2019 : La case départ ?

Avertissement : ce qui suit est le récit bavard d’une anecdote sans intérêt, suivi des états d’âme d’un rédac’ chef en plein questionnement sur l’avenir d’un site Internet lancé à tâtons il y a un an et demi de cela. Dit autrement, oui, ça risque d’être chiant à lire 🙂

250

En ce matin de premier janvier (LA journée de l’année où le brouillard demeurent souvent tenace et où, pourtant, les promesses affluent), j’avais prévu de vous parler des nombreuses nouveautés qui attendent les lecteurs de Plateau Marmots cette année. Les chantiers sont en effet nombreux, les ambitions de plus en plus grandes. Le test d’Azul, publié ce jour, est le 250e test publié par Plateau marmots en 1 an et demi, ce qui n’est pas rien…

Je voulais donc faire un peu comme les autres, c’est à dire vous souhaiter le meilleur, vous inviter à une année ludique en notre compagnie, avec moultes ouvertures de boîtes et autres jeux de mots approximatifs qui font aujourd’hui notre réputation internationale.

Mais ce matin, devant ma page blanche Google Docs, avec « Square One » de Tom Petty qui tourne en boucle, les mots ont un peu de mal à venir. Depuis quelques jours, en effet, mon esprit reste bloqué sur une petite scène à laquelle j’ai assisté en supermarché, un peu avant Noël. Rien de grave. Rien de tragique. Juste quelque chose qui me chagrine et m’incite à réfléchir.

Unité de temps, d’action et de lieu

Cette scène, on l’a tous vécue une fois dans notre vie. Elle est bêtement banale, surtout en période d’ultraconsommation nawellesque. Elle prend place dans un Hyper U de province, rayons jouets. Les caddies sont nombreux, pleins à déborder. Les gens sont énervés et dans l’urgence de ne pas trouver LE jouet qui est en gros sur la liste du must-have de l’année, selon Le Midi Libre.

C’est dans une effervescence un peu chargée en agressivité que je remarque un petit garçon, 7 ou 8 ans à la louche, assis par terre dans le rayon. Au milieu de la cohue qui le piétine à demi, il semble totalement scotché par la boîte des Aventuriers du Rail. Il la prend, il la retourne, la regarde, il en lit à voix haute le titre à plusieurs reprises. Et; clairement; il ressent l’appel de l’aventure ferroviaire. Sans doute se voit-il déjà traverser l’Europe tel un Philéas Fogg de table basse, déployant ses lignes de plateau en plateau, à la conquête des plus grandes traversées de l’histoire du cheval de fer.

Entre alors le personnage de l’adulte agacé. Pour le coup, il s’agit de la mère, mais peu importe : c’est l’adulte, point barre. Sans doute gavé par une scène identique trop longtemps rejouée, l’adulte arrache violemment la boîte des mains de l’enfant. En mode « ça fait une heure que je te cherche, etc.».

S’ensuit alors un monologue bien connu des rayons de supermarché, de type : « Arrête de me bassiner avec ce truc, c’est même pas un jeu ». Et l’adulte de désigner son caddie rempli à ras bord : « on a déjà pris un jeu de société, pour toi et ta soeur, ça suffit ». Et d’exhiber, en preuve incontestable, la boîte de Malo Chiko (Splash Toys).

L’enfant a essayé d’argumenter quelques secondes, en pure perte. Son truc de train, c’est pour les grands, aucun intérêt.

Fin de la scène, rideau.

Gestion des perspectives

Alors évidemment, je ne suis personne pour juger. Déjà, j’aime bien Malo Chiko, aussi. Et les budgets de Noël sont toujours compliqués à gérer, c’est entendu. Il y a des priorités dans chaque caddie, dans celui des autres, comme dans le mien.

Mais le comportement de cet adulte m’a heurté. Non pas parce qu’il n’a pas acheté un jeu à son gamin (qui a peut-être 200 Kallax de jeux identiques remplies à ras bord), mais parce qu’il l’a traité comme s’il était nuisible, limite nocif. Par la violence du ton. Par l’absence totale d’empathie pour le produit. Car l’adulte a tout de même pris l’objet en main et l’a parcouru des yeux avant de le rejeter. Et cela me choque, me remet en question, parce que j’ai moi-même tenu un peu le même discours à mon fils de 3 ans quand il s’était mis en tête de vouloir me faire acheter une splendide réplique de Kalachnikov. Mon fils est né à Marseille, ce qui explique sans doute cela. Mais j’avoue que non, je ne veux pas voir Guilhem avec un fusil d’assaut entre les mains à 3 ans. Et non, je n’ai même pas pris la peine de vérifier que le jouet faisait du bruit ou tirait des billes ou avait une lunette de visée. C’était un flingue, mon fils a 3 ans, et dans ma tête c’était une association impossible (et sans doute hypocrite, car de mon côté il me semble bien avoir joué à des pistolets en plastoc assez jeune).

