Entretien – Florian Sirieix

Après avoir aidé les animaux d’un zoo à prendre la poudre d’escampette avant le retour du gardien, je m’assois tranquillement en terrasse pour dévorer une glace double chocolat, cookie, Nuty, chantilly et pépites de chocolat (ça fait saliver, hein, avouez !).

Soudain, je relève la tête pour respirer un peu entre deux bouchées et là, qui je vois assis à la table juste à côté de moi sirotant un jus de carotte ? Florian Sirieix. Génial, il fait parti des auteurs que j’aimerais vraiment faire connaître aux lecteurs de Plateau Marmots. Alors j’ai pris mon courage à deux mains, vérifié que je n’avais pas de chantilly sur le bout du nez et je me suis approchée de lui. Et vous savez quoi, il a accepté de répondre à mes questions.

 

Plateau Marmots :

Florian, bonjour, je suis ravie de vous croiser ici par hasard et je vous remercie du temps que vous nous accordez pour que nos lecteurs vous connaissent un peu plus. Je commencerai par une question toute simple, est-ce que vous pouvez vous présenter en quelques lignes ?

Florian Sirieix :

Salut. Je suis originaire de Montpellier, et je suis toujours resté dans le coin. Quand on s’habitue à 300 jours de soleil par an, dur de déménager… J’ai fait des études d’informatique, puis je suis devenu professeur en Segpa, les élèves en difficulté au collège. D’ailleurs, quand j’étais collégien, j’avais décidé : je voulais être architecte. Autre chose peut-être. Mais surtout pas prof.

Ça fait maintenant 12 ans que je travaille au collège. Je me suis vite rendu compte que je ne savais pas du tout dessiner, ou très mal, ce qui n’est pas un atout pour un architecte. Et puis j’ai passé mon BAFA. Je suis devenu professeur des écoles parce que je voulais travailler en CP pour apprendre à lire aux élèves. Je trouvais ça magique ce bref instant où l’élève se rend compte de son pouvoir magique ! Bon, finalement, on m’a envoyé en collège. Les problématiques sont bien différentes mais ce qui est sympa, c’est que je suis professeur des écoles donc je peux enseigner toutes les matières, alors on change de temps en temps avec les collègues. En ce moment c’est Histoire et Sciences. J’adore voyager, je profite d’être prof pour voyager dans un nouveau pays tous les étés. Et maintenant, je suis papa depuis quelques mois d’un petit Robin.

Plateau Marmots :

Joli parcours, on a même quelques points en commun. Question qui me brûle les lèvres du coup, comment en êtes-vous venu à la création de jeu ?

Florian Sirieix :

Déjà il faut savoir que je trichais depuis très longtemps. Pas en piquant des billets au Monopoly, mais en rajoutant une règle pendant la partie qui disait que si tu faisais un double tu pouvais racheter le lieu sur lequel tu arrivais au prix d’achat initial, par exemple. Je continue à faire ça, mais comme c’est mes protos ça passe un peu mieux (mais certains se débrouillent encore pour râler).

Bon, en vrai, la création ludique a commencé par du jeu de rôle. Je faisais mes études d’informatique, et il y avait des grèves des profs (si, si…). Je faisais beaucoup de jeux de plateau et de jeux de rôles avec mon groupe d’amis. Alors je me suis dit que je pouvais profiter de mes compétences en informatique pour créer un générateur de fiches de personnages en ligne pour mes parties de Deadlands. Et puis les grèves ont continué. Alors j’ai rajouté un système de points d’actions journaliers à ces personnages, on pouvait faire des duels notamment. Le temps est passé, je m’ennuyais sévère, alors j’ai rajouté un système de mines d’or (La Fièvre de l’Or de Cathala et Faidutti étant parmi mes jeux préférés à l’époque), puis un système d’élection en ville, du poker au saloon, un forum à côté du jeu pour discuter… Au final, le jeu a pas mal pris et j’ai atteint 3000 inscrits, j’étais plutôt fier. Et le forum a pris une ampleur de fou. Du jeu de rôle en ligne s’est organisé, sans moi (j’avais pas le temps, je codais…)

Et puis un des amis rencontrés notamment via ce site, Raphael Donzel, a créé un jeu : Sporz. C’est lui qui m’a un peu invité dans le monde de la création. Maintenant avec Lucie Mérandon, ils gèrent le bar à jeux Les Castors à Montpellier.

