Destinations secrètes : Le tour du monde en 80 sites

Lors de l’écoute d’un ancien podcast de La radio des jeux, un invité a fait ressurgir des tréfonds de ma mémoire un jeu qui y était enfoui depuis plusieurs décennies : Destinations secrètes. En une fraction de seconde me sont revenus des souvenirs de tour du monde, d’appareil photo factice et de petits pions colorés façon guide du routard, se déplaçant sur un plateau gigantesque. Afin de démêler mythe et réalité, j’ai bravé les trajets en RER A et RER B par temps de grève pour aller en grande banlieue parisienne farfouiller dans le placard de mes parents. Entre un Risk en excellent état et un Jeu des chapeaux ayant vécu, j’ai pu extirper la fameuse boîte format A3, éditée par Nathan en 1988. Prenez votre passeport, c’est parti pour un voyage en première classe !

Tour de la boîte

Ma mémoire ne me faisait pas défaut : le plateau de jeu façon planisphère nécessite une graaande table. On apprécie à sa juste valeur le verso de la boîte en noir et blanc, ainsi que les cartes « événements » et « transports », du temps où la PAO était plus assimilée à un acronyme fleurant bon le fromage régional qu’à un outil éditorial. A contrario, les petits globe-trotters en plastique de couleur vive et leurs drapeaux assortis ramènent un vent de fraîcheur bienvenu.

Mais mon petit cœur s’est remis à battre plus fort face au matériel phare de ce jeu : le sabot de cartes en forme d’appareil photo ! On y glissait au début du jeu les fameuses cartes « destination » : Brasilia, les chutes du Niagara, Dakar, Amsterdam, Djakarta… toutes les destinations du globe étaient représentées, mais le sabot ne laissait entrevoir que leur localisation générale sur le plateau. Un mystérieux « sud-ouest » ou « nord-est », qui, associé à la fiche de renseignement, devait vous mettre sur la voie.

 

Comment y jouait-on ?

Le principe du jeu : vous deviez être le premier à identifier 5 des 80 destinations secrètes, en confrontant la localisation géographique, les indices donnés par les fiches de renseignement et votre culture. Dès que vous pensiez avoir deviné une destination, vous n’aviez plus qu’à déplacer votre pion à pied, en bateau, avion ou train jusqu’à la case du plateau correspondante. Vous reteniez alors votre souffle en retirant de l’appareil photo la carte correspondant au site. Si vous aviez vu juste, vous deviez encore retourner jusqu’à votre case de départ, symbolisée par le drapeau de votre couleur. Mais malheur au touriste béotien ayant confondu Singapour et Hong-Kong ; pour le punir de son inculture, la carte lui était retirée et tous les autres explorateurs pouvait se ruer sur la case correspondante pour espérer être le premier à y arriver et à la gagner.

 

Un jeu, vraiment ?

Bien sûr, vous fleurez bon comme moi le jeu éducatif qui, sous couvert d’activité ludique, souhaitait faire ingérer l’Encylopaedia Universalis à vos marmots. Mais force est de constater que, tel au Monopoly, les cartes “événements” émaillaient un jeu de connaissances classiques d’actions alternant chance au loto et vacherie par temps de pluie. Vous pouviez ainsi aussi bien gagner trois cartes transport comme perdre une carte destination durement gagnée précédemment. Sans compter les possibles échanges de personnages sur le plateau de jeu et autres joyeusetés de dernière minute. Qui n’a pas pris un malin plaisir à couper l’herbe sous le pied de l’intello de service pour lui voler la victoire ?

Un voyage dans le passé ?

A l’heure de Zombie Kidz Evolution, Instagram et Minecraft, il va sans dire que Destinations secrètes a pris un coup de vieux. Et ce n’est pas certains indices qui nous aideront à y faire jouer la jeune génération : « Ville d’un pays nordique séparé de l’U.R.S.S. par une mer ». CQFD.

Mais telle une madeleine de Proust, on retrouve intacts le frisson créé lors de la révélation d’une carte destination, ou l’exaltation générée lors de la validation conjointe de plusieurs destinations. Bien qu’ayant souffert du temps qui passe, et se retrouvant plus souvent au fond d’un vide-grenier poussiéreux que sur les étals flambants neufs d’une boutique ludique, Destinations secrètes incite toujours à faire le tour du monde. Et ne dit-on pas que les voyages forment la jeunesse ?

 

Le choc des mots, le poids de la vidéo…

https://www.ina.fr/video/PUB3784153118/nathan-destinations-secretes-jeu-de-societe-video.html

 

Une pensée sur “Destinations secrètes : Le tour du monde en 80 sites

  • 15 janvier 2020 à 8 h 30 min
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    J’adore ce type d’article “voyage dans le temps” !

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