Je ne suis donc personne pour juger cet adulte, qui est seul maître à bord pour décider que Malo Chiko est bien plus cool que les Aventuriers du Rail. J’en ai pleine conscience, vraiment.

Mais le fait est là : cet adulte a eu la même considération pour un jeu de société que j’estime tout à fait digne d’intérêt, que j’en ai eu moi-même pour un jouet représentant une arme à feu.

La case départ

Et tout cela me renvoie à la création de Plateau Marmots, dont le but initial était de promouvoir le jeu de société moderne auprès d’un public qui ne le connaît guère. Bref : d’aller chercher les « non-joueurs » et les inviter à jouer à des jeux avec leurs enfants.

De ce point de vue, je pense que le site est un échec.

Car si je suis incroyablement fier du travail que nous avons accompli depuis juin 2017, avec 250 jeux testés, je ne peux m’empêcher de penser que nous parlons souvent de jeux à un public qui les connaît déjà, qui a pour habitude de jouer avec ses enfants.

Nous n’avons jamais réussi à atteindre les parents qui considèrent que la frontière du jeu adulte et enfant est imperméable, et qui considèrent que l’offre de jeux pour enfants n’a pas évolué depuis Monopoly, Risk et Cluedo.

D’où une petite amertume de ma part, je l’avoue.

Ne nous méprenons toutefois pas. Je SAIS que le site est utile et qu’il permet à plein de parents d’effectuer leur choix d’un jeu sympa pour jouer avec leurs enfants. Mais j’ai tendance à penser que le gros de nos lecteurs était déjà plus enclin à jouer aux Aventuriers du Rail qu’à Médor Pète Fort.

Mon objectif était pourtant de permettre aux gens qui ne connaissent les jeux que par le prisme du supermarché de découvrir qu’il existait autre chose, une galaxie de jeux dont ils ne soupçonnaient pas l’existence, tout simplement parce qu’ils ne font pas de pub sur Gulli.

Bref : je voulais élargir la vision des parents dans leur choix d’achat de jeux de société. Mais je ne sais pas comment les trouver.

Alors de ce point de vue, oui, nous n’avons pas réussi. Je ne sais même pas si c’est possible, d’ailleurs. Et oui, pas d’ambiguïté : je sais que ce n’est pas mon job, pas mon problème, etc.

Mais ça me chagrine.

Ca me fait chagrine de voir des adultes persuadés qu’ils connaissent tout du monde du jeu de société après avoir remonté un rayonnage d’Hyper U. Ca me fait déprimer de voir que des gamins n’ont pas accès à des jeux formidables à la maison, non pas à cause de leur prix, mais à cause de l’absence de publicité. Comme si, pour qu’un jeu soit légitime, il fallait impérativement qu’il trouve sa place sur le rayonnage d’un hypermarché.

Donc je ne peux m’empêcher de penser que je prends le problème à l’envers. Que je devrais peut-être consacrer plus de temps au fast gaming et me substituer au rayon du supermarché. Quitte à perdre quelques lecteurs dans la foulée, sans doute. Et ai-je vraiment envie de passer des heures de jeu avec Goliath, Megableu et Splash Toys ? Non, franchement. Mais peut-être qu’au détour de ces tests, les parents pourraient découvrir un nouvel univers ? Peut-être que par le biais d’une association d’article par catégorie, on pourrait faire passer le lecteur de Filou Chiptou (Goliath) à Maître Renard (Superlude).

La question du fast gaming

Notez d’ailleurs que je n’ai rien contre le fait de faire des tests sur le jeu fast-gaming. D’une part certains sont réellement fort amusants, et d’autre part il est toujours précieux d’en avoir un sous la main. Ma position (stupidement radicale) a changé au fil des mois, alors que je découvrais peu à peu leur intérêt défoulatoire. Ce sont des jeux kleenex, certes, vite joués vite oubliés, mais toujours utiles à sortir quand l’enfant est incapable de se concentrer. Je me souviens d’une partie très réussie de Tacam’ Gober avec mon fils alors qu’il était en pleine varicelle.

Alors oui, je sais que ces produits sont des jouets bien avant d’être des jeux, et qu’ils n’ont pas vraiment leur place sur un site qui propose des jeux de société. Mais on les trouve hélas dans les mêmes rayons, et il est sans doute plus simple de faire évoluer Plateau Marmots que la mise en place des magasins de Grande Distribution.  

Et si un test sur Tacam’ Gober pouvait, au hasard des mots clefs, faire glisser sur Sticky Chameleons ou Croââââa^, ne serait-ce pas là la meilleure des récompenses ?