Plateau Marmots :

Ça me rappelle que « La fièvre de l’Or » est sur une étagère depuis un moment, faudrait que je songe à l’ouvrir. Vous parlez de Bruno Cathala (merci pour la transition), pouvez vous nous parler de votre plus belle rencontre ludique en nous citant un jeu et un auteur ?

Florian Sirieix :

Je suis obligé de dire Bruno Cathala et Imaginarium (jeu à partir de 14 ans). Pas sous la contrainte, mais parce que c’est une évidence. J’ai fait beaucoup de jeux avec beaucoup de co-auteurs géniaux, certains ont abouti, d’autres pas encore, mais les expériences étaient toutes enrichissantes. Même avec Benoît Turpin…

Mais Bruno et Imaginarium c’est toute une histoire. L’histoire d’un jeune auteur en devenir qui se frotte au maître de la discipline (mais pas trop fort). Le jeune écuyer et le maître forgeron. Et puis, Imaginarium c’est mon premier succès. Avec une extension en cours, et d’autres projets aussi…

Plateau Marmots :

Une belle histoire et un sacré succès. En parlant de jeux écrit à 4 mains, avez-vous un partenaire de création avec lesquels les idées fusent ?

Florian :

Tous ! Je ne travaille qu’avec des hyperactifs je crois… On se comprend c’est bien. Parce que nos conjointes un peu moins malheureusement. Y’en a même une qui m’insulte à chaque fois qu’on se croise en festival (oui, bon, insulter est un bien grand mot). Pourtant j’adore ses illustrations…

Plateau Marmots :

J’ai l ‘impression que l’hyperactivité est une face cachée des auteurs : vous cumulez souvent vie de famille, vie professionnelle et à côté, vous créez. Est-ce que vous avez des auteurs avec lesquels vous rêvez de co-créer un jeu?

Florian :

Franchement, pas avec des personnes en particulier. Plutôt des catégories :

Avec des auteurs étrangers : Phil Walker-Harding, Richard Garfield, Shem Phillips, parce que j’adore leurs créations.
Avec une femme. Pour renouveler un peu, pour changer de mes co-auteurs barbus. Mais ça aussi, j’ai un projet en cours…
Avec mon fils, mais bon il va falloir attendre un peu je crois… #joueLaCommeBauza

Plateau Marmots :

Ah, il nous a tous fait rêver Antoine Bauza, en sortant un jeu avec son fils. Petite question, d’ailleurs, qui peut intéresser nos lecteurs qui vont bientôt partir en vacances. Ce sont les vacances scolaires, vous partez en vacances, vous amenez quels jeux enfants dans vos bagages?

Florian :

Kikafé, Taco Chat Bouc Cheese Pizza, Argh. Des jeux petit format que je me régale à jouer à chaque fois. Et puis Zombie Kidz. Parce qu’il est vraiment top.

Plateau Marmots :

Dans votre présentation, vous nous avez dit que vous étiez professeur, est-ce que vous intégrez le jeu dans vos cours ? Si oui comment ?

