FIJ Cannes 2026 – Jour 2 (Yes, we cannes !)
Deuxième journée dans les sous-sols moites du palais des Festivals. Les groupes de centres aérés commencent à envahir les lieux, la foule se fait de plus en plus dense, et il faut parfois patienter 30 minutes pour tester un jeu. Mais on a quand même réussi à vous dégoter quelques pépites à paraître dans les mois qui viennent.

L’Encyclopédie des Monstres (Scorpion Masqué)

Voilà le titre destiné aux enfants qui nous a le plus impressionnés sur ce festival. Une grosse claque ludique qui a demandé plusieurs années de travail pour devenir le magnifique objet ludique qu’il est aujourd’hui.
Vos Marmots ont certainement déjà joué à « La chasse aux Monstres », l’excellent jeu d’Antoine Bauza pour les tout petits où il fallait mettre « au placard, les monstres ! »… Depuis, vos Marmots ont grandi et Antoine Bauza s’est entouré de Corentin Lebrat et Théo Rivière pour les emmener chasser des monstres aux 4 coins du globe, et pour transformer un petit jeu de mémoire en un titre coopératif ambitieux et débordant d’originalité.

Le principe est pourtant très simple : à chaque tour, vous devez retrouver l’un des monstres que vous avez en main parmi les jetons posés au centre de la table. Chaque monstre vous offre un pouvoir. Il peut vous aider en vous permettant, par exemple, de regarder ce qui se cache sous une tuile. Mais il peut aussi vous imposer une contrainte. Vous devrez, par exemple, retrouver la Banshee, les yeux fermés, aidé par les indications vocales de vos coéquipiers.
Si vous révélez le bon monstre, le tour passe au joueur suivant. Sinon, tous les jetons sont replacés face cachée, les joueurs reprennent toutes leurs cartes en main et il faut repartir de zéro… Enfin pas tout à fait, puisque vous aurez déjà engrangé pas mal d’informations. Le jeu se construit donc autour d’un principe de Die and Retry très plaisant. Amusant venant de l’équipe créative qui a signé « Dead Cells » récemment, un énorme jeu de rogue-lite basé lui aussi sur le Die & Retry…

Et si le jeu porte le nom d’ « Encyclopédie », c’est qu’il va vous emmener dans 15 destinations différentes, sur 5 continents, avec à chaque fois des Monstres locaux ainsi que des variantes qui viennent renouveler les parties.
On est admiratif du travail d’édition de Scorpion Masqué sur cet objet ludique, admiratif du travail graphique hallucinant de Maud Chalmel, admiratif des variations qu’ont su inventer Antoine Bauza et ses comparses autour d’un concept très simple. Tout comme Zombie Kidz Evolution avait été un jalon pour le jeu Enfant moderne, on se dit que cette Encyclopédie des Monstres a tout pour en être un nouveau. On vous reparlera à coup sûr de cette pépite en juin, au moment de sa sortie.
Panorama (Scorpion Masqué)

Si, pour vous, un bon jeu est forcément synonyme d’innovations mécaniques et de thématiques inédites, passez votre chemin. Panorama recycle des mécaniques qui ont déjà fait leurs preuves et il l’assume. Parce qu’ici, l’important c’est le voyage, la construction détendue d’un magnifique panorama.

C’est d’ailleurs en montgolfière que va se dérouler votre voyage sous la forme d’une petite figurine qui va tourner autour d’un cercle de tuiles. Comme dans Tokaïdo ou dans de nombreux jeux de Uwe Rosenberg, c’est toujours le joueur en dernière position qui joue. Il choisit une tuile en tournant dans le sens des aiguilles d’une montre et la place à droite ou à gauche de son panorama.
Celui-ci est composé de différents paysages (montagnes, prairies, champs…) et, pour chacun d’eux, on gagnera autant de points que le nombre d’animaux multipliés par le nombre de fleurs, en fin de partie. Un système de point directement inspiré de Kingdomino.
Ajoutez à ça quelques objectifs communs (la rivière la plus grande, le moins de nuages dans le ciel…) et vous obtenez un jeu qui peut laisser sceptique sur le papier.
Et pourtant, ça fonctionne et on prend plaisir à placer ses tuiles pour optimiser notre panorama. Le principe de découpe en vague des tuiles est d’ailleurs parfaitement pensé et permet une grande liberté dans la manière de les agencer.

On ne va pas dire que Panorama révolutionne le monde du jeu. Mais il s’assume comme tel et offre un cadre mécanique très rassurant pour des parties très détendues. On s’imagine déjà y jouer avec nos parents, autour d’un café, tout en discutant de la pluie et du beau temps. On s’imagine y jouer après une longue rando avec nos Marmots cet été, pour prolonger le voyage. Un vrai jeu intergénérationnel. A coup sûr, il fera partie de notre sélection de jeux à mettre dans la valise cet été.
Tresoro, Troupo & Suspecto (Kiwizou)

En 1 an, Kiwizou a su développer un catalogue rempli de petites pépites. C’est donc avec plaisir qu’on a rejoint David, co-fondateur de Kiwizou, pour qu’il nous présente 3 petits jeux de cartes qui viennent tout juste de sortir.