Fast gaming and slow writing

La question d’inclure le fast-gaming dans l’univers Plateau Marmots, à supposer qu’elle ait le moindre intérêt, pose aussi la question du temps passé à écrire. Nous avons déjà beaucoup, beaucoup de jeux « classiques » dont nous souhaiterions parler, et aborder les jeux fast-gamins ne serait pas mince affaire, loin de là.

D’autant que, comme vous le découvrirez bientôt, l’année 2019 de Plateau Marmots est clairement celle de son évolution majeure. On pense à Youtube, on pense à se faire connaître des médias, on pense à refaire le site, on pense à se rendre sur les salons et festivals… Les projets sont très très nombreux, et inclure le Fast-Gaming ne faisait clairement pas partie du planning.

Pour autant, ce petit garçon qui ne va pas jouer aux Aventuriers du Rail me chagrine. Et me pose mille questions.

Square one  

Alors j’en suis là de mes petites pensées matinales.
Avec Tom Petty et sa case départ. Avec la fierté d’avoir accompagné de très nombreux joueurs en 2018, avec l’envie de faire toujours plus en 2019.

Mais également avec ce doute constant d’être sur le bon chemin, dans la bonne direction. Vos avis sur ce point seront donc tout particulièrement les bienvenus.

D’ici là, excellent début d’année à toutes et à tous, amis lecteurs. C’est le plus important, évidemment. Bonne année à vous, qui lisez ces lignes en cet instant précis, quel qu’il soit. C’est vous qui nous donnez l’impulsion de nous mettre chaque jour devant l’écran pour vous narrer nos impressions et sensations sur les jeux de société consacrés à nos enfants.

Olivier, joueur en chef

PS : Pensez à vous fendre d’un tip, si vous en avez la possibilité. Cela nous apporte beaucoup, vraiment.

3 pensées sur “2019 : La case départ ?

  • 1 janvier 2019 à 23 h 09 min
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    Difficile de toucher ceux qui ne veulent pas l’être ! Je comprends tout à fait votre souci, mais la solution semble difficile à trouver. J’essaie autour de moi de parler de “bons jeux”, d’inciter mes proches à choisir autrement qu’au supermarché, d’aiguiller vers vos articles, mais on ne prêche guère que les convaincus.
    Je suis bibliothécaire (bénévole) depuis 30 ans, c’est un peu les mêmes questions. Des tas d’excellents livres sous la main, et les enfants tiennent à nous présenter leurs Disney et leurs BD de foot.

    Et pire : Pour ces vacances, avec mes petits-enfants, on a joué à Azul, Quadropolis, Splendor (empruntés à la ludothèque), Cryptid (qu’ils ont beaucoup aimé) j’ai aussi essayé de proposer mes préférés parmi ceux qu’on a chez nous, Sagrada, Takenoko, … Dès que j’étais trop occupée pour jouer avec eux, ils ont passé tout leur temps avec … le Monopoly tricheurs … (j’y ai lâchement échappée, mais pas leur tonton !!!). J’adopterais bien le petit garçon qui louchait vers les Aventuriers du Rail 🙂

    Merci pour tous vos articles précieux.
    Et une belle année ludique.

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  • 15 janvier 2019 à 22 h 19 min
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    Bonsoir,
    Je ne commente que très rarement les sites que je visite mais cette fois je suis assez étonnée de votre article.
    Enfant, j’ai beaucoup joué au Monopoly, bonne paye, mes connaissances s’arrêtaient a ça . Je suis maintenant maman de 2 garçons de 5 et 7ans.
    A son anniversaire, mon grand a reçu “croque carotte”, nous y avons beaucoup (trop) joué et moi, j’en ai vite fait le tour mais j’aime joué avec mes enfants.
    Une petite recherche sur le net et je tombe sur votre site.. Réellement ce fut une révélation! Les jeux Haba, mon premier aventurier du rail, nom d’un renard, et tellement d’autres. Que de découvertes! Non seulement j’ai pu y trouver des tas de jeux intéressants mais voyant l’offre disponible “hors” grande surface et la qualité des jeux disponibles, ça m’a donné aussi l’envie de voir ce qui se faisait niveau jeux modernes pour adulte.
    Dans notre cas, votre but initial de promouvoir le jeu moderne auprès des non joueurs est réellement atteint!
    Luka, Nathan, mon mari et moi-même vous remercions vivement pour les bons conseils que nous avons trouvé sur votre site! Grâce a vous, nous avons découvert un monde qui nous était inconnu et qui nous fait passer de superbes moments en famille.
    Merveilleuse année ludique a vous et au plaisir de vous lire

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    • 16 janvier 2019 à 5 h 57 min
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      Bonjour, un énorme merci pour votre commentaire ! Il nous conforte et nous fait très, très plaisir.

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