Florian :

Oui et non. Je n’apprécie pas du tout les jeux dits « pédagogiques » et je n’en ai pas dans ma classe. J’ai une centaine de jeux dans mon placard, mais il n’est accessible en général que pendant les récréations et la pause méridienne (vieille habitude de professeur des écoles, ça ne me dérange pas de rester avec les élèves pendant les pauses). Par contre, je n’utilise pas les jeux pendant les heures de cours. Déjà parce que… les programmes sont chargés (si, si…) Et ensuite, parce que je ne veux pas qu’ils mélangent loisir et travail. Pour moi, le jeu c’est le loisir, on pose son cerveau d’élève et on devient une princesse, un zombie, un traître, ce qu’on veut. J’encourage notamment le UNO, ou Taco Chat Bouc Cheese Pizza pendant les récréations, c’est parfait pour ne pas réfléchir ! Pendant les cours, on travaille. On assume d’être soi, et on l’améliore.

Plateau Marmots :

Ah, les jeux dits « pédagogiques », je pense que l’on pourrait échanger dessus pendant de nombreuses heures mais parlons plutôt de ce que vous avez mis en place au mois de Novembre. Suite à un incendie dans une école de Béziers, vous avez fait une superbe action avec un appel aux dons de jeux pour soutenir l’école. Le jeu dans les écoles, vous en pensez quoi?

Florian :

J’ai juste servi de relais aux généreux joueurs, éditeurs, et associations qui ont envoyé des jeux… C’était beaucoup d’organisation, mais c’était vraiment une chouette aventure – et ce n’est pas fini. J’ai reçu les jeux, on y a joué pendant les récréations avec mes élèves de 5e, puis ce sont eux qui ont expliqué les règles aux professeurs qui sont venues récupérer les jeux. Dans quelques temps, on va faire une liaison, mes élèves seront invités dans l’école pour jouer avec leurs élèves, afin qu’ils découvrent tous les jeux.

Plateau Marmots :

La transmission de règles, un très bon exercice ! Vous ne le savez peut-être pas mais Plateau Marmots est lu dans le monde entier. Si je vous dit que les joueurs du monde entier sont à votre écoute, vous leur dites quoi?

Florian :

Jouez AVEC vos enfants, arrêtez de leur acheter un Monopoly pour gagner 3h de « tranquillité » ou de les coller devant la TV. Vous verrez, il y a de chouettes découvertes à faire, et des moments magiques à passer. En plus, ça leur donnera envie d’apprendre à lire plus vite, ils seront meilleurs en calculs, tout ça…

Plateau Marmots :

Oh que oui, j’ajouterai même : jouez avec vos enfants à des jeux pour enfants, vous verrez, vous risquez d’aimer ! Quelle est la question que l’on ne vous a jamais posée ? Je vous la pose…

Florian :

Pourquoi il n’y a pas de girafe dans Zoo Run ? Alors déjà parce qu’il y a une forte inspiration au niveau du thème d’un film d’animation (excellent par ailleurs) et qu’on voulait s’en éloigner un peu. Ensuite parce qu’on voulait des animaux qui avaient trop la classe. On est d’accord que Lama is the new Licorne. Enfin, parce que les animaux s’échappent par un tunnel… et t’imagines une girafe ramper dans un tunnel, toi ?

Plateau Marmots :

Disons que tout dépend de la taille de la girafe et que si cette girafe ressemble plutôt à un girafon ça peut passer… Et pour finir, si vous aviez 3 voeux, vous feriez lesquels ?

Florian :

J’aimerais pouvoir me téléporter. Pour pouvoir aller travailler une journée avec un co-auteur ou un éditeur, rentrer le soir m’occuper de mon fils et profiter de ma femme. Randonner à Mafate une matinée. Passer quelques heures au Tokyo Game Market, l’après-midi. Des trucs dans le genre quoi…

Je ne serai pas contre gagner au loto. Bon ça risque d’être compliqué parce que je ne joue pas… Mais savoir qu’on est tranquille financièrement, c’est quand même sympa. Ça me permettrait de passer autant de temps que je veux à travailler sur mes jeux ! Après, je ne suis pas à l’abri de faire un Kingdomino ou un 7 Wonders, qui sait ?

J’offre mon 3e vœux a une association humanitaire. Je suis comme ça. Ça me fait plaisir.

Plateau Marmots :

Florian, un très grand merci!

 

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