- Tresoro, un jeu d’observation et de collection où l’on va fouiller dans un tas de cartes étalées sur la table pour essayer d’y trouver le les plus beaux trésors.
- Troupo, un premier jeu de stop ou encore où il va falloir attirer un maximum d’animaux dans votre grange en évitant de piocher des doublons.
- Suspecto, un jeu d’observation et de déduction, dérivé du « Qui est-ce ? », où il va falloir innocenter des suspects en se basant sur leur description.

Si vous voulez en apprendre plus sur leur fonctionnement, on les a présentés très largement ici même, il y a quelques semaines.
On était déjà convaincus par Suspecto, notre petit chouchou parmi ces 3 boîtes. Mais il faut avouer que les deux autres titres qui nous avaient moins emballés à la lecture des règles, se révèlent très efficaces en jeu et proposent tout un tas de petits choix adaptés aux marmots ciblés. Encore une belle fournée de jeux pour Kiwizou.
Alice’s Odyssey & Combomino (Kiwizou)

On a aussi eu la chance de découvrir 2 jeux à paraître dans les mois qui viennent.
Le premier, « Odyssey, Alice & Co », est un jeu narratif basé sur les contes traditionnels : « Le Chat botté », « Aladin » ou encore « Alice au pays des merveilles »…
Tout commence par une première tuile. L’enfant doit faire preuve d’observation ou de déduction pour la relier à l’un des objets ou personnages présents au verso des autres tuiles. Il retourne alors la tuile qu’il pense être la bonne et qui fait avancer l’histoire.
On pense forcément à Bubble Stories dans le principe, mais la tuile choisie vient compléter les tuiles précédentes à la manière d’un panorama ou d’un paysage qui se crée petit à petit.
Le jeu est accompagné d’un livret qui permet au parent de lire l’histoire du conte au fur et à mesure des tuiles révélées, et qui offre quelques indices au Marmot en cas de difficultés.

Dans un tout autre style, Combomino vous propose de construire une grille à l’aide de cartes Apprentis Ninjas de différentes formes et couleurs. Formez des lignes ou des carrés de 4 Apprentis Ninjas de même couleur ou de même forme pour gagner un maximum de points avant la fin de la pioche.

C’est donc 2 propositions ludiques très différentes que prépare Kiwizou pour les mois à venir. Après avoir joué à 2 des 6 histoires de « Odyssey, Alice & Co », on a en tout cas vraiment hâte de vivre cette expérience avec nos Marmots. Un vrai moment entre parents et enfants à partager comme une histoire du soir.
Adorablins (Don’t Panic Games)

Au détour de l’espace Néoludis dans la partie professionnelle du festival, on est tombé par hasard sur la version française d’Adorablins. Quel plaisir de voir enfin arriver en français ce jeu de rôle qui tient dans la poche ! Parce qu’Adorablins est loin d’être un jeu tout récent. Il a fait l’objet d’un Kickstarter en 2022 et on a pu en faire quelques parties en famille dans sa version anglaise.

Plus qu’un mini jeu de rôle, Adorablins est un générateur d’histoires basé sur l’improvisation. Comme son nom l’indique, vous jouez le rôle d’adorables petits Gobelins. À chaque histoire, ils sont confrontés à un étrange portail qui apparaît et aspire quelque chose de leur monde. Courageux comme ils sont, ils n’hésitent pas un seul moment à sauter dans le portail pour en ramener ce qui a été aspiré.
Si vous aimez l’improvisation, vous pouvez inventer collectivement le monde qui se trouve de l’autre côté du portail et ce que vous devez en ramener. Mais vous pouvez aussi vous baser sur l’une des cartes aventures qui sont là pour vous aiguiller.

Au niveau du système de jeu, tout tient en quelques lignes. Votre Adorablin est défini par 4 caractéristiques. Pour résoudre une action, vous lancez 2 dés qui s’additionnent à l’une d’elles. Si vous faites 10 ou plus, c’est une réussite. Entre 7 et 9, vous êtes en difficulté et devrez faire appel à votre compagnon tout mignon ou à l’un de vos objets pour sauver la situation. Si, par contre, vous faites 6 ou moins, c’est un échec. Vous ne pouvez plus jouer la caractéristique utilisée pour le moment, et le narrateur ajoute une complication à l’histoire.
Adorablins est un adorable jeu de rôle de poche qui va vous permettre d’inventer des histoires pleines de fantaisie en famille. Le matériel est parfaitement pensé pour une prise en main rapide, les règles sont simplissimes, mais le jeu est à réserver à des Marmots et à des parents qui sont un minimum à l’aise avec l’improvisation.
A l’heure pour le goûter (Space Cow)

