Entretien – Stéphane Escapa

Vous ne le savez pas mais aujourd’hui j’ai découvert que j’avais un pouvoir extraordinaire. Je peux deviner quel jour on sera demain ! Ahaha surpriseeeee ! Vous ne vous attendiez pas à ça hein ! J’ai farfouillé dans mes jeux pour trouver un illustrateur qui aurait fait un jeu sur ce thème et là, éclair de génie, je tombe sur Push’em up.

Un jeu d’Alexandre Droit illustré par Stéphane Escapa. Et je me rends compte que j’ai dans ma ludothèque pas mal de jeux qui sont illustrés par Stéphane. Et si pour continuer notre découverte des illustrateur.rice.s du monde ludique, je le contactais ? Eh  bien… il a dit oui. Donc aujourd’hui, je vous embarque à la rencontre de Stéphane Escapa. Il voulait être le roi du monde, il a finalement choisi d’être un illustrateur de jeux talentueux… ce qui revient peut-être au même ! Je vous laisse découvrir cette rencontre qui m’a fait mal aux abdos tellement j’ai ri.

Plateau Marmots : Stéphane bonjour. Je vous remercie de nous accorder votre temps pour répondre à nos questions. Avant tout, je vous laisse vous présenter ?

Stéphane Escapa : Mon nom est Stéphane Escapa, je suis l’heureux papa de 2 petits garçons, j’aime les sandwiches et je suis illustrateur de jeux de sociétés.

Plateau Marmots : Pouvez-vous nous raconter comment vous êtes devenu illustrateur ? Qu’est-ce qui vous a donné cette envie ?

Stéphane Escapa : Après avoir caressé le doux rêve de devenir Roi du monde ou vétérinaire, je constate que mes gribouillis font leur petit effet auprès de mes proches. Du haut de mes 3 ans, je décide donc de devenir dessinateur de bandes dessinées, parce que Gaston et Astérix c’est trop bien et que les chiens ça fait un peu peur quand même… Les années passent et cette idée fixe (ha ha) est toujours bien présente, je dessine tout le temps et partout. Les marges de mes cahiers sont remplies de crayonnés, de personnages et autres monstres. Je ne me vois pas faire autre chose.

Plateau marmots : Et comment en êtes-vous venu aux jeux de société ?

Stéphane Escapa : Longtemps plus tard, je suis en première année d’école d’arts appliqués, je découvre Elixir et je me dis que ce serait sympa d’illustrer des jeux… Ce sera d’ailleurs mon projet de fin d’année. (Une honteuse resucée du Mille Bornes…)

Fraîchement diplômé, l’idée d’illustrer des jeux m’est complètement sortie de la tête, et comme convenu avec mon moi de 3 ans, c’est tout naturellement que je m’oriente vers la BD.

Je pars donc, la pochette à dessin sous le bras, démarcher les éditeurs à Angoulême. Mais c’est dans la presse jeunesse que je réalise mes premières planches et plus précisément dans le magazine Fantasy « Le Chaudron Magique » (Le monde est petit, Igor Davin était alors l’un des Rédac’ Chefs !)

Mais le démon du jeu est toujours présent, je continue de découvrir des jeux plus beaux les uns que les autres et surtout le travail d’illustrateurs talentueux comme Naïade sur Isla Dorada et Miguel Coimbra sur Smallworld.

De plus, j’illustre de plus en plus souvent des petits jeux, labyrinthes et autres rébus dans la presse et cela me donne la furieuse envie de m’y essayer !

Allez, il est temps, je démarche les éditeurs de jeux !

Cocktail Games, Gigamic et Blue Orange me répondent positivement ! J’illustre alors mes premiers jeux : Chabyrinthe, Tutti Frutti et Sushi Draft. 

C’était en 2013. Aujourd’hui je ne fais plus que ça et j’en suis pleinement satisfait !

PM : Wow, comme quoi il ne faut jamais rien lâcher. Qu’est-ce qui vous inspire quand vous créez un personnage, hormis le thème? 

Stéphane : Eh bien, quand je crée un personnage, j’essaie tout d’abord de rentrer dans sa tête, de savoir ce qu’il fait là, où il va et quelle émotion il véhicule.

Pour cela je m’inspire de ma vie, de mes proches et de mes propres ressentis et expériences. Ensuite je regarde ce qu’ont fait d’autres artistes, les différents styles, les fringues… Et enfin selon le thème, pour approfondir le personnage, j’effectue des recherches symboliques (quels sont les archétypes, les représentations collectives etc…) ainsi que des recherches historiques, géographiques ou techniques (sur le métier du personnage, ses accessoires, le comment ça marche…)

PM : Un vrai travail de recherche pour obtenir LE bon dessin. Avez vous un univers de prédilection ? Si oui, lequel ?

Stéphane : Alors pas du tout, c’est d’ailleurs ce que j’adore quand je commence un nouveau projet, c’est que la plupart du temps je n’ai jamais bossé sur le sujet. Je passe avec grand plaisir d’un thème à l’autre, du restaurant gastronomique aux mouches trop mignonnes en passant par des zombies ou des cowboys.

Je commence alors toutes mes recherches et je plonge dans un tout nouveau monde !

PM : Avez vous un jeu que vous auriez aimé illustrer?  

Stéphane : Hum… Bonne question… Peut-être une extension de Dixit. ^^

PM : Est-ce que vous avez des projets ludiques en cours ? 

Stéphane : Oui, après avoir tout juste terminé B-Movie de Baptiste Laurent chez Bad Taste Game, je travaille aux illustrations de 2 jeux qui sortiront prochainement chez Iello et Gigamic. Puis j’enchaîne sur un nouveau projet avec Tiki Editions et un autre encore avec les Jeux Opla… Mais l’année n’est pas finie !

