’Escargot séduit dès l’ouverture, avec des pièces en bois très agréables à manipuler. On comprend intuitivement les règles du jeu dès qu’on a les éléments en main, et on sait que le fun va être au rendez-vous.

Le jeu se compose essentiellement d’un palet (c’est à dire Rouleboule dans sa coquille), d’une rampe de lancement et d’une bonne quarantaine de pions « salades », déclinés en quatre couleurs. Tous ces éléments sont en bois, ce qui contribue pour beaucoup au plaisir de jeu. C’est bateau, mais on apprécie toujours cette matière pour jouer avec des enfants de cet âge. Pegasus Spiele et Matagot en proposaient également, par exemple, dans Le Bal Masqué des Coccinelles, et c’est cool de voir que leur gamme 4+ s’étoffe encore avec des jeux très agréables à manipuler.

Outre la bestiole et les salades, la boîte contient également une clôture, des jetons, et le fameux épouvantail !

La règle du jeu, très colorée, est super choupinette avec des illustrations d’Anne Pätzke particulièrement réussies. C’est clair, très lisible et plein de jolies couleurs. La cerise sur le gâteau, c’est la petite note d’intention de l’auteur en intro. Je trouve ça vraiment génial de mettre les auteurs au premier plan et de leur accorder un peu d’espace.

Un sans faute pour le matériel, donc. Bravo !

Silence ça pousse !

Pour installer le jeu, il est conseillé de se mettre par terre. Et puis les petits de quatre ans sur une chaise, ça gesticule et ça tombe, alors autant jouer par terre : ça leur fera moins loin à tomber.

Le jeu est disposé en plaçant les quatre coins de la clôture à distance raisonnable les uns des autres. Le jeu conseille de créer une distance de 50cm entre chaque coin, soit deux fois la taille de la boîte de jeu. Il est vivement recommandé de s’installer sur une surface plane, pour que notre ami l’escargot puisse roulebouler à loisir.

Une fois votre pré délimité, placez l’épouvantail en son centre. Il sera l’impassible témoin du carnage qui va se dérouler sous ses yeux. Et ensuite, plantez les salades, à la mode, à la mode ! Quel que soit le nombre de joueurs, les 40 salades doivent être disposées dans le pré, en essayant de mélanger les couleurs autant que possible et de ne pas les placer trop près de l’épouvantail.

Votre pré est terminé ? Parfait ! On va pouvoir le ravager maintenant !

Sucrez les sucrines, chicorez les chicorées !

La partie commence par la pioche d’un jeton qui vous attribue une couleur de salade. Ce sera celles qu’il vous faudra faire tomber pour emporter la partie.

À son tour, chaque joueur se saisit du palet « escargot » et de la rampe en bois. Le but du jeu est bien évidemment de propulser le palet en direction des salades, afin de les renverser. Le joueur peut, à sa guise, lever la rampe pour laisser faire la gravité, ou bien la laisser à l’horizontale et propulser Rouleboule d’une pichenette bien sentie.

Quel que soit votre choix, le but est de dégommer les salades de votre couleur, afin de pouvoir les rafler. Il faut donc essayer de maximiser chaque tir, pour en renverser plusieurs à chaque tentative.

Si vous faites tomber une salade adverse, il peut se passer deux choses :

  • si sa couleur appartient à un autre joueur, vous lui donnez (tant pis pour vous)
  • si sa couleur n’appartient à aucun joueur (parce que vous jouez à moins de 4 joueurs), alors vous la gardez, c’est cadeau.

Si vous faites tomber l’épouvantail en revanche, bim, vous perdez votre tour. L’épouvantail et toutes les salades renversées pendant votre lancer seront remis en place. 

Le premier joueur qui obtient 8 salades (de sa couleur ou d’une combinaison de couleurs si vous jouez à moins de quatre) emporte la partie.

Sniper Snails Elite Shell Edition

Rouleboule est donc un jeu d’adresse dans lequel il faut réussir à exploiter au maximum chaque lancer d’escargot. Le but du jeu : trouver un angle idéal pour essayer de faire tomber deux ou trois salades de votre couleur en un seul coup. Pas facile évidemment, mais pas impossible, loin de là :

Vous n’avez évidemment pas le droit d’amener la rampe à l’intérieur du pré : il faudra la laisser à la frontière délimitée par la clôture. Il vous sera de plus impossible de vous déplacer en cours de partie. Chaque joueur doit se placer sur l’une des quatre ouvertures et ne plus en bouger.

Vous pouvez jouer la sécurité en flinguant des salades proches, ou au contraire jouer stratégique en ne vous concentrant que sur les salades les plus éloignées. Peut-être qu’un adversaire malchanceux aura la gentillesse de dégommer certaines de vos salades les plus « faciles », vous épargnant ainsi un tir. Qui a dit que les escargots n’étaient pas des stratèges accomplis ? 

La bave de l’escargot atteint la verte salade

Même si le jeu est, par nature, simple et répétitif, c’est honnêtement un vrai plaisir de dégommer ces arrogantes salades au moyen d’un lancer bien ajusté. La rampe est suffisamment large pour que le palet puisse dévier un chouïa avant chaque rouleboulage, rendant chaque tentative quelque peu incertaine. On frôle souvent une salade « à nous » pour mieux faire tomber celles de l’adversaire, ce qui sera toujours aussi marrant que rageant. 