Voilà un jeu qu’on avait hâte de tester. Un jeu de course à base de dominos et à la mécanique vraiment ingénieuse.
Devant vous, 2 dominos représentant chacun un duo de paysages. À votre tour, vous posez l’un d’eux pour agrandir le parcours en faisant en sorte que les paysages connectés soient identiques. Le second paysage du domino indique alors jusqu’où votre figurine peut avancer. S’il s’agit d’un lac, par exemple, vous la déplacez jusqu’au premier lac libre disponible sur son chemin. Si aucune tuile ne vous convient, vous pouvez passer votre tour pour en piocher 2 supplémentaires.
Votre but : être le premier à atteindre la camionnette du glacier. Voilà, vous savez tout. Enfin presque…

Il est possible de rajouter des tuiles à triples paysages. Le paysage central offrant la possibilité de lancer un dé si on termine son déplacement dessus. Celui-ci offre surtout des jetons Moyens de Locomotion colorés qui vous permettront de tenter une échappée au moment de votre choix.
Cette fois, vous savez vraiment tout…

Clôturez les routes et fermez les cités pour les valider et poser des jetons Victoire. En parallèle, atteignez les trésors dans le labyrinthe avec votre meeple pour débloquer des jetons Trésors ainsi que des tuiles bonus à ajouter à votre paysage. Le joueur qui aura remporté le plus de jetons gagne la partie.
Basé sur une idée très astucieuse de dominos à double fonction, « À l’heure du goûter » ressemble à un jeu qui n’a pas été au bout de ce qu’il avait à proposer. Il est loin d’être déplaisant, propose des petits choix tactiques aux Marmots de 5 ans, fait vivre des remontées parfois épiques, mais les parties sont bien trop longues et on finit par se lasser. Comble de l’ironie, la variante ajoute un dé à ce jeu de course qui avait réussi à s’en débarrasser…
Bomb5 (Matagot)

Quand on découvre le matériel, on se dit que Bomb5 va être une simple adaptation du Démineur sur table. Heureusement, il est bien plus que ça…

Vous avez en main 3 tuiles Chiffres pouvant aller de 1 à 4. À chaque tour, vous en placez une sur la grille centrale et essayez d’atteindre la somme de 5 sur une rangée de tuiles adjacentes. Si vous réussissez, vous pouvez placer l’une de vos tuiles Coupes à l’extrémité libre de cette rangée. Vous retournez alors la tuile qui se trouve à l’autre extrémité. S’il s’agit d’une tuile Coupe d’un adversaire, elle est retournée sur sa face vide. C’est un point de moins pour lui. S’il s’agit d’une bombe, elle explose selon l’effet qui est indiqué sur son verso. Ces explosions créent des réactions en chaîne qui peuvent impacter d’autres tuiles bombes et d’autres tuiles Coupes de la grille.
Le premier joueur à avoir 5 coupes visibles gagne la partie.

On imagine qu’à 2 joueurs, Bomb5 doit être un jeu très stratégique où il est possible de planifier les réactions en chaîne. Dans notre unique partie à 4 joueurs, le jeu se révèle beaucoup plus chaotique. Il faut s’adapter en permanence à l’évolution de la grille. Et surtout, il faut créer des alliances temporaires pour tenter de freiner le joueur trop en avance. Une jolie découverte à réserver aux grands Marmots.
Attraction (Matagot)

Pendant notre partie de Bomb5, un bruit familier se faisait entendre sur la table derrière nous. Le bruit que font les aimants de Kluster lorsqu’ils s’entrechoquent. Intrigués, on a donc jeté un œil. Et effectivement, au premier abord, « Attraction » (puisqu’il s’agit de son nom) avait tout l’air d’un clone de Kluster. Pourtant, après une rapide recherche, il se trouve que ce jeu lui est antérieur de 7 ans, la première édition américaine datant de 2012.

Il s’agit d’ailleurs d’un anti-Kluster. Pas besoin de stratégie ou d’être méticuleux dans le placement des aimants. Ici, vous les lancez sur un tapis circulaire pour essayer d’attirer ceux qui s’y trouvent déjà. Si 2 aimants s’attirent sur leurs faces, vous les récupérez. S’ils s’attirent sur leurs côtés, il faut au moins un groupe de 3 pour s’en emparer.
Ici, pas de chichi : si vous n’avez plus d’aimant en main, vous en prenez un sur le tapis, si un aimant sort de la zone de jeu, on le replace au centre, et si l’un d’eux est éjecté hors de la table et que vous réussissez à le rattraper avant qu’il tombe, vous le remportez. Lorsqu’il ne reste plus aucun ou un seul aimant sur le tapis, le joueur qui en possède le plus gagne la partie.

« Attraction » tient plus du jeu de cour de récréation que du jeu stratégique. Il est un Kluster décomplexé et jouable jusque 5 joueurs. Mais malgré l’enthousiasme des gens avec qui j’ai pu y jouer, on risque d’en faire rapidement le tour…