PM : Sacré programme. Quelles sont pour vous les spécificités des illustrations du jeu pour enfant ?

Stéphane : J’évite avant tout de mettre du sexe et de la violence sur la couverture ! ^^

Mais surtout, jeu pour enfant ne veut pas dire illustrations simplistes ou même volontairement moches avec des couleurs qui piquent, hein !

Les illustrations d’un jeu (que ce soit un jeu adulte ou enfant d’ailleurs) servent avant tout la mécanique et il est évident que l’on doit éviter de perdre le jeune joueur en surchargeant les visuels des cartes, tokens et autres plateaux avec trop de détails inutiles. Pour autant, les illustrations d’un jeu enfants peuvent être extrêmement travaillées et celles d’un jeu adultes véritablement épurées ^^

PM : Vous dites que vous aimez faire des recherches sur le thème que vous devez illustrer, est ce qu’il y a des thèmes que vous vous interdiriez d’adopter ?

Stéphane : Très certainement, tous les thèmes qui véhiculerait de la violence, de la discrimination, du racisme, ou moralement discutables ou vulgaires, enfin tous les trucs un peu moches quoi !

PM : Est ce que vous changez spontanément de style suivant l’âge minimum des jeux qu’on vous demande d’illustrer, ou vous faites plusieurs propositions à l’éditeur et le laissez choisir ? 

Stéphane : Je m’adapte en effet à l’âge de la cible (enfant, familial, jeune adulte etc…) mais également suivant le thème ou même le pays.

Il m’est arrivé de faire plusieurs propositions de styles et d’en discuter ensuite avec l’éditeur.

PM : Très bonne transition ! A quel moment vous dites-vous « ok, ce dessin, il est parfait pour l’illustration qu’on me demande, je l’envoie ! » ?

Stéphane : Deux cas possibles :

* Quand on a fini son illustration et qu’elle est tout pile et plus encore comme vous vous l’êtes imaginée la première fois. En mode je suis un Génie !

* Quand cela fait 15 fois que l’éditeur vous relance pour savoir si vous avez fini ! En mode je suis un tire-au-flan !

PM : Et pour finir, le confinement, cette période “bizarre”, vous a-t-elle inspiré ? Donné des idées?

Stéphane : Pas vraiment. J’avais des illustrations à faire pendant cette période, du coup j’ai pas trop levé la tête de ma tablette.

Je me suis aperçu qu’il y avait un truc « bizarre » le jour où tout le monde m’a appelé pour savoir comment j’allais et si j’avais trouvé du papier toilette 😀

PM : Stéphane un grand merci à vous !

P.S: Pendant le confinement Plateau Marmots a fêté tranquillement ses 3 ans…Stéphane nous a fait un très chouette cadeau qu’on partage avec vous…

Ce qu’on aime faire pour les interviews d’illustrateurs, c’est aller à la rencontre d’un auteur qui a travaillé avec. Je vous laisse découvrir une chouette rencontre entre Stéphane Escapa et Alexandre Droit autour du jeu Push’em’up. On dirait qu’il y a de l’amitié dans l’air !!

PM : Alexandre, bonjour et merci de prendre le temps de répondre à nos questions. (Vous ne verrez pas les questions car Alexandre a préféré nous raconter comment tout s’est passé).

Alexandre Droit : Nicolas Bourgoin, le boss de Banana Smile et donc l’éditeur de Push ‘em up!, m’avait dit quelque chose dans le genre : “Je souhaiterais éditer Push, mais je veux que ce soit Stéphane Escapa qui l’illustre. Est-ce que tu serais d’accord ?”

Quand on ne connaît pas les protagonistes, une phrase de ce type peut ressembler un peu à du “chantage”. Mais comme nous sommes tous les trois amis, évidemment, en disant cela, Nico savait que ça me ferait plutôt plaisir de travailler avec Stéphane. Stéphane avait déjà illustré la boîte de mon jeu Rings up!, nous nous étions d’ailleurs rencontrés à cette occasion, mais n’avions pas réellement travaillé dessus ensemble. À l’époque, c’était la team Blue Orange qui avait géré entièrement le développement.

À la base, sur les cartes de Push ‘em up!, il n’y avait que des chiffres ! Avec Nico, ça nous paraissait vraiment mieux de rajouter des personnages. Du coup, nous nous sommes retrouvés tous les trois pour voir quel thème serait le plus sympa à aborder, le plus original, le moins vu… Nous avons évoqué des animaux, des tribus, des monstres…, puis on a parlé des super-héros. Mais, des super-héros un peu nazes ! Et d’un seul coup, tout s’est mis en place. Il y avait de quoi inventer des nouveaux persos, jouer sur les mots, déformer les noms et rendre hommage à tous les super-héros que l’on connaît, sans oublier aussi de faire des clins d’œil à certains potes du jeu et à toute “la culture geek” (un peu de Star Wars, de manga, de film de SF…).

Cerise sur le gâteau, Nico s’y connaît bien en super-héros et Stéphane est une véritable encyclopédie sur pattes !

Nous avons fait plusieurs séances pour discuter de nationalités, de parité, de pouvoirs, de mélange des genres… Stéphane faisait en quelques minutes des crayonnés hallucinants, on devinait rapidement à quoi ressemblerait le personnage final ! Il a dû faire une centaine de crayonnés. Pour le jeu, il fallait 40 persos – 4 équipes de 10 persos. Nous avons, je crois, gardé les meilleurs.
Je suis évidemment ravi du résultat. Stéphane est un illustrateur exceptionnel, mais ça, vous le saviez déjà non ? 🙂

PM : Evidemment ^^ Alexandre un grand merci à vous.

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