Les parties sont rapides, amusantes, et les grands marmots s’amuseront autant que les petits. Bah vi : c’est pas si souvent qu’on est autorisés à faire tomber des trucs. Le jeu est indiqué accessible à partir de 4 ans, mais j’y joue sans souci avec mon fils de 3 ans. Vous pourrez donc commencer à y jouer très vite. Outre le fun, Rouleboule l’escargot est excellent pour développer la visée, la vision globale du terrain de jeu (puisqu’il faut essayer de trouver un angle qui permet de faire tomber plusieurs salades) et la stratégie (car il faut aussi repérer les salades « neutres » à moins de quatre joueurs. Il y a plein de très jolies choses dans ce jeu, et on s’amuse énormément avec. Voilà.

Voilà voilà voilà.

Voilà. (toux gênée)

Mais quoi ? Crache le morceau.

Mais rien. Enfin si. Mais pas vraiment. « Deux ptits détails qui m’chagrinent, m’sieur », aurait dit mon Lieutenant bien aimé. Deux minuscules points de règles qui… comment dire… me semblent un peu bizarres. Vous allez trouver ça ridicule, évidemment. Mais bon, je me lance quand même : je voudrais parler de l’épouvantail.

La règle dit qu’on ne doit pas dégommer l’épouvantail. Normal. La règle dit qu’on ne doit pas changer de place et jouer uniquement depuis « son » emplacement. Okay. La règle dit qu’il faut renverser 8 salades sur 10 pour gagner. D’accord.

Mais le truc, chers amis, c’est que même en disposant les salades de la manière la plus homogène possible, il n’est pas rare que ces dernières se déplacent en cours de partie. Bousculées par l’escargot ou par une autre salade, elles ne tombent pas toujours et se promènent alors volontiers.

Et il peut alors arriver, même si toutes les précautions sont prises, qu’un joueur se retrouve avec 3 salades ou plus impossibles à atteindre, car masquées par l’épouvantail. Vous allez me dire que c’est rare, mais ça nous est finalement arrivé plus d’une fois. Impossible donc de gagner pour ce joueur, car il ne peut plus atteindre ses salades sans shooter l’épouvantail. Ce qui est évidemment interdit. En cas de chute de l’épouvantail, d’ailleurs, il serait automatiquement remis en place, ainsi que les éventuelles salades renversées. Ce serait donc un tir tout à fait inutile. 

Du coup, nous avons inventé une règle supplémentaire, pour éviter ce type de blocage : un joueur peut — provisoirement — enlever l’épouvantail de l’aire de jeu pour effectuer un « dernier tir ». S’il n’atteint pas les cibles, tant pis, la partie est perdue pour lui, mais au moins il aura eu l’opportunité de tenter sa chance. L’épouvantail est alors remis en place pour les autres joueurs, qui peuvent, eux, poursuivre la partie.

Et le second truc, alors ?

Bah c’est un peu gênant, en fait. Car, comme je l’ai précisé, le matériel est génial. Les pièces en bois sont jolies, et celles en carton sont solides.

Très solides.

Trop solides.

Pourquoi je dis cela ?

Tout simplement parce qu’après une grosse trentaine de parties, nous n’avons jamais été en mesure de renverser l’épouvantail. Et sur la fin, ce n’est pas faute d’avoir essayé ! À chaque fois que nous avons percuté le bonhomme de carton, il s’est évidemment déplacé, mais il n’est jamais tombé. Jamais. Pas une fois.

Donc la règle qui indique que l’on ne ramasse pas les salades renversées lorsqu’on fait chuter l’épouvantail nous a vraiment fait sourire. Parce que même en bourrinant, le bougre est resté bien stable sur son socle et nous a lancé son sourire goguenard. Bon, il ne s’agit peut-être que de notre exemplaire, mais c’est quand même rigolo. Car une partie du jeu repose sur la crainte permanente d’effleurer par mégarde le boss du niveau… qui ne se réveillerait pas même si vous lui balanciez l’escargot directement en pleine tronche.

Du coup, là aussi nous avons donc modifié la règle quand on joue avec des plus grands (5, 6 ans), et désormais tout contact avec l’épouvantail est suffisant pour annuler le tour du joueur. Ça met un peu de stress et évite de tomber la chute d’un épouvantail qui est plus stable.

L’avis de Plateau Marmots

Simple et sans prétention, Rouleboule L’Escargot est un réjouissant plaisir ludique qui permet de ravager un champ de salade en toute liberté. Servi par un matériel en bois mignon et efficace, il permet de s’amuser entre grands et petits en toute décontraction. Entre jeu de précision et bowling miniature, il réveille en tout joueur le plaisir régressif de faire tomber des trucs. Bref, on s’amuse en toute innocence, et même si on ne passera clairement pas une journée dessus, le plaisir de chaque partie est bien réel.

On regrettera juste que le contenu soit un peu plus chiche que dans l’édition précédente (qui contenait 4 escargots et non un seul), mais le jeu tourne très bien quoi qu’il en soit.

Rouleboule L’Escargot est donc une jolie sortie chez Matagot, qui permet aux petits marmots d’apprendre à viser droit et à chercher des angles de tir adéquats. C’est bien fait, joli, agréable et défoulatoire. Bref, un jeu pour mini snipers gastéropodes, qui saura trouver sa place dans votre ludothèque.

On aime

  • Le beau matériel
  • Faire tomber des salades
  • Faire rouler l’escargot
  • Gagner des points grâce aux adversaires
  • Faire tomber 3 salades en un seul lancer
  • Jouer par terre
  • La simplicité et l’accessibilité

On aime moins

  • L’épouvantail inamovible
  • La salade qui se cache derrière l’épouvantail
  • Forcément répétitif à la longue

Fiche technique

Un jeu de Marco Teubner
Illustré par Anne Pätzke
Édité par Matagot
Pour 2 à 4 joueurs
À partir de 4 ans

Le trouver chez Philibert

 

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